LES OISONS BT LE FLEUVE
Sur an fleuve au courant rapide.
Des oisons s'ébattaient, et par cent et cent tours. Fiers de bouleverser cette arène liquide, S'avisèrent enfin d'en refouler le cours.
Voilà donc ma troupe amphibie Qui se range et s'étend de l'un à l'autre bord.
Sur une ligne étroitement unie.
Et contre le courant fait nu commun effort.
Sur leurs poitrails battus par la vague écornante, S'amassaient les débris des forêts et des champs. Les chaumes, les gramens que lui jetaient les vent«,
Qu'enI rainait son eau boni 11 tmn an te,
A les saisir, à les entrelacer.
L'escadron emplumc s'empresse et se fatigue.
Pense opposer au fleuve une puissante digue.
Croit en le remontant qu'il le fait rebrousser; Et, redressant alors leurs trompettes bruyantes Au sommet d'un long cou qui domine les flots.
De leurs fanfares discordantes.
Mes oisons triomphants fatiguent les échos.
Mais le fleuve se rit de leur burlesque audace. Sur eux, entre leurs cous, son onde filtre et passe. Sons leurs pieds, sous leur digue, i) coule k plein cvuil'
iz=rtNGooylt'
Leurs efforts et leur bacchanal M'en ont troublé que la surface.
Les changements d'État, les révolutions,
Qu'amène le temps dans sa course, Sont aussi des courants, que nos rébellions Ne font point aisément reculer vers leur source ;
Et quand je vois tant d'honnêtes vivants
■ tourner vers le passé leurs r^rets décevants.
En faveur du vieux, temps écrire des volumes.
En méditer, en rêvei' le retour, Je ne dis pas ; Oisons ; mais je snis à mon tour Tenté de regarder s'il leur pousse des plumes.
r RÉVOLTA.
• Pourquoi mechasses-tuduchampoilje veux paître?
Disait au chien qui lui mordait la peau Un moaton séparé du reste du troupeau.
— C'est que le champ n'est pas à Dotre maître,
Répondit le chien irrité; Le bien d'autrui doit être respecté. ■ Le maraudeur n'admet point la sentence Qu'oppose à ses désirs le fidèle gardien.
Les règles du tien et du mien Révoltent son indépendance.
Il veut incorptirer dans le code mouton
Diniz-rt^GoO'
Les doctrines de Saint-Simoo.
Il crie au privilège, à l'abus de puissance;
Et sur le besoin de nian{>er Fondant le droit de puitre en tous lieux, sans défense, Finit par demander avec impertinence A quoi servent les chiens et mèine le bergei-.
Pendant qu'il ar^jumente en profond communiste. Un loup terrible arrive el s'élance en hurlant.
IjC mouton s'enfuit en bêlant.
Mais k cet ennemi le chien court et lésiste , Le terrasse, le mord ; et, le berger aidant.
Le laisse inanimé sur le gazon sanglant.
« Eh bien! dit-il au tribun porie-laine, Dont la peur rabattait la ]>arole hautaine, Et qui se tenait coi parmi ses compagnons, Tu vois à quoi les chiens et les bergers sont bons ; Empêcher qu'on te nuise, et t'empècher de nuire.
Voilà ma charte et rien de plus. > Selon n'eût pas mieus dit ; et, sans suer à lire Les cent et cent traités ù ce thème cousus,
Avec ces mots bien entendus.
On gouvernerait un empire.
Mais de ce pacte social La moitié seulement plaît à mon réfractaire.
En trouvant juste et bon d'être à l'abri du mal, Il voudrait retenir le plaisir de mal faire ;
Et je connais sur celte terre Bien des portraits de cet original.
D,niz=rtNGoO«^lc
LA COBNElLtE ET LA PRIAIS.
Loin de son ténébreux réduit,
Une frésaie, oisean de nuit, S'était pendant le jour sur nn chêne endormie.
Une cwrneille l'y surprend.
Et, l'attaquant avec furie, Fût voler sous son bec le plumage sanglant.
La Trésaie a jjrand'peine i dérenJre sa vie.
Sa paupière au Soleil oc pouvant se rouvrir, Elle fuit au basard devant une ennemie.
Qu'elle né peut voir ni punir.
Dans le creux d'un rocher enfin elle s'abrite ; Et le peuple frésaie, à ses cris ameuté.
Proclame l'infamie et la déloyauté
De celte brutale poursuite,
La nuit revient; la frésaie à son tour Voit dans l'obscurité comme l'autre en plein jour, Et, dans un bois trouvant une corneille A coups de bec l'attaque et la réveille.
C'est la corneille alors qui crie au guet-apens, A l'assassin, à l'infamie, Qui, fugitive et poursuivie.
Invoque maintenant justice et droit des gens ;
£l le peuple corneille à ses crU se rallie
Pour Gondanuier ces mauvais traitemcDb.
C'estqu'eace monde, hélas I nom avons deux lanjjiges, Suivant que le destin nons sert ou nous trahit. Aux dépens du prochain, chacun à son profit
Abuse de ses avanrages,
De sa force ou de son crédit.
Mais, quand la chance tourne, on change de systèate. Tel, qui de grand et fort devient faible et petit. Condamne dans autrui ce qu'il a fait lui-même.
FABLE VU
LA LIGNE UROITE.
■ La ligne droite est la meilleure; Suis-la toujours, mon fils, sans jamais dévier, • Disait un bon bourgeois ; et le jeune écolier. Pour voir Paris sorti de sa demeure.
Rumine, en suivant le trottoir.
L'avis que de son père il vient de recevoir.
Au coin du boulevard son étoile l'adresse ; C'était un vaste et bruyant carrefour, Où se croisaient à toute heure du jour
Des embarras de toute espèce.
Pour franchir ce pas périlleux,
iz^mnCoOi^Ic
FABLE Vil.
Mon jeune homme, docile aux leçons de son père. Sur le mar opposé prend an point de repère.
Et marche droit au but oil s'attachent ses yeux.
Un chien accourt, le frobse et le couvre de fange, n se |rfaint, mais il va; puis viennent deux porteurs, Dont le brancard pesant le henrte et le dérange, Qui passent en riant de ses vaines clameurs.
Tandis qu'il les maudît, un cheval qu'on exerce De son large poitrail te frappe et le renverse ;
Et snr ses pieds endoloris, A peine a-l-il dressé son épine dorsale; Ses yeux un peu troublés ont à peine i-epris
Son point de mire et sa ligne fatale.
Que d'un terrible gare ébranlant le quartier.
Un cocher d'omnibus, dont le fouet le menace,
Le force i reculer devant la lourde masse,
Dont l'avanl-train l'allaît broyer.
Le colosse roulant lui cède enfin la voie ; Il se remet en ligne, et tout en clopinant Vers son point de repère il s'élance avec joie. O dienxl un tilbury, pins léj^er que le vent.
L'atteint de sa rapide roue.
Lui démonte le bras, ei sur un tas de boue, A quinze pas du but, te jette pantelant.
La foule accourt, l'entoure, le ranime;
Et d'un accent piteux mêlé de quelques pleura.
iz=rtNGoi.)«^lc
II conte son histoire et surtout la maxime
Qui lai causa taot de malheurs.
Quand on des assistants, qui, sous trois dynasties. Avait, en louvc^rant à travers les partis Passé d'une mansarde en de riches lambris, Et gagné des châteaox, des croix, des armoiries, Lui dit : « Votre cher père est ud homme loyal;
Hais croyez-en votre disgrâce :
En suivant îd-bas la ligne qu'il vous trace,
On ne va droit qu'à l'hôpilal. >