‹ Les fables complètesChapitre 105 sur 110 · S71 UVRE X · texte numérisé non relu

S71 UVRE X

Vains remords! des Tourmis redoublent tes moràores. Elles De songent plus qu'à venger leurs enfants ; Et U perdrix expire au milieu des tortures.

On ne sent point le mal qu'on fait à son procboïn Quand surtout il profite à celui qui le cause; Hais comme de son sort nul mortel ne dispose,

HéGons-nons du lendemaiD.

De l'extrême bonheur à l'infortnne extrême, On passe fort souvent comme passe une fleur.

A la pitié, mortel, ne ferme pas ton coeur.

Tu n'aurais plus le droit, quand viendrait le malheur,

De la réclamer pour toi-même.

LB MILAN SORClla.

Un vieux milan, par l'âge appesanti.

Et qui par fois manquait de nourriture, S'ingénia pour vÎYre et prit l'heureux parti De dire la bonne aventure.

Pour réussir dans ce métier, Le savoir ne fait rien, il suffît de l'andace; Et la crédulité, qui jamais ne se lasse.

En quatre jours l'adopta pour sorcier.

11 choisit alors paur l'cpaîre Une caverne solitaire.

Où du soleil jamais ne perçaient les rayons.

Les charlatans et les fripons Ont toujours peur de U lumière.

Bientôt, tant que dura le jour,

De tous les pays d'alentour.

Vinrent oiseanx de toute espèce.

C'était une foule, une presse.

Comme on en voit dans tout paya

A tons les spectacles j>ratis.

Le drôle était doué d'une langue féconde; Et dans l'art, d'enjoler les cœurs et les esprits,

Mon jongleur eu aurait appris A tous les courtisans de la machine ronde.

Il répondait k tons au gré de leurs souhaits. Du client à ses yeux tout signe était prospère; Et tous s'en retournaient joyeux et satisfaits.

Lui laissant toujours pour salaire De qnoi vivre à gogo sans fatigue et sans frais.

Ce bonheur eut un terme : un jour que sa faconde

Prédisait son propre avenir.

Comme s'il devait sans vieillir

Assister à la fin du monde,

tJn Irait parti je ne sais d'où, .

Sous les yeux de sa clientèle, L'étendit roide mort sur le bord de son trou.

Son imposture était réelle.

Mais quel fut son effet sur la crédulité?

Tout ce peuple d'oiseaux fut-il désenchanté?

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S7k LIVRE X.

Que fit-iU .... ce qu'eât fait le nôtre.

En riant du pauTre milan, Les dupes de ce charlatan Allèrent en chercher un autre.

Qu'il siHt Arabe ou Turc, idolâtre ou chrélieD, L'honome eu depuis Adam curieux et crédule.

Le prf^rès n'y changera rien ; Heureux que, pour l'honneur de son nécromancien, Il ne s'égorge ni se brûle I

FABLE XVU.

lu CLiMBHCB ns l'aigle.

Un aigle, roi des monts qui bordent t'UeWétie, Avait dans »e$ Etais quelques séditieux.

Fort agaçants, fort ennuyeux,

Experts en médisance, et même en calomnie,

Une orfraie, un autour couple d'ambitieux,

Un faucon tapageur, une méchante [»e.

Qui se faisait l'écho de tous ces factieux.

Si de son bec et de ses serres,

Mon aigle eAt voulu se servir.

Avec ces faibles adversaires,

En deux ou trois combats il pouvait en finir.

Mais il était de ces rois débonnaires.

Qui perdent tout souvent pour ne savoir punir.

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Il aima mieux les gagner, les séduire,

Les allécher par des cadeaux ;

Fit chasser pour eux et détruire Des masses de pigeons, de lièvres, de perdreaux. L'orfraie eut du poisson, la pie eut abondance

De fruits, d'insectes, de moineaux.

L'aigle eut ainsi raison de leur impertinence,

Si bien que gorgés et repus, Satbfails que l'État pourvût à leur bien-être.

Les fnindeurs séduits on vendus.

Célébrèrent en chœur la gloire de leur maître.

Hais lespigecMu, mais les perdrix, Hais les lièvre», qu'en dirent-ils?

La belle question, quand surtout on l'adresse A des rois et des courtisans I Quand les grands sont dans l'allégresse.

Pensent-ils aox petites gens Qui font les frais de leur liesse?

FABLE XVm.

LXS DEUX STATDBS.

Un colosse de neige, à qui des étourdis

D'un empereur roroun avaient donné la forme

Du haut de sa stature énorme

Jetait un regard de mépris

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576 LmtK X.

Sar tm bronze dont la figure.

Les épaules, les pieds, les genoux et les bras

N'offraient pins qu'un bloc de frimas.

