‹ Les fables complètesChapitre 86 sur 110 · LB NAIN QUI SE CROIT GEANT · texte numérisé non relu

LB NAIN QUI SE CROIT GEANT

Un eofaot de la Laponie, Que la nature avait par fantaisie Fait naître un peu plus grand qae ce peuple de n Se prit pour no oMosse, et ses contemporains, N'ayant vu de leur vie une taille pareille.

Le citaient comme une merveille.

Bref, d'éloges flatteurs se laissant enivrer

[1 crut qne pour faire fortune.

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nk uvRE vm.

En toat pays éclairé par la lune, Il n'avait plus qu'à se montrer.

Plein de celte espérance, il se met en voyage. Léger d'argent et n'ayant ponr bagage Qu'une trompette, un tambour, an rideau.

Il arrive de nuit dans un bourg de Finlande, S'installe dans un bouge, et par un écritaan, Oà d'un géant du Nord s'étalait la légende.

S'annonce sons ce titre, et fait savoir à tons Qu'il se fera voir pour deaz sous.

Mais quand vint le soleil éclairer sa cachette, Qu'il vit courir le peuple au bruit assourdissant

Dn tambour et de la trompette.

Le malbenrenx reconnut en tremblant

Que le plus chétif habitant

Le passait de toute la tête ; 11 sentit que les coups, les sifflets et les ris

Allaient châtier son audace.

Et s'enfuit par une crevasse.

Pendant que les badauds l'appelaient à grands cris. Que faire ? o»era-t-iI rentrer dans son pays. Aux lazzis des lapons exposer sa disgrâce?

Non, il reste, il observe, il voit avec bonheur Que le sort l'a conduit chez an peuple railleur, Amatenr de bous mots, de pbintes, de saillies

D'épigrammes, de facéties, Que le meilleur aimait â rire du prochain,

D,niz=rtNGoO«^lc

A médire de son voisin; Et le voili sur la place publique Débitant les lazzis de sa verve caustique, Vendant âa ficI et du venin, Et sur les gens de plus haute stature Vengeant enCn sa taille et sa mésaventure.

Le peuple court en Toole autour de sei tréteaux Il gagne à ce métier des terres, des châteaux; Tient école de calomnie ; Et les orgueilleux avortons.

Les nains qui suivent ses leçons, Ne sont pas tous de Laponie.

LHS GRENOOILLES ET LK8 CIGALES.

Par d'horribles coassements, Les grenouilles en chœur célébraient te printemps; Et le sommeil fuyait de tout le voisinage;

Et ses paisibles habitants

Maudissaient leur affreux ramage.

Une cigale s'indigna Qu'on mit à les honnir si vive acrimonie,

Parla d'injustice et d'envie.

Soutint effrontément que nos vers d'opéra S'accorderaient fort bien avec leur symphonie.

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tW UV&E VIU.

Et tout le monde s'étonaa Qu'on osât admirer ceiti^ cacophonie.

L'été vint et l'on JéviDa Le secret de sa sympathie.

C'est qu'aux premiers rayons du jour, La cigale et ses sœurs entonnaient à leor tonr

Leur chant criard et monotone ; E!t par an doux retour les chanleuses des eaux,

En échange de leurs bravos.

Leur en faisaient une abondante aumône.

Quoi qu'en disent les gens qui n'en ont pas besoin, La camaraderie est chose bien trouvée.

Qiù loùrait Chapelain et sa sotte couvée.

Si les Cotins n'en prenaient' soin?

Hais s'il fallait choisir entre les deux musiques. Je leur dirais à tous pour sortir d'embarras, Brocanteurs de panégyriqnes.

Vantez-vous, mais ne chantez pas.

l'oVRS BT S£S CONSBILLBBS.

Sous le titre de dnc, de comte on de marquis. Une famille d'ours régnait de père en fils Dans un vallon des Pyrénées.

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Ce n'est pas de mon temps; mais on tenait jadis

A ces coutumes surannées ; El l'ours dont je vons parle était toujours heureux,

Surtout dans ses vieilles années, De viïre avec sou peuple et d'écouter ses vœux.

Or, une vieille pie, intraitable bavarde, Dn haut d'un chêne vert lui criait tout le jour Que les abus perdaient ses États et sa cour.

Qu'il était temps d'y prendre yarde.

Mon ours voulut donc s'informer De ceai que sa justice avait à réformer.

La margot, qui pour elle aimait fort l'abondance,

Loi dit alors que par son indulgence Des milliers d'étourneaux trop longtemps enhardis, Venaient de ses sujets dévorer la substance; Qu'en un mot il fallait en purger le pays.

Le renard se plaignit que par scélératesse

Dans le créas des rochers presque voisins du ciel, lies abeilles faisaient leur miel, Qu'on n'en trouvait d'aucune espèce Pour les rhumes de sou altesse; Et qa'oD devrait les forcer d'habiter En des lieux où l'on pût monter.

Il exposait encor d'une voix attendrie Que la pie et d'autres oiseaux

Choisissaient pour couver les arbres les plus hauts;

Que leurs pauvres petits, an péril de leur rie.

Par b moindre tempête en tous sens ballottés, De lenrs aids dans les airs étaient précipités.

Un loup trouvait que lapins et belettes Se creusaient méchamment des terriers trop étrrâts,

Que des chasseurs et des tempêtes On ne pouvait jamais s'abriter sous leurs toits. La loutre allait aussi faire sa doléance.

