‹ Les fables complètesChapitre 24 sur 110 · LS PAPILLON ET LA CHKNILLE · texte numérisé non relu

LS PAPILLON ET LA CHKNILLE

Un papillon léger de ses ailes brillantes

Étalait les riches couleurs,

Et caressait de mille fleurs

Les étamines odorantes ; Quand sur un lis, objet d'on désir inconstant. L'aspect d'une chenille irrita sa colère,

K Fi 1 quelle horreur 1 dit-il en recalant ; Que fait donc cette esjiècean milieu d'an parterre? Est-il un animal plus laid, plus dégoûtant?

On devrait en purger la terre.

— Ne fais pas tant le dédaigneux.

Lui répond l'autre insecte j et dans quelle famille

Aurais-tu choisi des iûeux?

Souviens-toi, faquin vaniteux.

Que tn naquis d'une chenille. ■

Le papillon ne dit plus mot.

Eut l'air de butiner et s'enfuit comme un sot Dont on a relevé la folle impertinence.

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Mais la moraliste, un b^an jour, Devint papillon à son tour.

Et montra la même impudeace,

festime un parvenu, qui, de ses propres mains

Ayant bid sa fortune et sa gloire.

Les soutient sans oi^eil, sans trop s'en faire a Hais pour deux qa'on en cite, il est deux cents faquina, Qui de leur origine ont perdu la mémcnre ;

Et dans ce siècle d'oripeau,

De clinquant et d'enluminure, H est bien difficile à qui change de peau

De ne pas changer de nMure.

LA FOURMI AHBITIEGSE.

Non loin d'une cité dont j'ignore le nom,

Dans le coin obscur d'un vallon, Vivait une fourmi si vaillante et si forte.

Que les vieux temps, où brillèrent, dit-tm.

Des prodiges de toute sorte, N'avaient rien vu de tel de l'indus k l'Albîs.

C'était rUercule des fourmis.

Si j'en crob l'auteur véridique Qui fut l'historien de cette république.

Deux grains d'orge, pour aile, étaient un vain fardeau ; Sa trompe terrassait, routait un vermisseau, On dit même qu'un jour, de sa troupe éloignée. Seule et sur les débris d'un antique cfaAteau, Elle osa défier et vaincre une araignée.

Ses exploits, en un mot, avaient un tel renom. Que dans sa fourmilière on ne parlait que d'elle. Mais nn trop grand éloge est souvent un poison.

Un prince, un poète, une belle,

Sont prêts à me dire que non.

Ha fourmi nous en donne une preuve nouvelle.

Elle aimait la louange ; et, dans sa vanité, Prenait comme un tribut ta plus impertinente;

Le flatteur le plus effronté De son orgueil jamais ne remplissait l'attente. Son coeur devint si fier, si gonflé, si hautain. Qu'elle aflecta bientôt un superbe dédain

Pour cette gloire casanière ; Et, croyant que le monde, an gré de son désir, La devait admirer comme sa fourmilière.

De sa gloire à la ville elle voulut jouir.

La voilà donc qui déménage ; Et sur un chariot (ont chargé de fourrage.

Qu'à la cité prochaine un fermier conduisait. Elle entre fièrement, ainsi que l'aurait fait Un ministre nouveau dans son^bel équipage.

Il semblait, à la voir s'enfler, se pavaner.

Jeter de tout côté sa vue ambitieuse,

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Que de nos citadins la foule curieuse

Devant son char devait se prosterner.

Quel mécompte, grand Dieu I ponr sa Toile arrogance ! Quel coup injurieux pour son or^neîl trompé ! De ses travaux chacun paraît tout occupé.

Aucun doigt ne la montre, et personne n'y pense.

Ea TaÏD, pour attirer les regar(!s des passants,

Notre oi^ueillense s'évertue.

Saisit un brin de foin, l'élève, le remue :

Personne n'aperçoit ses signaux impiiissants,

Et pas UD chien oe la salue.

Elle en voit un, qu'attachait nn collier Ad char ob s'agitait sa vaine impatience.

■ L'ami, dit^lle, il faut que ce peuple grossier

Soit on prodige d'ignorance.

Depuis ane heure on deux j'ai l>eaa me faire voir, N'agiter, me grandir, monter et redescendre, Aucun de ces manants ne veut m'apercevoir.

