‹ Les fables complètesChapitre 17 sur 110 · LE SOUFFLET £T LB CHARBON · texte numérisé non relu

LE SOUFFLET £T LB CHARBON

Près d'un bûcher, où, sans ordre et sans choix.

S'entassaient rondins et broussailles.

Débris de meubles, de futailles, Fagots, copeaux, enfin toute sorte de bois.

Un charbon gros comme une noix.

Mais bien vif, bien ardent, tomba, par aventure.

De la pelle d'un villageois

Qui l'emportait dans sa masure,

Là, par hasard, au même instant.

Reposait sur l'herbe flétrie Un soufflet dont le maître, étameur ambulant, Contre le bûcher même appuyait en ronflant Ses membres fatigués et sa tête alourdie.

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FABLE XVU. 31

■ Hëlasl dit le soufBet, quel sort pour un charbon I

Tu vas donc t'éteindrc sans gloire ; Et dans peu de moments tu ne seras plus bon Qu'à dessiner quelque figure noire

Sur la muraille d'ua bouchon.

Quel sort serait le tien si tu voulais me croire! Sous mon soafEle par toi ce bâcher enflammé

Te ferait un nom dans l'histoire, Et dans tous les journaux tu serais imprimé. ■

Le charbon en peiille et d'orgueil et de joie. Sous le souffle fatal qui le pousse en sifflant.

Il saute, il roule étincelant; Il s'attache aux copeaux, il en a fait sa proie. Bientôt sur le bûcher la flamme se déploie.

L'enveloppe, et dans l'air s'élève en mugissant;

Et tout le village tremblant

Crùnt de snbïr le sort de Troie.

Mon charbon, direz-vous, doit être bien content. Hélas I par le soufflet aux atteintes mortelles.

Broyé, brisé, réduit en étincelles.

Dans un coin ignoré de l'immense bIa^ier,

Il avait fondu tout entier.

Le souiflet A son tour est siirprb par la flamme. Laissé par l'étameur, qui s'est hâté de fuir, Il sent brûler et son bois et son cuir,

Et reste sans souffle et sans âme.

Que leur destin vous serve lie leçon.

Vous qui soufflez le feu des discordes civiles ;

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