LE JUGEMENT OE SATAN
Pour savoir quel heurens démon Nommetaît notre siècle el serait son patroD,
Dans l'infernale pétaudière
Satan tenait sa cour plénière.
Parmi les candidats qui briguaient cet honneur,
L'Ambition vint s'offrir la première.
C'était dans sa nature ; et l'Intrigue, sa sœur,
Ne demeura point en arrière.
Elles avaient des droits qu'on ne peut contester ; Et Satan prit plaisir à les féliciter Du mal qu'elles iaisaient à l'humaine cohue.
Mais de Sa Majesté cornue l.e choix entre les deux paraissait hésiter.
â LIVRE I.
Quand le démoa de i'Or, qu'à lu riicâ tiébraïquc. Sous la forme d'un veau, fil adorer Aaron, Que chez les Philistius on appelait Mammon,
Et Plutns dans la Grèce antique, Heveadiqua l'honneur de nous donner son nom.
« L'Ambition, dit-il, nous est utile et chère; Elle est pins que jamais digne de ta faveur :
Elle est mesquine, tracassière.
Bavarde, industrielle, et se fait douanière.
Elle n'a plus enfin noblesse ni grandeur.
Et t'appartient désormais lout entière.
L'Intrigue est digne aussi des faveurs de mon roi. Sur le siècle, à toute heure, elle accroît son empire. Il n'est pent-èlre pas un honneur, un emploi,
Qu'elle ne donne ou ne retire.
Mais toutes deux, il faut le dire,
Ne travaillent plus que pour moi.
Des hommes de ce temps je suis la seule idole.
Le plus modeste et le moins altéré.
Sans étancher la soif dont il est dévoré.
Avalerait tout le Pactole.
Le siècle est donc à moi. Qui pourrait réclamer, Me disputer enfin l'honneur de le nommer?
— Moi, dit la Vanité, moi, dont la tyrannie Fait de l'homme un esclave, et tourmente sa vie. Je connais ton pouvoir ; je sais que les mortels.
Insatiables de richesses, Pour amasser de l'or feraient maintes basbesses,
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Mais c'est pour me l'offrir sur mille et mille aub Pour briller, pour paraître et lutter d'élégance, Pour s'effacer l'un l'anire en somptuosité;
Et, grâce à moi, jusqu'à l'extravagance Par ml luxe sans frein le siècle est emporté : C'est moi dont les conseils ruinent les familles; Qni, pour nn cbâle, une robe, un rubis.
Contre les pères, les maris.
Arme les femmes et les filles; Moi, qni d'or et de stuc surcharge l'atelier
Du tailleur et de la modiste.
Les salons du limonadier ; Moi, par qni l'artisaQ se transforme en artiste, £t le bourgeois en comte ou chevalier ;
C'est moi qui trouble et qui divise Btinistres, députés, guerriers et courtisans,
Les poètes et les savants,
L'État et les litmimeg d'Église ;
Moi, par qui les opinions Sont, comme l'égoïsme, intraitables, hautaines;
Moi, qui nourris des factions
Les espérances et les haines.... <
Elle en eût dit ]us<{u'au surlendemain.
Si la satanique assistance
N'avait, par des bravos sans fin,
Interrompu son éloquence.
Tous ses rivaux en perdirent l'esprit ;
Et Saian, par nn bel édit
Parafé de sa griffe noire,
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Prononça qoe le si^le, à sa harre cité,
Serait nommé, dans l'infernal gnmoire.
Le Siècle de la Vanité.
C'était juger en conscience ; Et l'on sait que l'esprit du mal Choisit bien mieux que son rival Les instruments de sa pmssaDce,