LK8 1MANT8 ET LA FORTUNE
■ Avec l'amour oit peut-on se déplaire 7 Sons des lambris dorés qu'un antre soit heureux, lise, tu n'as qu'une chaumière ; Une chaumière a tous mes vccux.
Si le Destin m'élevait sur on (râne, ,A mes sujets tu donnerais des lois.
Ou j'abandonnerais le sceptre et ta couronne. Pour ta houlette elle bantbob. >
Aind partait, en contemplant sa belle, Hais en prose moins solennelle, Un pastoureau plein de candeur,
...... .Go
Ayant plus d'amour dans le cœur Que d'argent dans son escarcelle; Et ta naive pastourelle Jurait à Biaise avec ardeur Amonr et constance éternelle.
La Fortune qui les entend, Prend la bourse et le vêtement D'une laide et riche fermière.
Frappe à la porte du galant, Fa, pour séduire laberjjère.
Revêt d'un fermier opulent L'apparence lourde et grossière.
Adieu chaumière, adieu serment ; Biaise est meunier. Lise est fermière, Et leur parole est la poussière Qu'emporte et disperse le vent.
Ce thème est bien usé, vont dire mes critiques. J'en suis d'accord, vous pouvez le changer ;
Au lien de Lise et du berger.
Mettez des hommes politiques ; Faites jurer tous ceux qu'il vous plaira ;
Pourvu qu'ils aient figure humaine.
S) la Fortune reste en scène.
Mon d«ioùinent y restera.
LE HURON BT LE BABOHÉTRI!.
Ignorant héritier d'un docte voyageur,
Qni, sachant l'Europe par cwnr.
Était allé, par delà l'Acadie, Finir chez les Hurons ses courses et sa vie, Dn d'eux avait choisi, pour sa part du butin.
Un baromètre de voyage.
n n'en savait pas trop l'usage; Hais il avait longtemps, autour du lac Champlatn,
Du voyageur transporté le bagage ; Il avait à part lui rùsonné longuement Sor cette invention qu'il tenait pour luagie. Interrogé te maître, et son raisonnement Avait enfin logé dans sa tête aplatie
Que le merveilleux instrument
Faisait le beaa temps et la pluie.
Le baromètre alors devint pour mon Huron
Le plus puissant des dieux, le Manitou suprême.
Son respect fut d'abord extrême.
Cest ainsi qu'on débute en toute passion.
Soit qn'il voulût chasser le daim ou le faucon. Ou liincer sur le lac sa pirogue légère.
Si son oracle était contraire, Il suspendait son arc et posùt l'aviron.
Ce fut bon pour un u^mps; la servitude ennuie;
L'esclave le plus doux s'en est parfois lassé.
Un jour que, par sa fantaisie.
Vers un pays lointain plus fortement poussé.
D'une bourrasque il se vit menacé, Il perdit patience, et d'un peu de colère
Mélangeant d'abord sa prière :
- Fais du beau temps, dit-il, j'en ai besoin ; je pars. »
Mais le dieu, sourd à la requête.
Annonçait toujours la tempête.
Et déjà sur le lac s'amassaient les bronillards.
( C'est ainsi, répond-il, que tu me contraries I Tu fais un ouragan quand je venx on léphyr I
J'aETranchirai mon bon plaisir
De tes folles intempéries. > Mon Huron, à ces mots, croyant tout aplanir,
Met son baromètre en cannelle.
S'embarque, et, la bourrasque emportant la nacelle,
Dans les flots il va s'engloutir.
J'ù vu des rois, hélas! qui n'étaient pas plus sages,
Des ministres pis que des rois.
D'un conseiller prudent ils étouEFent la voix. Quand pour les arrêter il prédit des orages : C'est au prophète seul que s'en prend leur ennui.
S'ils se perdent, c'est encor lui
Qu'ils accusent de leurs naufrages;
Et les honnêtes cuurlisans
Qui leur servent de baromètre,
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FABLE V, Pour être bien venus dn maître, Prédisent toujours le beau temps.
LE HILAN ET L EPBRVIER,
Un milan fanfaron, les lAches le sont tous, Raillait un épemer sur sa taille exiguë.
< Ta race, disait-il, fut assez mal pourvue,
Et des milans tu dois être jaloux.
Vois, mon envergure est pareille A celle du griffon, de l'aigle, du vautour, Et tu n'es pas plus gros qu'une corneille, Ou qu'un pigeon de basse-cour. > A ces mots il étend ses ailes, Plaoe sur l'épervier, voltige tout antour, Pousse un vol au hasard, et se vante, au retour, D'avoir fait fuir deux loarterelles.
< C'est bien, dit l'épervier, qui le raille a son tour
C'est bien; tu prendras ma défense.
Je suis heureux d'avoir un compagoou De noble race et de belle apparence;
Car j'aperçois là-haut un terrible faucon.
Qui sur nous à plein vol se dirige et s'avance. »
Cet avis a fermé le bec du fanfaron.
