LB CHEVAL ET LES CORBKAITX
Un jour que dan» les airs luttaient avec furie
Les Autans et les Aquilons , Un snperbe coursier, enfant de l'Arabie,
Échappé de son écurie.
Franchissait an hasard et coteaux et vallons.
Dans sa course que rien n'arrête,
11 semble défier tes vents, El provoquer par ses hennissements L'onragan furieux qui mugit sur sa tête.
A son terrible aspect, plus craint que la tempête. S'épouvante et s'enfuit un vol de noirs coi^aeaflx,
Et sur un chêne aux sourcilleux rameaux.
Le troupeau croassant se cherche une retraite. Mais l'éclair fend la nne , et les deux ont grondé. Iji foudre éclate, frappe, et l'Arabe intrépide.
Atteint dans sa course rapide, Tombe sur le gaxon de son sang inondé.
Les corbeaux sont alors sortis de leur repaire.
La peur fait place à la colère.
Et l'air a retenti de leurs cris insultants.
Sur le coursier sans vie ils fondent avec joie ; Et, foulant en vainqueurs ses membres palpitants, De la serre et du bec ils déchirent leur proie.
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FABLE XVI. 26S
Tels sont les envieux, les sots et les ingrats,
Quand a sonné la mort on la disgrâce D un grand homme on d'nn roi dont ils baisaient les pas, Qu'ils n'osaient regarder en face; Heureux qu'ils ne réclament pas , Dans leur honteuse et vaine audace.
L'honneur de l'avoir mis à bas.
LE CHAT, LE RENARD, LB LOnp ET LE TIGEB.
Quatre animaux, carnassiers d'origine.
Un petit chat, un renardeau,'
Un jenne tigre, un louveteau, Snçaîeot leur premier lait daus la même cuisine; Ct leur maître pareil à tous les novateurs, Prétendait, à son gré réformant la nature, Soumettre à ses calculs leurs instincts et leurs mccurs. Leur imposer enfin la même nourriture.
Tant que le lait suffit, ils parurent contents; Mais avec l'âge il leur poussa des dents ;
Et les choux, les fruits, la salade Furent pour leur gosier un ragoût assez fade.
Un jour qu'ils s'en plaignaient tout bas.
Un avis fut ouvert par l'héritier des chats.
- 11 est dans la maison , dit-il avec mystère , De méchants animaux, dont les aflireux dégâts
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Da patron quelquefois excitent la colère.
Ce sont les souris et les rats.
Je me sens né pour l'en défaire, Poor loi c'est an bienfait, pour nous un bon repas ; El nous en mangerons, je crois, sans tnî déplaire.
— Vive le chat ! bravo ! répondent les amis.
Que son nom monte jusqu'aoK nues.
Sers -nous des rats et des souris.
Nous le dresserons des statues. > Eocoavagé par ce dbcours flatteur,
Mon chaton se met en campagne ; Et durant quelques nuits, grâces au pourvoyeur, Le logis est poar eux un pays de Cocagne.
I Mais toujours des souris, observa te renant.
II est des mets j^us doux, mon instinct me l'indique; Et dam ce poulailler.. . — C'est un vol domesdqae, Dit l'honnête chatpn, c'est l'avis d'un pillard.
J'ai tué sans remords des bétes malfaisantes,
Mais des poules — Tais-toi, sermonneur ennuyem,
Bépond le tigre en rotdant ses gros yeux, El lui montrant l'émail de ses dents menaçantes. Quoi qne valent les rats, les poulets valent mieux ;
Il te sied bien d'avoir un tel scrapnle.
Dans la lYiute du bien qui s'arrête recule. *
Le chat s'enfuit de peor, son temps était fini. Par le loup et le tigre à son lour 3|)p]audi, Le renard s'est hâté de payer leur louange;
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Et quatre jours entiers, dans le fond d'une grange. De poolets succulents le trio s'est Donrri.
Mais voilà que le loup, an milieu d'une orgie,
S'échappe et revient à grands pas, Porianl un bel agneau dans sa gueule rougie.
A cet aspect le renard se récrie :
• Passe pour des poulets, on ne les compte pas. Mais toncherau troupeau! — Paix! tun'es qu'une cliiffe, • Dit le tigre en levant sa redoutable griSe.
Le renard à son lour s'enfnit, et de l'agnean Bientôt les deux amis n'ont laissé tjue la peau.
Le succès donne du courage ; Le jour suivant mon lonp s'emparait d'un mouton ; Et le tigre, à César comparant le larron.
Prenait sa part de ce nouveau pillage.
Quand tout il coup apparaît le patron.
Il a vu le larcin, et s' armant d'une gaule,
Il accourt châtier le drôle.
Mais dès le premier mot le tigre rugissant A jeté sur son maître un regard menaçant.
Le loup, qui, bien repu, fut toujours débonnaire. Vent alors réprimer sa rage sanguinaire; Le tigre, tout entier à sa férocité, L'égorgé en lui jetant l'infâme nom de traître, Et recouvre, en passant sur le corp^ de son matire. Son effrayante liberté.
Tels sont dans tous les temps les partis anarchiques. Habiles à cacher leurs desseins ténébreux,
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