L£ PEINTRE DE CARICA.TUBES
Un peintre d'animaux, éiuale de GrandTÎlle.
Montrait aux curieux d'une pedte ville
Les caprices de son pinceau.
C'étaient des faces d'bomme avec art ajustées Au con d'un quadrapède, ou des têtes d'oiseau Sur des épaules d'homme habilement montées.
Horace avait prédit, bien longtemps avant nous, Que le monde rirait de cette extravagance; Et DOS badauds riaient comme des fous.
Sans y trouver la moindre ressemblance; Quand un bouffon (tout pays a les siens) S'écria : ■ Notre adjoint ressemble à cette pie ; •
Et nul de ces bons citoyens
Ne douta de l'allégorie.
Depuis que l'homme est inventé,
Il n'est bêtise ni folie Qu'on ne fasse adopter par sa crédulité.
ViieH donné, chacun se mit à reconnaître
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80 LIVRE m.
Sun eanemi, son voisin ou son maître.
Se reconnut lui-même, et se cmt insulté.
Le substitut se vit au cou d'une linotte;
L'avocat dans nn perroquet ;
Le médecin dans un baudet;
Le maire dans une marmotte ;
Le percepteur, le sous-préfet.
Le fier tambour-major de la garde civique.
Tous reconnurent leur portrait Au cou d'ua animai sauvage ou domestique.
Ce fut alors un hourra général.
A l'admiration succéda la colère, Et ce peuple rieur devenait fort brutal
Pour l'artiste et son éventaire, Qnand le juge de paix courut au baccfaanal
Et se fit expliquer l'afTaire. '
Celait an bon humain, muni d'un gros bon sens,
Chose rare dans notre temps.
11 écouta le peintre, examina ses têtes,
El se tournant vers ce peuple en courroux :
> Allez en paix, dit-il, pauvres sots que vous êtes; Cet homme n'a soujjé qu'à dessiner des bétes. Pourquoi TOUS recoiuiaissex-vous t >
Je fais même réponse a certains personnages Qui dans de mes innocents tableaux Ont cru retrouver leurs visages.
J'attaque de mon temps les vices, les défauts ;
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Mais en vain des portraits que ma muse crayonne
On nomme les originans.
Je tire en l'air et ne vise personne. Qui veut se reconnaître a tort de m'en charger.
Et qai s'en fâche apprête à rire ;
Le plus sage est de n'en rien dire, .
Le plus beau de s'en corriger.
FABLE n.
LB SIHGZ, l'écureuil ET LE CHAT.
Un singe assez pourvu de malice et d'orgudi ,
Hais, à tout prendre, assez bon diable.
Partageait le gîte et U table
D'un vieux chat et d'un écureuil.
Le mérite d'aulrui n'était pas son idole :
En arrière, toujours prél à le dénigrer,
Toujours, en face, il semblait l'admirer, Pour rire des niais que dopait sa parole.
■ Mon cher écureuil , disait-il.
Que ton port est charmant 1 que ton air est'gentil ! On n'a pas plus d'esprit , d'élégance et d'adresse. Quanti cevieox matou qui se lèche là-bas.
Je ne sais pas vraiment pourquoi notre maîtresse Lui trouve de la gr&ce et de la gentillesse.
U n'est bon qu'à tuer des rats. >
Quand le chat l'écoutait, c'était une autre cloche.
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8S LITRE m.
L'écureuil n'était qu'on benël.
Une léte à l'enrers, un petit freluquet
Bon tout 3u plus à faire un tonmebroche.
Un soir que uotre singe, après cent et ceot tours. Sur le maton s'en donnait à ccBur joie, Le chat survint, comme ils viennent toujours Avec des pattes de velours Qu'ils ont l'air de poser sur des tapis de soie.
■ Bravo, dit-il ; moque-toi bien de lui.
Envers chacan de nous tu fais le bon apôtre.
Et nous griffes l'un après l'autre.
Hier c'était son tour; c'est le mien anjourd'hni. »
Pris en flagrant délit par son vieux camarade. Le malin sapajou n'en fut pas plus honteux ,
Répliqua par une gambade, Et fit en s'éloiguant la nique à tous les deus.
J'ai vu de ces moqueurs , et sous de fort beau linge ;
Hais, dès qu'ils sont coimus, leurs traits sont émoass Ceux-là même qu'ils ont blessés S'en amusent comme d'an singe.
FABLE m.