‹ Les fables complètesChapitre 8 sur 110 · LA POULE, LE RENARD ET LE CHASSEUR · texte numérisé non relu

LA POULE, LE RENARD ET LE CHASSEUR

Une puule paissait et ne songeait qu'à paître :

Un renard fond sur elle, et, sans perdre un instant.

Loi donne quelques coups de dent.

La poule crie; et, dans ce cas, peut-être Chacun de nous en aurait fait autant,

Quand un chasseur vient à paraître.

Il ajuste mon drAle, et la charge qai part Casse l'aile k la poule et l'épaule au renard.

Les voilà gisaots sur la paille.

Et gémissant tous deux de leur funeste sort, a C'est toi, dit le renardj misérable canaille.

C'est toi qui me causes la mort.

— Grand merci I dit la poule, en faisant un effort Pour s'éloigner encor de la bëte ennemie ;

Je devais souffrir sans crier,

Peut-être vous remercier.

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FABLK III.

Et me laisser croquer par Voire Seigneurie. •

Le chasseur finit l'eutretieii.

Il les prit tons les deux, mit la poule à la broche, De la peau du renard se fit une sacoche.

Et donna la bëte i son chien.

Ma poule, c'est le peuple, étemelle Ticdme

De qui le dévore ou l'opprime.

Et fort souvent aussi de qui veut le venger.

Mon renard appartient, dût-on m'en faire un crime.

Quant à celui qni mange ou qui fait tout manger. C'est l'ennemi, c'est l'étranger; ChacuQ le nomme et maudit sa visite; Je vous conseille, en bon Françiis, De le renvoyer au plus vite, Et qu'il n'y revienne jamais.

LE SBRPBHT CONVERTI.

En l'absence du roi lion , Le peuple quadrupède, en proie à l'anarchie, Snr tous les daims et chevreuils de l'Asie

Exerçait sa proscription.

Un serpent fort disert épuisait sa faconde

A prouver que tons ces proscrits,

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Et même les lions, étaient de vrais bandits;

Qu'il fallait en pni^r le monde.

Ses méfaits répondaient à son inimitié :

Chevreuils et lionceaux trouvés sur son passage

Étaient dévorés sans pitié.

Un antre temps survint -. la Fortune est volage.

Le roi iion fut rétabli.

Les proscrits à la cour reprirent l'avantage,

Et notre serpent converti

Changea de rôle et de langage.

Il faut vivre ponrlaot : les serpents sont gloutons.

Cetpi-ci retomba sur les pauvres moutons, Sur les lapins et sur les lièvres.

■ Je te croyais changé, lui dit nn écureuil.

— Sans doate , répond-il en se léchant les lèvres :

Vois, je ne mange plus de daim ni de chevreuil ;

Ce sont gens comme il faut, vrais amis de nos maîtres;- Mais les moutoDs sont des séditieux; Les lapins sont des factieux.

Et tous les lièvres sont des traîtres. ■

Notre siècle est rempli de ces faux pénitents. Et de maint pmscripteur ma fable est la peinture. Je les vois aujourd'hui tels que dans d'antres teraps ; Ils ont changé de peau , mais non pas de nature : Us sont toujours restés serpents.

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LES TROIS CUEVAtX A l'hoPITAL.

L'industrie et les arts ont fait tant de conquêtes , Qu'à l'égal des huniabs traitant les animaux , On a des médecins de chiens et île chevaux,

El qu'enfin pour toutes les bêles

On a créé des hôpitaux.

Dans un de ces réduits, non loin de la barrière, Trois chcTaux attaqués de trois maux différents

Étaient confiés aax talents

D'un Galien vétérinaire.

A qni mange du même foin

Ou ressent bientôt le besoin

De conter sa propre infortune :

La communauté du malheur

Amène une pitié commune,

Et toute plainte a sa douceur.

Un jour, las de brouter, d'errer sur la prairie, A l'ombre d'un ormeau, dont ils s'étaient fntttés.

Nos trois malades arrêtés Se contèrent ainsi les travaux de leur vie.

■ Je fus, dit le premier, un artiste fameux.

Admis cheic Franconi dès l'âge le plus tendre.

J'ai fait tous les sauts périlleux.

Tous tes tours, en un mot, qu'il a voulu m'apprendre.

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A travers les pélards, ies flammes, tes guerriers, ' Je faisais admirer mon courage héroïque :

Je dansais avec gr.Ace , et sentais la musique.

