‹ Les fables complètesChapitre 29 sur 110 · LES ÉCOLIERS ÉMANCIPÉS · texte numérisé non relu

LES ÉCOLIERS ÉMANCIPÉS

Loin des maîlres et des parents , Un troupeau d'écoliers , sortis de tous les rangs ,

,.,,.Goo;,le

Jouait dans la campagne ; et (outenrant qui joue.

Tout écolier en liberté, Par l'attrait de mal faire est toujours emporté. Or, ceux-ci s'amusaient à se couvrir de boue. Pins le linge était blanc , et plus à le salir

Mes gamins trouvaient de plaisir.

Malheur aux pantalons de soie !

Malheur aux habits de drap fin.

Aux chapeaux de castor, aux gilets de satin I

Chaque tache excitait de longs éclats de joie ,

Et la fange sur eux pleuvait de toute main.

Un étranger, passant par ces parages,

Leur demanda de quels sauvages

Ils étaient U posiérilé.

t Monsieur, dit un espiègle, élève de seconde. Wons sommes de Paris, la royale cité Des beaux-arts, du bon ton, de la civilité

Et du premier peuple du inonde.

— C'est bien , dit l'étranger ; continuez ; c'est bien. Jetez-vous de la boue , et ne ménagez rien ; Aucun jeu n'est pour moi plus charmant que le vôtre ;

Et si vos pères vous grondaient.

Si vos maîtres vous go ur mandaient,

Dite&-teur qu'ils n'en font pas d'autres. »

LE MARCHAno DE LUnBTTES.

Ud lunetier, marchand forain, Venait de déballer au milieu d'un lillage

Les trésors de son magasin.

Et de nombreux chalands , comme un bruyant essaim ,

S'abattaient sur son étalage, Qaand dans les airs on vint à découvrir Sur Ira flancs cotonneux d'un transparent nuage , Un objet que les yeux ne pouvaient définir.

Pour lui trouver un nom ta foiile s'ingénie.

Chacun se hAte d'essayer

La lunette qn'il a choisie, La braque sur la nue ; et le premier s'écrie :

• miracle ! c'e^t un bélier !

— Un bélier dans les airs I tu nous la donnes belle, Loi répond son voisin ; c'est ane tourterelle. — Vous vous trompez tous deax, ma Toi, c'est un chevreuil.

Réplique a l'insUmt un troisième ;

Je le liens au bout de mon oeil.

— C'est un âne, dit l'autre. — Allons 1 Tait un cinquième.

Tu r'e"> donc qu'un Ane toi-même;

C'est un magnifique bouvreuil . ■

Et là-deïsns on se querelle.

Les démentis, les mots injurieux, JoroDS et conps de poing tombent comme la grêle. ChHcnn soutient son dire en fuiieux.

Enfants et femmes, tout s'en mêle.

Eh ! d'où naît ce débat ? D'un petit cerf-volant Qui, durant tout ce bruit, vient tomber sur leors têtes; Mais, comme dans le ciel ils retrouvent leurs bétes

(Qn'avait dessiné le marchand

Sur les verres de ses lunettes), Le cerf-volant , tombé sur ce peuple de fous , Sans en convaincre nn seul, les edt écrasés tous.

De sa Innette aucun ne se méfie ; Chacun à son voisin rendant le démenti ,

Au péril même de sa vie Soutiendrait l'animal dans son cerveau blotti.

N'en riez pas , Messieurs du monde politique ,

Vous avez vos bëtes aussi.

Et de mon lunetier vous êtes la pratique.

Méfiez-vous de sa boutique :

Il se nomme esprit de parti.

LE CHIEH SAVANT ET LE VIEDX CHIEK.

D'un cbien savant récemment acheté Une riche maison faisait sa jouissance,

D,niz=rtNGoO«^lc

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BUitres, airsats, valets, tout était enchanié

De ses loors et de :>a science.

Il sautait pour qui l'on voulait.

Se dressait sor deux pieds, valsait, cahriidait.

Faisait le amrt. donnait la patie.

Devinait une carte , on bien un numéro;

Bref, le célèbre Nunilo Auprès de lui n'était qu'une s^vUe.

L'a vieux diien, accrtmp dans un coin du rojer. Où tout le ntonde, hélas ! paraissait l'onfalier.

Tristement le regardait faire.

C'était un enfant du logis.

Qui jamais n'avait tien appris.

Et qui pourtant écoolaît sans colère Les applaudissements, les éloges Batteurs Qn'i ce nouveau venu donnaient les spectateurs. ■ Ces talents, disait-il, sont des mojens de jdaire. D'amuser mes patrons, d'égayer leurs amis. > El le pauvre enviait à son heureux CMifrère La joie et le bonheur de les avoir acquis.

Aussi, dès que la naît fait régner le sil«ice, Qu'm no profond sommeil tout est enveloppé.

Voilà que nion vieil écloppé

S'évertue et se met en danse.