Et de flocons neigeux durcis par la froidure.

Pendant deux mois d'hirer, au sortir de leurs bancs. Mes écoliers, joyeux et fiers de leur ouvrage. Rendaient à leur colosse un éclatant hommage. Dansaient autour du bronze, ei dans leurs jeux bruyants

Lui prodiguaient le sarcasme et l'outrage, Criant à pl«n gosier qu'il avait fait son temps. Hais le soleil de mars mit fin à ce scandale. Des membres du colosse amollis, dejetés,

L'eau ruisselait de tous côtés.

Emportant par flocons sa forme impériale ; Et dans moins de trois jours, dénaturé, fiindu, Dans un amas de boue il avait disparu, Tandis que, dégagé de son manteau de glace.

Le bronze avait repris sa première beauté.

Et son élégance et sa grâce,

Et son air d'immortalité.

Ce bronze est l'homme de génie,

Que poursuivent toujours la sottise et l'envie ;

Et qui toujours triomphe des Pradons,

Des Zoïles et des Fréroos.

Quant à la tourbe sacrilège, Qni prétend dans son sein lui trouver des vainqueurs,

Sa fausse gloire et ses labeurs Auront toujours le sort de mon homme de neige.

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■.'oBtF ET LÀ POULE.

Dès les temps reculés où, sortis de leur arche.

Les trois enfants du patriarche Repeuplaient notre globe et se le partageaient,

La poule et l'œuf se disputaient

A qui devait, par droit d'aînesse.

Etre le chef de leur espèce, c C'est dans moi, disait l'œuf, que s'est formé ton corps. Et tu n'as vu le jour qu'en brisant ma coquille. - La poule répondait : s C'est de moi que tu sors. Je ne peux voir en toi le chef de ma famille. ■

Après que chacun d'eux, en style d'avocat, Eut ressassé dix fois ces arguments contraires. Us allèrent tous deux, à bout de corollaires, Au bon sens d'un hibou, soumettre leur débat.

Comme à l'oiseau de la déesse,

Qui représentait la sagesse.

Daos le creux d'un rocher ils en trouvèrent deux,

£t n'en furent pas plus heureux.

L'un décida pour l'œuf et l'autre pour la poule. Le procès fit du bruit, il attira la foule ;

Et la vanité s'en mêlant.

On discuta plus longuement.

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Depuis que notre globe roule,

Tous les parleurs en font autant.

Tous les hiboux en6n du procès se saisirent, De père en fils se le Inmsmirent,

Tantôt les poules triomphaient,

Tantât les œufs les déboutaient.

Et voilà, cher lecteur, à quel point nous en aoinmes. Le procès, en effet, est venu jusqu'à nOtis ,

Et je doute fort que les hommes

Eo sachent plus que les hiboux.

Us se Kmt proposé vin^i questions pareilles ;

Et depuis trois mille ans ils n'ont rien éclairci.

Leurs écrits toutefois passent pour des merveilles,

Ceox même, qui jadis y consacraient leurs veilles.

Furent nommés divins; et ceus de ce temps-ci

Ne seraient pas fâchés d'être nommés ainsi,

Hais, avant qu'en beau maître on taille leurs figures.

Je voudrais bien qu'ils se missent d'accord, Qu'Hegel et ses rivaux eussent raison ou tort.

En périodes moins obscures; Que kur science enfin nous dit son dernier mot ; Que mon siècle, à bon droit glorieux de son lo^ Ne l^guit point ce doute à nos races futures. Mais nous n'en finirons, et j'en ai du regret. Que s'il plaît à celui qui commande aux tempêtes. Qui fixa le soleil au milieu des planètes.

De nous révéler son secret.

FABLE XX

LE DOGUE ET LE CHIEH-LOnP JVGis PAR l'kpACHBOL.

Dans le vieux pays d'Osiris

Un juge de Cynopolîs, Ëpagoeul de naissance, et l'honneur de sa race.

Avait à juger deux bandits, A qui le diea lai-méme eût craint de faire grAce, Devant son tribunal comparât le premier,

lin dogue i la mine hagarde,

A la léte ronde et camarde, Voleur, rôdeur de noit et lâche meurtrier.

U avait étranglé deux ou trois chiens de garde,

Volé vingt tètes de gibier.

Pris en flagrant délit, il ne pouvait nier, Un roc fut à son cou lié par une c<H-de,

Et sans nulle miséricorde,

Mon épagneul le fit noyer.

L'autre était un chien-loup pins criminel encore. De dix meurtres et plus il était préveau.

Il s'avança pourtant d'un air de matamore.

Tenant haut son oreille et son museau pointu.

Signes d'esprit, de hardiesse,

D'intelligence, de finesse;

Et le drôle en était pourvu.

iz^mnCoOi^Ic —

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