Et leur indifférence a droit de me surprendre.

Dans mon pajson me comblait d'hooneurs- Ha glûre dans ces lieux aurait dû se répandre,

Et m'entonrer d'admirateurs.

— Regagne ta penplade, et reste où l'on te fête. Loi répond le barbet sans relever la tète.

Con&oie-tO) de ces revers. Il est dans tont pays des fous ï ta manière.

Qui pensent de lear gloire occuper l'univers. Quand ils ne sont connns que de leur fourmilière. »

Diniz-rt^GoOglt'

LES DEDX ALMINACHS.

Un almanach de l'an passé.

Étant sur un bureau cAte à côte placé

Près d'oD almuiacfa de l'année, Lui dbait : ■ Cher Toisin, quel crime ai-je donc fait. Qu'on ait si brasquement changé ma destiDée ? Mon msùlre, chaque jour m'ouvrait, me cmisidtait;

Et maintenaol ma basane fanée A la poussière, aux vers demeure abandomée,

Taadb que le capricieux S«nble avoir pour toi sent et des mains et des yeux. * L'autre almanach, tout frais doré sur tranche.

Lui répondit : ■ Hoa pauvre ami.

Ta n'es plus de ce temps, et le tien est fini.

Quand nous en sommes au dimanche,

Tn n'es encore qu'au samedi.

Ne t'en prends qu'à ton millésime.

Si, grâce an mien, je suis oe que tu fus.

J'aurai mon tour, et mon seul crime Sera d'avoir compté doiue lunes de plus. >

Ainsi tout passe et change en ce monde fragile ; N'être plus de son temps, Cest comme n'être pas. Les hommes sont charmantâ tant qu'on leur est utile ; Qoi ne l'est pins ne voit que des ingrats.

,,.,,.Goo;,le

Résignez-Tons à ces tristes pensées,

Geos d'autrefois, puissances renversées,

Vieux serviteurs, anciens soldats,

Amants trahis, beautés passées;

Vous êtes de vieux almanachs.

LB CBAMK du soi.

Vn JMuie roi, qu'au retour de la chasse Un courtisan de vieille race Avait dans son chiteau noblement hébergé,

An moment de prendre congé, Lui dit : < Cher et féal, je veux de mon passage I^ser à ton manoir un vivant témoignage :

Que pxr ma main royale nn beau chêne planté En porte la mémoire à la postérité. >

Le courtisan n'eut garde de lui dire Qu'on étaitau mois d'ao&t, et qu'en cette saison I) ne planterait qu'un bâton.

Devant son miûtre >l s'inclina sans rire.

De ses jardins appela l'intendant.

Fit creuser un grand trou, choisir le plus beau plant

Qu'eussent noun-i ses pépinières.

Et l'offrant à son roi, lui dit : ■ Plantez, seigneur. Jamais le château de mes pères Ne reçut un pareil honneur. ■ '

60 LIVHE II.

Par la royale main le chêne est mis en terre;

Et le roi, maintes fois par an.

Demande au châtelain si soa arbre prospère.

« En douter, dit le courtisan,

Ce serait douter de vous-même.

Jamais arbi-e, seigneur, n'a pris un tel élan. La nature obéit à votre loi suprême. > Or, la nature au roi n'avait point obéi ; Sous les feux de l'été son arbre avait péri.

Mais, avant que l'hiver sons son manteau de glace,

N'eût tout couvert, tout engourdi.

Mon flatteur avait mis un autre arbre à la place;

Et tout le pays, sur sa foi.

Il le chêne du roi.

Combien d'arbres pareils ont poussé dans l'histoire I Mais ils ne sont pas tous formés du même bois. Le mal s'y mêle au bien et la honte à la gloire -.

11 n'est rien qu'on ne prête aux rois.

Et quand je dis les rois, je dis tous personnages,

Puissances de tous les étages.

Que chacun trompe et flatte et décrie à la fois.

L'histoire serait à refaire.

Mais les temps n'en sont point venus.

Si quelques vieux menteurs outrèrent les vertus, Les menteurs d'aujourd'hui feraient tout le contraire.

On ne croirait pas aux Titus,

Et l'on calonintrait Tibère.

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FABLE XU.

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