‹ Les fables complètesChapitre 84 sur 110 · LA FOUTRE ET L ORAGE · texte numérisé non relu

LA FOUTRE ET L ORAGE

Une poulre de chêne et d'nn poids assez lourd,

Gisait au bord d'une rivière.

C'était pour les enfants des hameaux d'alentour

Un readez'vons d'école buissonuière.

Après avoir cent fois cabriolé, sauté

Autour de ce bloc immobile, Il leur prît fantaisie, il leur parut facile De le faire changer de place et de côté.

Les voilà tons à l'œuvre; ils sont trente, cinquante.

Ils s'encouragent de la vais, Leurs épaules, lenrs mains agissent à la fois. Mais en de vains eSorls leur orgueil se tourmente. La poutre inébranlable à leur ligue impuissante

Oppose sa force et son poids; Quand survient tout à coup nu violent orage, Une trombe effrayante, un de ces ouragans

Qui, brisant tout sur leur passage,

Changent les misseaui en torrents.

Le fleuve s'enfle, monte, et franchit son rivage; Et la poutre, cédant à ses flobi débordés.

Ï88 LIVRE VllI.

Vi'gae et roule a» hasard dans les champs iaondé».

Elle a perdu sa force en perdant son assiette. Si dans son lit le fleuve était rentré, Un seul enfant, armé d'une baguette, La ferait mouvoir à son gré.

Hais elle est le jouet du torrent qui l'entraîne; A vingt écueils elle va se heurter.

Ne sachant plus oii la vague la mène, Ni sur quel bord elle va s'arrêter.

Ainsi, quand il s'abstient des luttes politiques, Ou qu'il a l'heur de vivre en des temps paci&qnes. L'homme peut, dans sa force et dans sa liberté,

N'obéir qu'à sa volonté. Mais lorsque des partis l'impétueux, délire Aux révolutions abandonne un empire.

Malheur à l'imprudeDt qui se laisse emporter! Il ne s'appartient plus, n'agit plus de lui-même, Va d'écueils en écueils, et d'extrême en Sans savoir ou le flot voudra le rejeter.

CORBBltlX ET VAUTOURS.

Un vol de pigeons domestiques.

Rencontrant un vol de corbeaux.

Que l'hiver repoussait des régions arctiques

iz=rtNGoi.)«^lc

Vers des climats plus féconds et plus chauds. Demande brusquement et même avec colère Ce qu'ils étaient et ce qu'ils venaient faire.

< Nous sommes de^ oiseaux comme vous, mes amis, Répondit l'orateur de la peuplade noire.

Nous n'avons ptus chez nous de quoi manger et boire; Noos venons eo chercher où le sort eu a mis. ■ Dans les rangs des corbeaux à ces mots éclatèrent Les longs croassemeots d'une folle galté ;

Et de cette brutalité, De ces cris insultants les pigeons s'indignèrent. On en vint aux gros mots. Les premiers occupans Traitèrent les corbeaux de voleurs, de corsaires,

D'nsurpaienrs et de forlans. Invoquèrent enfm leurs droits héréditaires.

< Vos droits I dit l'omteur des nouveaux arrivants. NouseQïvoDsanssiqui valent bien les vôtres.

Si vos becs sont plus durs et plus forts que les nôtres,

Nons passerons ponr des brigands, Mais si nous triomphons, nous serons comme d'autres

Des héros et des conquérants. >

La guerre en fut l'arbitre. Une prompte défaite

Donna tort aux pauvres pigeons;

Et les corbeaux dans leurs vallons

Régnèrent par droit de conquête.

Tant qu'on est le plus fort ce droit a sa valeur; liais il vint des vautours, race encore plus sauvage

Et plus avide de pillage ; Et les corbeaux alors crièrent au voleur,

D,niz=rtNGoO«^lc

À l'iDJuslice, au brigandage, AUégaaQl leur bon droit, et les mètaes rabons Qae nagaères contre eux alléguaient les pigeons.

Hais le peuple vautour, suivant le vieil adage, Proclamé par Brennus, enseigné par Vatel,

Cummenté par Machiavel,

Ne les admit pas davantage.

C'est que ce monde, hélas ! je le dis à regret, Est le jouet sanglant de la force brutale. Le seul point est de vaincre, et sans peur du scandée, On fait impunément suivant son intérêt,

Sa politique et sa morale.

DES TDILSH1E9.

Dans le jardm royal par te Nôtre planté Et dont, ponr échapper aux ardeurs de l'été.

Les oisifs de Paris vont chercher les ombrages, Autour d'un vert gazon des enfants rassemblés Contemplaient les ébats des liipèdes ailés

Qui peuplent ces riches bocages.

D'allants et de venants entourés tout le jour,

Ces oiseaux ne sont point sauvages;

Ils sont trop voisins de la cour.

Mais eu vain mes bambins essayaient de les prendre.

D,niz=rtNGoi.)«^lc

A ce vol de moineaux, de merles, de pigeons,

Ils prodiguaient en vairt de leur voix la plus tendre

Les noms de &&s, de mignons.

Mes oiseaux s'approchaient, niais dès le moindre geste,

Ils fayaient d'une aile plus leste;

Et retournaient à quelque pas

Reprendre leurs joyeux ébats.

Un seni de ces bambins avait le privilège De les attirer tous, même de les fixer.

Ses bras avaient beau s'exercer. Aucun d'eux ne levait le siège.

Quel était le secret de cet heureux bambinP

D'où lui venait ce don de plaire?

Faut-il le dire, hélas I son agaçante main, Pardonnez-moi ce langage vulgaire, Leur faisait voir un gros morceau de pain.

Sur le gazon d'abord il lança quelques miettes.

Que mes oiseaux couraient se disputer.

Pois, plus près de la grille il risqua ses boulettes ; £t les gloutons encor vinrent les becqueter.

Bientôt pour rapprocher leur troupe parasite, Il leur tend la pâture au bout de ses dix doigts ; Et plus timide cette fois Le peuple ailé se consulte, il hésite.

Hais s'il recule un pas, il en avance deux; Et bientàt un pigeon des plus aventnretix Saute, enlève sa proie, et s'échappe au plus vite. Le succès l'encourage, il revient, et soudain

i..i,."i,Coi.i«^lc

Stt UVKE Vin

D'autres s'élancent & sa suite.

Bref, sur l'épanle du bambin.

Sur sa tËte et ses bras i]s se posent enfin, Sans que la moindre peur les trooble et les agile.

Mais tout finit, surtout le pain,

Et l'enfant ne donnant plus rien

Tous mes oiseaux prirent la fuite.

Du jeune Amphitryon dont ils prenaient congé. Ses compagnons raillaient la tristesse profonde

Qnand un promeneur plus Agé, Lui dit : « Consolez- vons, c'est ainsi qu'est le monde.

Si par le Dieu qui règle l'avenir Dans les conseils d'nn roi votre place est marqnée, De& oiseau plus gourmands viendront vous assaillir, Et vous n'oubllrez pas qae pour les retenir Il faut toujours leur donner la becquée. •

Page 1