Et cherche à répéter les tours qui l'ont firappé. Hais, hélas ! sur ses pieds il se soutient à peine ; * Ses jarrets afiaiblts s'affaissent sous son poids ; Il perd à chaque pas l'équilibre el l'haleine;

.„.,„Goos

Il tombe et retombe dix fois.

> Ah 1 dit-il, c'est trop tard ; ■ et la lé(e baissée,

Il tourne sa triste pensée

Vers un passé qui ne peut revenir.

Et reporte en son gîte un lardif repentir.

Ainsi l'homme déplore, aux jours de sa vieillesse, Les études, les jours qu'a follement perdus

Son imprévoyante jetinesse.

Les vides qu'en sa tète a laissés la paresse Se remplissent alors de regrets superflus.

Mais ce qu'on perd de temps ne se retrouve guère; Et l'on ne voit, hélas '. ce qu'on aurait dû faire, Que pour gémir de ne le pouvoir plus.

■ Enbes, messieurs, entrez, mesdames; Vous allez voir un spectacle fameux.

Il ne fait point rougir les filles et les femmes ;

C'est du nouveau, du merveilleux.

De Lisbonne à Berlin, de Londres à Trieste, Noas avons fait courir culs-de-jatte, impotents. Entrez, voyez, et vous sei'ez contents.

Prenez vos places.... s'il en reste. »

Ainsi sur des tréteaux monté.

iz^mnCoOi^Ic

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Après >*o)r louiSé dans im vieux cor de chasse. Déclamait en plein air on nullieureux Paillasse. Le peuple i son appel venait de tous c6tés.

Se pressait snr les bancs, couvrait les esrabelles; Et bientAt sur la scène, à la sombre Inenr

D'an quinquet et de trois chandelles,

Parut l'incomparable acteur

ADDoncé par le bateleur.

Son flexiMe gosier imita la fauvette,

Le rossignol, le canard, la chouette, Rugit comme un lion, beugla comme un taureau; Et, de tout animal familier ou sauvage Ajant fait résonner les cris ou le ramage, Il fit les trois saints et tira le rideau.

Le public goûtait peu son langage mimique.

Et regrettait fort son argent; Hais Paillasse déjà reprenait en plein vent

SoD burlesque panégyrique; Quand la foule, en sortant, l'observant de plus prés. Crut de l'autre bouffon reconnaître les traits.

> Ahl pendard, c'est toi qui te vantes, Crièrent i la fob trente vois glapissantes ;

Ta fais bien, car aucun de nous

Ne te rendrait le même ofBce. * Et le public, pour se faire justice.

Ramassait déjà des cailloux.

■ Écoutez-moi, dit-il, braves gens que vous êtes : C'est vrai, sous deux habits je me suis présenté.

D,niz=rtNGoOylt'

Si mon double méliei' n'est pas des plus honnêtes

Ce n'est p*s moi qoi l'inventai. Je sais de grands autenrs, de célèbies artistes. Plus connus dans Paris que votre serviteur,

Qoi, ponr vaaier les fruits de leur labear, Sous on nom difTérent se sont faits journalistes. Quel que soit le métier qui vous donne du pain. Pour vous achalander suivez notre système.

Quand, faute de louange, od peut mourir de faim Il vaut mieux se louer soi-même. •

LE PRKUIBR LAHCIn.

N'abandonnez jamais le sentier de l'honneur, Enfants, je vous le dis, malheur, cent fois malheur

A qui fait un pas dans le crime 1 Le chemin est glissant; on n'y penl s'arrêter : Qui se laisse une fois tenter Est tdt ou tard entraîné dans l'abime,

Près d'un clos entouré d'êpineus arbrisseaux, Un jeune voyageur, passant par aventure,

Vit un poirier dont la verdure S'effaçait sous les fruits qui chai'geaient ses Une poire le tente ; il franchit la barrière, Et déjà de ce fruit savonre la douceui-,

KGoosIe

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Quand un chien se réveille, et ce gardien sévère S'élance sur le voyageur.

Contre cet ennemi, qui déjà le terrasse.

Le jeune homme est contraint d« défendre ses jours :

Il redouble d'efforts, lutte, se débarrasse ;

Et sa main, d'niie bêche empnutant le secours,

Étend le dogue sur la place.

Aux aboîmenls du chien, le maître est acouru. Il voit son cher Azor sur la terre sanglante j Et, d'un destiu parnl meoaçant l'inconno, Du tube meurtrier il presse la délente.

Le coup part, le plomb siffle à l'oreille tremblante

Du voyageur, qu'il n'a point abattu.

Hais cet infortutié, qu'emporte la colère, De la bêche à son tour frappe son adversaire^ Et près de son Azor le maître est étendu.

Du criminel bientôt s'empare la justice.

Il pleure vainement son malheur et ses torts.

Malgré ses pleurs ei ses remords, Le jeune voyageur est conduit au supplice.

■ Hélas! s'écriait-il, que mon sort est cruel! ■ Je lègue à ma famille une affreuse mémoire;

Je meurs comme un vil criminel, Et ne voulais pourtant dérober qu'une poire. ^

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