Le Vestris du Cirque-Olympique.

Dans l'arène où vinjjt ans a lirillé mon savoir, Les applaudissements accueillaient mon entrée ; Paris, rEur0[)e entière arcouraient pour me voir, Et, lorsque de mon nom l'aflictie était parce,

On Était sûr d'une chambrée ■

Le second, lui jetant im regard dédaigneux ,

Recule de trois pa'î, dresse une tête altière.

Et dit : - Les bords dn Nil ont nourri mes aïenx ;

Une jument arabe e;t mon illustre mère.

Par un héros français dans le Caire acheté,

Et par un bean vaisseau dans Marseille apporté.

J'ai des grands de la cour hanté les écuries.

Sur mon dos un matin l 'Empereur est monté.

Dix fois de Malmaison j'ai brouté les prairies.

Ayant changé de maître, ainsi que ses pal aïs,'

El, comme ses flatteurs, fidèle aux. Tuileries,

J'ai dans quatre cérémonies , D'un écuyer du roi revêm le harnais.

Austerlitz, léna, Wagram, m'ont vu combattre; J'ai va tonner le bronze et n'en aï point frémi : Et ces combats sanglants, mon cher petit ami.

N'étaient pas des jeux de théâtre.

— ]|[a foi, dit un troisième, en riant de tons deux,

D,niz=rtNGoOylt'

Le sort ne ni'a pourvu tie talents ni d'ancêtres ; Je n'ai pas eu des rois ou des héros pour maitres.

Et je n'ai servi que des gueux.

Un pauvre laboureur me nourrit an village.

J'ai traîné son Tumier, ses choux et son foorrage ;

J'ai porté soo heurre à Paris.

J'étais heureux dans mon taudis.

Un coup de pied fatal me fit mettre en disgrâce. Pour vingt ou trente écns par un fiacre acheté, Ha! peigné, m^ nourri , mais surtout bien fouetté, J'ai roulé trois hivers son carrosse de place. Mon destin, je le vois, excite vos mépris,

Vous dédaigner, un pauvre diable.

Mon métier fut moins honorable ; Mais il fut plus utile, et je m'en applaudis. Mon sort dans quelques jours sera pareil au vôtre ; Vous êtes comme moi promis à l'écorcheur,

Et nos cuirs , vendus an tanneur,

Ne vaudront pas mieux l'un que l'antre. >

LA BERPE ET LE PETIT OHHEAU.

A tondre un bois taillis une serpe occupée, Arriva sur une cépée Où se groupaient trente jeunes ormeaux , Qui, peudns au sommet d'une roche escarpée,

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iO LIVRE I.

Sur un profond aliime éteDdaienE lenrs rameaux.

L'abord en faisait peur, luème aux pins intrépides,

Et la seipe hésitait à finir son labeur,

Quand, avisant un jet dont la souple vigtieor

Promettait un appui solide, Elle lui tint ce langage flatteur : • Pourquoi rester perdu dans Ion vil entourage? S'il ne gênait ainsi ton essor glorieux, Ta tête grande et forte irait toucher les cieux ; Ta deviendrais l'honneur de ce beau paysage.

Permets au bàcheron qui me prête son bras

D'appuyer son pied sur ta tige ; Et bientàt, délivré de tous ces embarras.

Tu grandiras comme un prodige. >

Le futur géant du canton De ce noble avenir accepte l'espérance.

Et sous le pied du bûcheron

S'incline avec reconnaissance.

Grands et petits drageons, tout tombe à ses calés ;

Tous ses rivaux sont écartés.

Au grand jour, an grand air il s'étale, il respire;

Dans les eaux du fleuve il se mire, Et s'enivre déjà de ses prospérités.

Mais la serpe, en faisaAt retraite.

L'a payé des secours qu'il a si bien prêtés ; Près de ses compagnons un dernier coup le jette, £t le même fagot les a tous emportés.

Ceci va droit à vous, caméléons dociles,

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FABI.E VI.

Qui , dans les temps en vengeances fenîtes, A Tonler vos amis aidez vos oppresseurs ;

De l'ennemi qui vous caresse

VOMS connaîtrez un jour les éloges menteurs.

Aux trai'res rarement on garde sa promesse.

La haine des vaincus, le mépris des vainqueurs.

Voilà le prix de leur bassesse.

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