LE RUTH
Le Château de Marzac (n' 20 du plan)
Prenons la route de Tursac. A environ 4 kilomètres des Evzies et à 5oo mètres sur la gauche, nous trouvons le château de Marzac; il est construit au bord d'un rocher à pic dominant la Vézère. Il fut, au moyen âge, un fort très redoutable. Il appartint longtemps aux Anglais pendant la guerre de Cent ans. D'après Tardes, il ne fut repris par les Français que le !*■■ mai 1410.
Liveyre {n° 21 du plan)
A 2 kilomètres environ en aval de Marzac, et sur la même rive, dans un tout petit vallon d'aspect très sauvage, s'ouvre l'abri de Liveyre. Cette station, d'époques solutréenne et magdalénienne, a été fouillée par M. Rivière, le propriétaire, M. de Fleurieu, lui ayant donné généreusement l'autorisation.
La Madeleine (n» 22 du plan)
Revenons à Marzac. De là, nous embrassons d'un coup d'œil la magnifique plaine de Tursac qui s'étend au loin au nord-est et est continuée par celle du Moustier.
En face, sur la rive droite, se dresse une grande falaise formant abri: c'est la Madeleine. Cette belle station préhistorique, connue dans le monde entier, et qui a donné son nom à une époque de l'âge de la pierre, a été fouillée par MM. Lartet, Christy, Massénat, Girod, E. Rivière, Peyrony. Elle a fourni des gravures sur os admirables, des harpons de toute beauté, et une quantité d'autres instruments en os et en silex des hommes de l'âge du renne. La propriétaire, M™« Laborderie, comprenant l'intérêt que peut avoir pour la science cet important gisement, en a réservé les fouilles à l'Etat. Lemonde savant lui en est très reconnaissant et la remercie de sa générosité.
Un peu en amont, sur une terrasse, nous voyons les ruines d'un ancien château féodal.
Pour aller à la Madeleine, il faut traverser le bourg de Tursac, puis prendre le premier chemin de gauche qui conduit sur les bords de la Vézère, et traverser la rivière en face du Petit-Marzacl
Rochers de Lespinasse — Château de Reignac
A Tursac, on peut voir l'église à coupoles et son clocher roman. Un kilomètre environ plus loin, vers Le Moustier, la route s'est frayé un passage des plus pittoresques entre les rochers de Lespinasse et la Vézère. En été, sur une longueur d'au moins 5oo mètres, les grands bois lui forment un véritable parasol. Avec les nombreuses sources qui ruissellent tout le long de la roche, ce coin oftVe, pendant les grandes chaleurs, la plus belle et la plus agréable des promenades.
En sortant de cette tonnelle naturelle, on aperçoit l'imposant monolithe naturel qui sedresse à l'entrée d'un vallon, près duchât-^au de Reignac. comme une sentinelle avancée. Le château, du xvi*" siècle, accroché à la falaise comme un nid d'hirondelle, est enpariiecreusédansleroc. Lepropriétaire, M. le G'" A. de Fleurieu l'a fait récemment restaurer (i).
La Roque Saint-Christophe (n° 23 du plan)
Gontinuons notre route. A 2 kilomètres environ, au moment de traverser la vallée, elle bifurque : une branche
(1 Pour le visiter s'adresser à la ferme près de la route.
se dirige sur Le Moustier, l'autre sur Peyzac. Suivons cette dernière.
La falaise qui la borde sur notre droite, haute d'environ loo mètres, forme à peu près à mi-hauteur, une immense corniche qui fut autrefois l'emplacement d'un château et d'un fort: C'est la Roque Saint-Christophe.
D'après Dessalles ;i), elle appartenait, aux xiv= et xv* siècles, à la famille de Laroque, aimée et estimée dans le pays. Le dimanche de la Passion 1401, Jean Ducos, ennemi personnel d'Adhémar de Laroque, vint, avec les Anglais ei son ami, le sieur de Limeuil, assiéger la place : il s'en empara, pilla le château, y mil le feu et détruisit tout ce qui appartenait à son adversaire. Depuis lors, il n'est plus question, nulle part, de la Roque-Saint-Christophe, comme fort, ni comme château.
On peut admirer là, dans un site extrêmement pittoresque, de curieux creusements horizontaux de la roche formant de vraies salles. C'est en petit ce qu'on observe dans les canons du Colorado où se trouvaient les habitationsdes clitf-dwellers préhistoriques américains (2).
A l'époque prospère du fort, le pied de la falaise était occupé par une bourgade importante que la légende dénomme Ville delà Roque Si-Chrislophe; maisen 1401 elle subit le même sort que lui. Des fouilles faites sur divers points ont permis de retrouver partout les traces de l'incendie.