Mais l'épervier sait bien qu'il ne faut pas l'attendre :
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SO LIVRE n.
AtUqné le premier, il songe à se défendre, Il combat corps à corps, presse son ennemi.
Le force à la retraite, et cherche, après l'adùiire.
Ce qu'est devenu son compère.
Hélas! depuis longtemps le bravache est parti, Disant qu'en ce débat il n'avait rien à faire.
La force, le bel air sont des dons prédenx ; Hais le conrage est encor mieux.
Surtout dans un jour de bataille.
Ne prenons pas toujours
Les héros à la taille.
Et moins à leurs discours.
LES LOUPS ET LE CHIEN DE BBftGER.
Le courage sans la prudence
tst cependant un présent dangereux;
Et malheur aux États dont les chefs hasardeux
Ne savent à propos modérer leur vaillance I
D'une élable où dormaient de paisibles brebis.
Gardien vigilant et fidèle.
Un chien, nommé Dragon, suppléait par son zèle Le berger, qui parfois désertait le logis
Pour le cabaret ou sa belle.
Un soir qu'en détachant deux moellons mal unis.
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FABLE VL Si
Le talon ou l'essieu d'une lourde voiture
Avait d'oDe crevasse a^jranili l'ouverture,
Dragon à cette fente aperçut tout à coup
Les yeiiK et la tête d'un loup.
Sur lui sans aboyer il fond avec audace, De son collier de fer lui presse le museau, Et de l'oreille emportant un lambeau,
Il le force à quitter la place.
C'était assez même pour son troupeau.
Il n'avait qu'à veiller; car la bête ennemie I4e pouvait qu'en rampant pénétrer dans sou fort; Et cent l'auraient tenté, que, sans risquer sa vie, A cent, l'une après l'autre, il eût donné la mort. Hais le loup restait là qui le narguait en face.
Qui grondait et montrait les dents, A trois pas de la brèche ; et dans ses yeux, ardents
Brillaient la rage et la menace.
Du cbien, à ce défi, l'orgueil s'est irrité.
Sur la prudeoce, hélasl l'emporte la colère.
A travers la crevasse et sur son adversaire
Il s'est encor précipité.
Hais, tandis qu'au dehors s'épuise 5011 courage. Un autre loup survient, et par l'étroit passage. Que nul gardien ne ferme à sa férocité, Porte sur le troupeau la moit et le carnage.
Dragon se retourne à ce bruit. Et vers la bergerie en jappant se rejette ;
Hais l'entieiDi qui le poursuit,
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S4 LtVRE II.
D'une terrible dent sur la brèche l'arrête.
L'auire ennemi revient par ses cris attiré :
En tête, ea queoe, on le mord, on l'asùége.
II ne peut se défendre, et, pris comme en an piège. Dragon, teint de son sang, mutilé, déchiré.
De sa vie épuisée abandonnant le reste, A recotmu trop tard que ta témérité Pent dans l'art des combats être encor plus funeste Que la fuite et la lAcheté.
LE CEBVEAU, LE COEDH BT
Messer Gaster, dont notre La Fontaine, Après Ménénius, lit un type de roi, Vonlot prendre un mijiistrc ; et pour ce haut emploi De candidats on n'est jamais en peine.
Le Cerveau, la Langue et le Cœur
Aspirèrent à cet honneur, Et de ses droits chacun proclama l'eKcellence.
Mais la Langue à ses deux rivaux
Sut si bien trouver des défauts, Que de Gaster contre eux s'arma la méfiance.
Si le Cerveau faisait valoir Qu'en Ini siégeaient raison, et sagesse et génie. Elle lui reprochait l'erreur et la folie,
FABLE VU
Gasier avait d'ailleurs sur lui trop de pouvoir : Quand Gasier soufirîrait d'un repas iodigeste. Le ministre Cerveau, troublé dans sou devoir, Pourrait du corps entier bouleverser le reste.
Le Gosur avait de sou côté Grandeur, patriotisme et noblesse et vaillance; Mais il pouvait pécher par excès d'iudul^nce. Par pitié, par faiblesse ou sensibilité.
La 'Langue en dit tant, que le stre, Croyant qu'on Taisait bien quand on savait bieu dire
Lui remit si
Elle étourdit alors d'un vain bruit de paroles. De graves quelquefois, plus souvent de Trivoles. F.lle parla, parla, tantôt mal, tantôt bien ; Fit du moindre incident le sujet d'une ^lose; Parla de tout, sur tout, et puis sur autre chose,
Parla toujours et ne lit rien.
Hais, après cent débats dont elle fut la cause, Gaster, en digérant, finit par deviner
Que cette machine parlante N'était qu'un instrument, que devait dominer
L'autre machine intelligente.
Ne doDDODS point un empire à mener
A. qui ne sait se gouverner.
Gardons-nous des bavards, qui, parlant sans vei^
Font plus de bruit que de besogne.
Le plus beau péroreur, fùt-il même avocat,
Ti'esi pas toujours homme d'État.
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