‹ Les fables complètesChapitre 21 sur 110 · W UVRE II · texte numérisé non relu

W UVRE II

Un rossignol l'osa; maïs la hautaine injure

Accueillit sa témérité « Va le cacher, oisillon effronté.

Quelle robe 1 quelle tournure I Qu'il est chétif et laid! Que faire, en vérité,

De cette frêle créature ? »

Indifférent et dédaigneux, Coinnie un homme d'esprit qu'une gaxelte offense.

Le rossifinol, d'abord silencieux.

De rameaux en rameaux sautille, se balance ; Monte, descend, remonte, et se posant enfin

Sur la branche d'un sycomore,

Laisse échapper de son gosier sonore

Un prélude charmant, que suit le chant divin

Dont il venait, chaque matin.

Saluer la naissante aurore.

La jeune fille écoute, elle cherche des yeux; De ces sons enchanteurs son oreille est ravie. c Quoi ! dit-elle, c'est lui qui lance dans les cienx

Ces éclats, ces flots d'harmonie 7 Que ses accords sunt purs, brillants et gracieux I Qu'il modale avec art ses airs délicieux !

Quelle suave mélodie 1 > Des éloges flatteurs dont un antre est l'objet

Le paon n'est pas trop satisfait.

Pour ramener vers lui les yeux de sa maîtresse, Il redouble de soins et de grâce et d'adresse ;

Il fait le beau, le tendre, le coquet.

Et de l'aile et du bec la flatte et la caresse.

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■ Ooi, je t'ai vu, je t'aime, je le vois.

Lui répond-elle avec impatience.

Liisse-moi l'écoater; aiteods, il recomaience. Je t'admire toDJonrs; mais tu n'as pas de voix. > Le paon voit dans ces mots un reproche, un caprice ; Il se pique d'hoonenr, et pousse un son criard Comme eât fait te cornet d'un pfltre montagnard, Ou le hautbois d'un Amphion novice.

Tout le bocage en tressaille de peur.

Le rossignol se tait et fuit à tire-d'aile.

La jeune fille en montre de l'humeur.

Et lève sur le paon sa menaçante ombrelle.

Mais sa mère, en ces mots, rappelle sa raison : • Pourquoi le menacer î Qu'as-tu donc ft lui dire ? Il crojaît que, partout et dans tonte saison, La beauté dans ce monde à tout devait suffira. Songe qn'en châtiant sa folle opinion, Ta vanité s'est condamnée ; Et souviens-toi de la leçon Que le rossignol t'a donnée. ■

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