Si on parcourt à pied l'espace campris entre la falaise et les nombreux éboulis, (m esi vivement intéressé par les traces d'utilisation de ces derniers et de la falaise dans la construction des habitations que nos ancêtres y avaient édifiées.
Ici, ce sont de nombreuses mortaises destinées à recevoir les bois de construction ; là, un escalier creusé dans le roc pour atteindre la partie supérieure régularisée du bloc servant de plancher à la maison ; plus loin, de véritables murs monolithes où le carrier a eu plus d'ouvrage que le maçon. On remarque ce travail surplus de 200 mètres de
Les fouilles que j'y ai pratiquées sur divers points ont été des plus intéressantes et des plus fructueuses, surtout en tessons de poterie.
Nous y avons recueilli l'industrie de l'Aurignacien supérieur, du Robenhausien, du Bronze, du Hallstatien, de La
(î) Dessalles. ancien archiviste du département de la Dordogne.
(2i Le sentier qni y conduit débouche dans la roule à l'e-xtrémité des abris avant d'arriver au point où la route franchit un passage étroit.
Tène, du Gallo-romain, du Mérovingien et de toutes les autres époques jusqu'à nos jours. Ce coin a donc été très longtemps occupé et presque d'une façon ininterrompue depuis le Néolithique.
A environ loo mètres plus loin, la route passe difficilement entre les grands rochers et d'énormes éboulis pour aboutir sur une chaussée construite dans un angle du lit de la Vézère.
De l'extrémité Est de la chaussée, en se retournant, on a devant soi un coin délicieux, formé par les éboulis chargés de verdure, traversés par la route, et les bords ombragés de la rivière.
Le Moustier (n° 24 du plan)
Revenant sur nos pas, après avoir passé la Vézère sur un pont, nous arrivons au M oustier. Ce charmant petit village est construit au bas d'une colline sur le flanc de laquelle s'ouvie l'abri célèbre. La pente, formée de diverses terrasses disposées en gradins, lut l'habitation des premiers troglodytes de la Vézère probablement presque les contemporains de ceux de La Micoque.
Cette bellesiation, qui adonné son nom à une époque de Tàge de la pierre, a été fouillée par MM. Lartet, Christy, Bourlon, Peyrony,Hauser;ellea fourni les premières pointes triangulaires en silex et les racloirsdu type dit du Moustier. On peut encore, su ries terrasses, trouver quelques silex taillés intéressants.
Au-dessous de l'abri classique, presqu'au niveau de la routé, il en existe un autre plus imponant occupé en partie par des constructions et par un gisement préhistorique. Ce dernier, loué par Hauseren 1907, fut en partie fouillé par lui. En igo8, il y découvrit un squele'te humain moustérien qu'il vendit au Musée de Berlin.
A l'expiration du bail, je hs acheter par l'Etat ce qui restait de ce précieux dépôt. J'ouvris alors la large tranchée existant actuellement, à l'extrémité de laquelle j'ai laissé, soigneusement abrité, un témoin où on peut voir les différentes couches formées depuis le début du Moustérien jusqu'à l'Aurignacien moyen. Il permet de vérifier l'exactitude de mes observations.
he grand savanl Hauser n'avait savoir sur ce point qu'un seul niveau homogène donnant partout la même industrie /'Voir le Périgord préhistorique). En examinant le témoin et les diverses industries extraites, le visiteur se rendra compte lui-même, s'il est permis, même à un profane attentif, de commettre de pareilles erreurs.
Une partie decettedernièrestationappartientà M.Bour-
gès qui, enhomme désintéressé et intelligent, a bien voulu en réserver les fouilles à TEtat. Nous Ten remercions bien vivement.
Le Ruth n° (24 bis du plan)
A 800 mètres environ en aval du Moustier, sur la rive droite de la Vézère, on aperçoit le hameau du Ruth. Derrière les maisons, près de la falaise, se trouve un gisement préhistorique complexe qui a permis aux préhistoriens de l'aire d'intéressantes constatations. Il a été fouillé en partie par le propriétaire, Robert Pages, sous' ma direction. Six couches à industries diticrentes y ont été relevées; ce sont de bas en haut ; 2 aurio-naciennes 3 solutréennes et i magdalénienne.
Le I 5 avril 1908, une commission de savants, convoquée par moi, y a constaté que le Solutréen était placé partout au-dessus de l'Aurignacien. Cette passionnante question a été résolue sur place ce jour-là. Tout le monde admet maintenant, sauf ceux qui n'ont pas voulu \ oir, que l'Aurignacien est présolutréen.