‹ Les fables complètesChapitre 83 sur 110 · LE CHIEN \VX SIX MAITRES · texte numérisé non relu

LE CHIEN \VX SIX MAITRES

Ainsi que la maison à sa garde commise,

Un chien de basse-cour avait en six patrons ;

Et chacun d'eux l'appelant à sa goise.

Mon chien dans peu de temps avait porté six noms. Le premier occupant l'avait nommé fidèle.

Il jappait mx. pieds niis, aux manants, aux vilains;

Mais de la maison paternelle.

Ce maître fut chassé par un gros de mutins ;

Et du nom de Brntas qni ne lui plaisait gaère,

Baptisé malgré lui par le chef populaire.

Jappant aux chapeaux noirs, aux habits de drap fin,

Mon chien, réduit à faire un assez long carême,

Était près de mourir de faim,

Quand sous le nom de Muscadin,

Il eut quelques croates de pain

En mordaot au gré du troisième

Et royaliste et jacobin.

Le successeur fut un foudre de guerre, II le nomma CésaT, et le fit tout le jour Aboyer à l'Autriche, au Russe, à l'Angleterre,

Et marcher an son du tambour.

Après ce batailleur il en vint un cinquième,

Il était parent du premier Et ri'était pas toujours d'accord avec lui-même. Mon chien, nommé Coblentz, fut contraint d'aboyer. Aux blancs, aux biens, suivant que changeaient de systèmi Les intendants du maître n

Cet autre fut enfin chassé par un sixième , , Qui crut tout accorder et qui n'accorda rien, Justemilieu fut le nom de mon chien; Et son patron rêvait les jours les plus prospères. Quand, surpris un matin par les fils des mutins, Qui venaient d'arborer le drapeau de leurs pères, Il alla dans l'exil terminer ses destins.

Mais au nom de Brutns, qu'on prétendait lui rendre, Etton chien ne voulut plus entendre ;

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FASLE 111.

Il ne sait même pins qael est Traimeat le sien.

n a l'oreille dure et la gueule édentée ;

Ne jappe ni ne mord, fait tête i tous venants.

Caresse même les sortants.

Et ne songe qu'à sa pfttée.

Le cœur s'use et se glace à changer si souvent. La peur de l'imjirévu détruit la coofiaoce, Tant d'espoirs avortés lassent le dévoaeœent.

Et aiènent à l'indifférence.

LES BROCBETS.

Un riche dmalear de poissons En avait jeté par centaines Dans un étang de ses domùoes.

C'étaient des tanches, des saumons, Du fretin de carpe ou d'anguille, Hors le brochet exclu pour sa voracité, E^es habitants des eaux n'avaient point de famille Où mon homme n'eût recruté.

Des produits de sa pêche, au gré de son envie. Sa table fat longtemps abondamment servie.

Mais on beau jour son oeil demeura stupéfait. Quand au bout de sa ligne à son bras disputée, Il vit au bord de l'eau broyammeat agitée

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S84 LIVBE VIII.

La gueule énorme d'un brochet.

Grande fut sa surprise et même sa colère, La tête de Méduse eât causé moins de peur.

Il prévoit en tremblant que ce grand ravageur. De brochetons nombreux devait être le père.

Et voulut éclaircir ce mystère d'horreur.

Par cent bras, qu'animait sa voix impatiente,

L'étaug fat mis à sec, ratissé, balayé.

Sous ses yeux avec soin le poison fut trié,

Remis dans des baqnets pleins d'une eau transparente.

Tous les brochets, grands et menus.

Forent traqués, emportés et vendus :

Et quand sa haine vigilante.

De cette race dévoraote Cnil avoir extirpe le dernier rejeton.

Il rendit à l'étang ses eaux et son poisson.

Soins superflus : peine inutile!

Un peu de vase, aux balais échappé, Au frai de mes brochets avait servi d'asile.

Et dans son fol espoir, l'amateur fut trompé. Mais cette double épreuve éclaire sa folie.

Il se résigne à supporter

Les maux qu'il ne peut éviter ; Et loin de s'engouer d'une folle utopie, Nos grands réformateurs devraient bien imiter

Cette saine philosophie.

Quoi qu'ils puissent rêver, leurs efforts seront vains. Les vieux temps leur diront ce que disent les nAtres,

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Qu'oD ne refond pas l«s humains.

Sons les meinenrs des rois on des républicains, n en viendra toajoors qni mangeront les autres.

LU DBUX UOMB.

Deux lions se battaient; et leurs rugissements Faisaient trembler l'Atlas jusqu'en ses fondements.

Le prétexte de leor qnerelle

Était uDe panvre gazelle, Qu'un des deux sous sa griffe avait fait expirer, Et que chacun des deux voulait seul dévorer.

Mais une haine invétérée

Animait ces fiers combattants.

Ils ne pouvaient se voir sans se montrer les dents. Chacun préiendait seul régner sur la contrée; Et dans tons les pays comme dans tous les temps, Qu'il s'agisse d'un prix, d'un trône ou d'une place, Les gens de cour comme ceux du Parnasse

Ont délesté lenrs concurrents.

Les renards, les chacals, hyènes et panthères. Tons les hAtes des bois, des rochers, des tanières

Se partageaient entre les deux; Hais nul dans ce combat ne hasardait sa vie.

Lenr prodente amitié se bornait k des voeux.

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«86 IJVRE Vm.

L« danger compriiuaït leur belliquense eoTie;

Et la maette galerie Sagement retranchée en nn taillis voisin.

Attendait l'arrËt du destin.

D'antres rois anraient fait appel à lenr courage;

Et les peuples en pareil cas ■ N'ont point la liberté de se croiser les bras. Hais les rois des Torèrs suivent nn autre nsage;

Ils vident tout seuls leurs débats.

Bref au pire des denx le destin fut propice ;

Et le grand nombre eût préféré

Que son rival l'eût dévoré.

Mais nul ne condamna la céleste justice.

Pour blimer, insulter, mandire le vaincu.

Pour louer le vainqueur et pour lui faire fête, Ils sortaient à l'envi de leur sombre retraite ; Ils célébraient en chœur sa gloire, sa vertu ; Et tout en exaltant leur amour et leur lèle, Ils mendiaient de l'oeil une part de gazelle. I Merci, dit le vainqueur en croquant son bntin, ( Merci de vos souhaits; je me plais à vous croire.

• Mais le repas est court et je mourais de faim,

Ajontait-il d'nn air malin.

< Si l'on a peu d'amis avant une victoire, •> On en a trop le lendemain.

• Mangez mon ennemi si cela peut vous plaire. ■ Il est là-bas, voyez, il gît snr 1a ponsâère. ■

Sar le mort à ces mots fondent mes carnassiers;

D,niz=rtNGoOylt'

n n'en resta pas une oreille; Et ceux qui le flattaient la veille, N'arrivèrent pas les derniers.

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