LE LOVP ET LES TROIS CHIENS
Que servent aux humains les leçons de l'histoire,
El leur expérience et même leurs revers?
On leur a dit ceni fois, en prose comme en vers ;
< L'union fait la force et donne la victoire;
En face du péril soyez toujours unis; •
El quand le péril vient, rois, peuples et partis,
Perdent le sentiment et jusqu'à la mémoire
Des désastres qu'ils ont subis.
D'un vaisseau, dont jadis j'ai dépeint le naufrage ',
Vous souvient-il. mes chers lecteurs?
Battu par tous les vents, jouet de leurs fureurs. Ce vaisseau de l'État me présentait l'image.
■ Vous périrez, • disais-je à l'équipage; Et l'équipage alors riait de mes terreurs.
Je disais vrai pourtant; et je n'en fais pas gloire. Mais si dans l'avenir à mes yeux attristés S'offrent d'autres périls, d'autres calamités, Serai-je plus heureux? daignera~t-on me croire?
I Le TBiiMau m péril.
D,niz=rtNGoO«^lc
254 LIVBE VII.
Et mes nouveaux conseils seront-ils écoutés?
Non, non, les passions ont la voix plus hautaine
Que la sagesse et la raison ; Et, sans rien espérer de la folie homaine, A mon pays encor j'adresse une leçon.
Dans une ferme où régnait l'abondance, Où le bonheur peut-être endormait la prudence, S'était avec la nuit par surprise glissé Un loup des plus cruels, qui, par la faim pressé, Par de longs hurlements signalait sa présence. Là veillaient cependant trois chiens, dont le danger
Avait souvent éprouvé le courage.
L'un était un chien de berger Fier de son antique lignage, Qui même prétendait avoir reçu des cieux <
Le périlleux et superbe apanage De mener les troupeaux et de veiller sur .eux.
Hé d'un père divers, quoique de même race, L'autre était un barbet, plus jeune, plus vivace. Se croyant plus de droits pour être plus nouveau.
Le troisième, à forie encolure,
Grand querelleur de sa nature, Grognard au nez camus, au large et gros museau, Avait pour père un dogue; et dans mainte aventure
Ses deux oreilles et sa peau Avaient reçu plus d'une égraiignure.
Touj trois dans cette ferme ils avaient vu le jour;
D,niz=rtNGoi.)«^lc
FABLE XI. iSb
Et longtemps de coDcert ils l'avaient défendue. Hais entre eiuL la discorde était enfin venae Pour un chenil par emx occupé tour à tour.
Chacun d'eux désormais le voulait sans partage.
C'était un éternel tapage, Un débat sans issue; et les trois prétendants
Se déchiraient à belles dents.
Quand ce loup affamé vint k leurs aboîments
Mêler ses hurlements de rage.
Mes chiens de lear débat ont snspendu le cours, Mais non leur haine et leur rancune.
Les malheureux montons, qui tremblaient pour leurs jours. Criaient en vain comme des soards :
• An loup, courez au loup, votre cause est commune.
Prélez-vous l'un à l'autre un fraternel secours. *
Inutiles conseils I incroyable délire !
Les chiens n'écoulent plus qu'un oi^ueilleux dépit. A terrasser le loup chacun d'eux croit suffire. Chacun en veut pour soi la gloire et le proGt. Mais d'un désastre affreux leur discorde est punie. Le dogue, te premier, par sa fougue emporté.
Sur le fumier ensanglanté.
Boule percé de coups, et demeure sans vie.
Le barbet qui le suit subit le même sort.
Le troisième, assailli sur le seuil de l'étable, Four réparer un tort, nn crime irréparable.
Fait un dernier et vain effort.
Sous la terrible dent d'un vainqueur ÎDlraitabk,
D,niz=rtNGoO«^lc
2S6 LIVRE Vit.
Comme ses compagnons il a trouvé la mort; Et le Iroupean, livré sans force et sans défense An monstre qni de sang pent en6a s'abreuver, Maudit en expirant la coupable démence De ceux qui plus unis auraient pu le sauver.
Mes cliera lecteurs, je vous laisse y rêver; Et que Dien protège la France !
LE LÉOPARD Sr LE SINGE.
Par le roi des forêts chassé du ministère,
Un léopard faisait un grand éclat De sa hante disgrâce, et, comme à l'ordinaire, Voyait dans ce malheur la perte de l'État.
•1 A qui vit dans les cours la franchise est fatale, Criait il en quittant la tanière royale; On n'obtiendra Jamais par la sincérité Ni la faveur des rois ni même leur estime.
J'ai dit au roi la vérité;
Son orgueil m'en a fait un crime.
— Il n'a puni qu'un méchant oppr^seur, Répond d'une voix aigre et d'un ton ricaneur. Un singe familier de la cour léonine.
Tu voulais tout soumettre à tes conseils hautains. Ta seule tyrannie a causé ta ruine ;
Et le peuple a battu des mains. ■
iz=rtNGooylt'
Sur le singe en faurlaui le léopard s'élance; Hais le singe en un tour de main A gagné le chése voisin, ,
Et sa harangue recommence :
• Menace, lui dit-il, dévore-moi des yeux.
Tes longs ragissements, tes regards furieux Contre la vérité ne sauraient te dérendre.
Et si les rois ne savent pas l'entendre, Les ministres déchus ne l'entendent pas mieux.
