LE BLOC DE HIBBRE
Des rochers de Paros aux murailles d'Athèue
Ud bloc de marbre transporté.
Et par un Phidias habilement sculpté,
Avait pris la figure humaine D'un héros qu'honorait cette illustre cité.
Déjà, pour recevoir la nouvelle statue.
Un piédestal s'élève au pied du Parthénon; Et de tous les côtés la foule est accourue.
Pour solenniser la venue D'un chef-d'œuvre rival de l'antique Apollon. « Qu'il est beau, disait>on, quel noble et fier visagel Non, jamais le ciseau n'a produit rien de mieux ; C'est de notre héros la plus parfaite image,
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C'est le héros lui-même, et tel qu'à notre hommage Doivent s'oSrir les demi-dieux. ■
Un maire, confondu dans cette foule avide, A ces mots louangeurs opposait les éclats D'an rire accompagné de ce dédain stupide.
Qu'an sot répond toujours à ce qu'il s'eatend pas. ■ Va héros, disait-il, un demi-dieu ! quel conte ! Mon pays en aurait à revendre à ce compte; Car je suis de Paros, d'où ce marbre est sorti. De mon pic sous ses pieds vous voyez le vestige. Qui le prend pour héros est frappé de vertige ; Oa, s'il est sain d'esprit, it a parbleu menti. >
Dans ce vieux temps moins philanthrope.
Moins savant que la jeune Europe, Les vieux Grecs ignoraient que pour un démenti On dût couper la gorge à son meilleur ami.
Mais ils riaient des sots comme on en rit en France, Et l'homme de Paros fut berné d'importance.
Mais n'en fut pas plus converti.
Prospérez, devenez illustre.
Vous trouvères toujours des sots pour le nier. Vous ne serez pour eux qu'un enfant du quartiei , Ce que le bloc de marbre est anx yeux de ce rustre.
FABLE rX.
l'ayarb et son chien.
Si l'hodime rarement tolère dans les autres
Les vertus qu'il n'a point en lui,
Nons aimons les vices d'autmi,
Quand ils servent d'excase aux uotres.
Maître Harpagon, lassé d'admirer son trésor, Suivait de l'oeil son chien, qui, suas un tas de paille, Allait cacher un pilon de volaille, ■ C'est bien, dit-il, c'est bien, mon cher Azor ; Cest très-bien d'amasser. Laisse dire et redire
Que l'avarice est tin défaut.
L'iuiitinct qui te guide et t'inspire
Est un avis qui vient d'en haut.
Contre nos détracteurs cela doit nous suffire. ■
Et, tout en répétant : « C'est bien, »
Harpagon caressait son chien.
Hais le soir même, hélas! voyant la paavre bète A pas de loup marcher vers sa cachette,
Reprendre l'os et le ronger :
« Que fais-tu là? dit l'avare en colère;
Je louais ce matin ta sagesse exemplaire ,
Et tu cachais cet os, maraud, pour le manger.
— Eh ! quel meilleur emploi pouvais-je donc en fuii e Répond Azor en broyant son pilon.
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Je n'avais ce matin nul besoin de pâture.
Et j'ai caché ce rogalon.
J'ai faim, je le reprends. C'e^t )a loi de nature.
C'est avoir un coup de marteau, Que de cacber son bien pour n'en pas faire usage.
Autant vaut le jeter k l'eau. >
La maxime était bonne et «âge ; Mais n'ayant cette fois, pour prix de son adage,
Qu'on coup de pied sur le museau, A ses dépens, hélas ! mon chien pnt reconnaître
Que, pour être aimé de son maître.
Il vafait mieux flatter qne bUmer ses penchants ^
Et c'est l'avis de bien des gens.
Que l'<Hi reconnaîtra peut-être.
LES DEDX &OLEILS.
« Mon père, s'écriait un enfant curieux.
Tu sais bien ce soleil si brûlatit, si terrible. Dont le visage ardent, l'éclat impérieux, A mes regards inaccessible, He forçait à baisser les yeux ; Viens le voir maintenant; pâle, terne, obscurcie.
Sa lumière s'est adoucie.
n souffre que sur lui s'arrêtent mes regards.
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17k LIVRE V.
— Ce soleil, mon enrant, ressemble aux grands du monile, Humbles, doux, avenants, quand la tempête groode, Quand leur face et lenr ciel sont voilés de brouillards. Hais que le ciel s'épure, et (jne leurs feux rayonnent, L'nrgaeil reparaîtra sur leurs fronts radieux. Profile des beaux juurs que ces soleils te donoent, Et pour les voir de près ne risque point (es yeux. •
FABLE XL
LE CHAT RÉFORMATKDR.
Des mars abandonnés d'un antique manoir Un vieux renard s'était fait un empire.
A quel titre? ma foi, je n'ai pas été voir.
Il occupait; cela doit me suffire.
Ce titre fol celui de Hapsbourg, de Tudor,
De Pépin, de Capel, de bien d'autres encor;
L'histoire les absout et souvent les admire ;
Et bien fou qui se bat pour savoir si ses rois S'appelleront Claude ou François.
Un fait plus important, c'est que le poids de l'tge Otait à mon renard la force et le courage ;
Que ses sujets se moquaient de ses 1ms , Que son royaume était rais au [ullage; Que d'im ministre enfin il fttlut faire choix. Il prit un chat, Caton des plus austères,
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Ferme, vaillaDl, actif, ilans la force des ans, lacorroptible, juste, à l'épreuve du temps, N'apnE à remplumer ni frères, ni beaux-frères,
Ni fils, ni gendres, ni parents, Un ministre en un mot comme on n'en voit plus guères.
Le voilà donc à l'œuvre, attatinant les volenrs. Réprimant les abns, faisant bonne police, N'onbliant que lui-m£me, et, fort de sa justice,
Bravant menaces et clameurs.
Il eut tort sur ce point. Ligués par la vengeance Contre un réformatenr à leur repos fatal, Ceux à qui profitaient le désordi-e et le mal
Minaient sourdement sa puissance.
La couleuvre en rampant jusqu'au roi se glissa, Et, se faisant l'écho de mainte calomnie, Du favori surtout blàma l'hypocrisie.
D'arbitraire à son tour le lézard l'accnsa.
La cbooeite et la raine, intraitables bavardes. Dirent que le matou, par ses amours criardes,
Dans son sommeil troublait Sa Majesté.
La souris se plaignit de sa brutalité; Et tous insinuaient que l'infâme, le traître
Songeait à détrôner son maître.
Le renard, qui d'abord méprisait c
Ouvrit au dernier trait son oreille ébahie.
Aucun roi là-dessus n'enlendra raillerie.
Il fut la dope des mécbanis.
II renvoya son ministre fidèle ;
Et les pillards, libres et triomphants, RecommencèreDt de plus belle.
RéTormer les abus est le vœu des grands cœurs Mail on y perd sa peine, on s'use à les poursuivre. Ib renaissent toujours ; et les gens qu'ils font vivre Seront toujours plus forts que les réfoiraateurs.