Des sommels glacés du Hont-BIanc, Une horrible avalanche à grand bruit détachée. Sur un gouffre immense et béant, Comme un mont de neige penchée, Sons son énorme poids s'affaissait en craquant. X.es échos en hurlaient; et par des cris sauvages De sa chute prochaine accueillant les présages, Les aigles, les vautours s'éloignaient en tremblant.
Comme une borne inébranlable.
Un rocher de granit sur sa roule placé Défiait cependant sa masse épouvantable.
« Tu n'iras pas plus loin, » disait-il.,,. Insensé!
Il roule comme un grain de sable;
KGoi,gle
2S8 UVRE Vn.
Et SDr ses fondements l'avalaache a passé.
Plus bas s'élève, en pyramide altière, Ua sapin gigantesque au tronc large et noueux,
Dont la racine aux rameaux tortueux A creusé son lit dans la pierre.
■ Tu l'arrêtais trop tôt^ dbait-il au rocher.
C'est jusqu'à moi qu'elle devait marcher.
C'est moi que le destin lui donna pour limite. > Mais à sa force à tort l'orgueilleux s'est fié; L'avalanche en grondant sur lui se précipite; Et comme le rocher le sapin est broyé.
Après lai se présente un chêne séculaire,
Qui, de trois ceuts hivers allier contemporain,
A de mille ouragans défié la colère,
Et ri des vains eSorts du roc et du sa{HD.
K C'est moi, dit-il, c'est moi de qui l'heureuse audace.
De ce glacier roulant arrêtant la fureur,
Sauvera le château, le temple du Seigneur,
Le hameau, les moissous que sa chute menace,
Le vallon qu'a déjà dépeuplé la terreur, ■
Il a dit, mais son fi'ont déjà plie et se penche.
Ses rameaux sont tordus, son tronc déraciné.
Le chêne tout entier, roulé par t'avalanchu.
Est, comme te sapin, dans l'abîme entraîné.
Pensez-y, tribuns téméraires, Qui, déchaînant sur les États Les avalanches populaires.
Pensez les arrêter en étendant le bras.
D,niz=rtNGoi.)«^lc
Mirabeau le premier a \n son îrapubsaiice.
BamâTe, comme lui, d'un vain remords pressé.
An trône qu'a longtemps sapé sod éloquence
Prête sa tardive assistance; Dans le sang de ses rois Bamave est renversé. Là Gironde, à son tour, honteuse régicide.
Attaquant la Terreur dans sa marche homicide, Veut de la République épurer le berceau.
La Gircwide y périt, ses remorils sont des crimes. Elle a suivi de près ses royales victimes,
Et trouvé te même bourreau.
Avec les rois, plus tard, j'ai revu les Barnaves; Ils niaient l'anarchie, et, brisant ses entraves, tre elle et le trône et les lois, s'est joué de leurs vaines paroles.
Il a d'un pied sanglant repoussé ces idoles
Et broyé le sceptre des rois.
Plus vaniteux que leurs ancêtres, D'une antre République imprudents TondatenTS, De nouveaux Girondins ont cru s'en rendre maîtres; Le peuple, qu'ils (latiaient jusque dans ses foreurs,
W'y voit déjà plus que des traîtres;
Et sur eux prêt à se jeter,
Sa voix menaçante leur crie :
■ Le bras qui lance l'anarchie
Est impuissant pour l'arrêter. >
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FABLE XrV.
HAHIjUÉS DU B.
Un tion de l'Atlas qui s'ennuyait parfois.
Comme tous les princes du monde.
Campait avec sa cour dans l'épaisseur d'un bois.
Que le Chélif arrosait de son onde ; Et des bords oit Colomb descendit le premier
Étaient venus pour le distraire Trois sapajous, bouffons de leur métier,
Fort habiles à contrefaire
Les animaux du monde entier.
Ils parurent d'abord cheminant à la file, Le nef. an vent, le cou mollement balancé,
Allant d'un pas grave et tranquille,
Le dos en vodte rehaussé.
Le prince à leur mimique ayant daigné sourire, Toute la cour rit aux éclats.
Hors les chameaux , qui se plaignaient tout bas De voir livrer ainsi leur bosse à la satire ; Quand tout à coup, changrant d'allure et de jouet, Mes singes, trottinant sur des jambes tortues, S'en vont flairant le sol de leur mufle inquiet. Ou, les naseaux béants, les oreilles tendues, D'un gibier qui s'échapjie en tirant vers les nues, Semblent en glapissant respirer le fumet.
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FABLE XIV. i
Les chameaux cette fois des premiers a|iplaudir«^nt; Mais de ce jeu Douvean les bassets courroucés,
Sur les sapajous élancés.
Pour venger les baDcals jusqu'au sang les mordirent.
1 Tout beau , dit le lion ; quel stupide courroux !
Voilà comme vous êtes tous :
Tons aimez à railler sur les défants des autres ;
Et, quand on se moque des vôtres,
Vous vous fichez comme des fous. >
Sa majesté parlait comme un Socrate;
Et mes trois sapajous, remis de leur effroi,
Clopin-clopant, tramant la patte, Allèrent rendre grdce à la bonté du roi.
Hais un rugissement répond à leur hommage ;
Et les courtisans de frémir.
Et mes sinyes de déguerpir.
Ne sachant d'où venait cette attaque de rage.
Un vieux renard eut pîtié d'eux :
« Ce sage couronné, leur dit-il à l'oreille.
Perdit un de ses pjeds dans un combat fameux ; Et ce moraliseur, qui si bien nous conseille, A cru que devant lui vous faî^ez les boiteux. >
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FABLE XV