Sur les étangs trop chargés de limon, Qui dans an tas de boue étouHait le poisson ,

Quand mon ours rompit l'audience, ■f'avîserai, dit-il, mais il avait compris Que ces honnêtes gens prenaient pour injustices.

Pour des abus et pour des vices

Ce qui gênait leurs appétits.

Leurs intérêts et leurs caprices,

Et sans aller loin de Paris,

Je leurs connais bien des complices.

ul poule coquette.

Une poule g^itille et dans la fleur de l'flge. Se prit k dédaigner le modeste plumage

Qu'elle tenait des auteurs de se& jours-, Et sans songer à la dépense.

Comme une lionne de France,

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FAnLE XII. im

Elle voaliit briller par de plas beaux atours. De plumes de pigeon, de* serin, de mésange, Elle para d'abord sa poitrine et son cou.

Elle les payait un prii fou^ Et pour deux en donnait cinq ou six en échaDge.

Hais que ne rait-oo pas pour être du bel air? On en exigea vingt pour quatre de pivert; B( ma poule galment en fit le sacrifice.

Le lendemain, pour un nouveau caprice.

Celles de perroquet lui coûtèrent plus cher.

L'une était rouge, l'antre bleue; Comment se refuser de s'en faire un esprit?

BieatAt pour deux on trois qu'un vieux paon lui vendit,

Elle livra toute sa queue.

C'était beaucoup, qu'importe! on l'admire, il suffit. Enfin, pour satisfaire à des modes nouvelles, U ne lui restait plus que son corps et ses aile»; Et, comptant sur le temps, elle achète à crédit.

C'est une ressource funet.te

Le temps passe, la dette reste,

I^ terme arrive, il faut payer.

Ma poule ne le peut, et sourd à la prière

L'impitoyable créancier

Vient la dépouiller tout entière.

Que faire alors? Comment se pomponner?

A quel saint recourir dans sa détresse extrême ?

Las I n'ayant plus rien k donner, La belle fut réduite i se vendre elle-même,

D,niz=rtNGoO«^lc

30A UTRË VIII.

Ud jeune coq fdt le premier.

Dont elle entreprit la conquête.

Et le galant dut la coquette A trois plumes de sou collier.

Plus tard, pour obtenir cette bonne rormne,

Un second n'en donna que deux.

Le troisième n'en donna qu'une.

ha rabais devenait fâcheux :

A sa toilette un peu flétrie.

Elle mêla les fleurs de ta prairie, Quelques graines d'épine en guise de mbis; Et se croyant encor élégamment parce,

Elle espéra qu'au même pris

Ud beau faisan, lion de la conlréc,

Lui céderait quelque plume dorée,

Mais elle n'y trouva qu'un faquin mal-appns.

L'insolent snr sa friperie

Jetant un regard dédaigneux,

Se ritde sa coquetterie; El ce premier a&root lui dessilla les yeux.

Que devint i ce coup la pauvre déplumée ?

Triste objet de mépris, de regrets consumée.

Au fond du poulailler elle alla se blottir.

Elle y mourut de froid, de honte et de misère, En se disant trop tard qu'elle eût dû s'en tenir

A la toilette de sa mère .

Qu'on se le dise avant, on s'cd trouvera bien ; Mais qu'il advienne un bal, un concert, un spectacle,

iz^mnCoUJ^Ic

Jnsqa'à ce qu'au It^s il ne reste plus rien, On se rira de mon oracle.

Avec un fancon son voisin, Un aigle fort souvent s'était mis en campagne.

Enfants de la même montagne, Ils étaient, comme ou dit, les deux doigts de la mun ; Et toujours en amis partageaient leur butin.

Un jour qu'en poursuivant un vol de tourterelles

Le faucon s'était égaré.

Un vautour, de sang altéré.

Fond sur lai, le saisît dans ses serres cruelles; Et si le roi des airs, par ses cris attiré.

N'avait forcé le vol de ses rapides ailes,

Le faucon était dévoré.

Le vautour prit la fuite ; et vous croyez peut-être Que moD faucon sut reconnaître

Le généreux secours de son libérateur.

A ce trait d'amitié sans doute il rendit grâce ; Mais sans le regarder en face.

D'an air confus, honteux et même un peu boudeur, Les yeux distraits, la tète basse.

Bienlàl de son ami la joie et le bonheur

30S LIVKE vm.

Loi parurent empreints d'nn air de protecteur,

D'nn manqne de délicatesse.

Il y vit nne insulte à sa propre faiblesse.

Son orgueil en souffrit; il en prit deThameur.

Cette vieille amitié loi devint importune.

Sous des prétextes vaios, des motifs spécieux n fuyait la rencontre, il évitait les yeux

Du témoin de son infortune.

Plus de plaisirs commutis, plus de cbasse comninae.

Sans pudenr comme sans regret, Ce fut en peu de jours an abandon complet ^ Et de mon vaniteux telle fut l'infamie,

Que, pour mieux se justifier,

Il en vint à calomnier

Celui qui lui sauva la vie.

Sans parler même de l'honneur.

Les ingrats gagneraient vraiment à ne pas l'être. Du bien qu'on leur a fait le souvenir vengeur Doit les suivre partoul comme un remords au cœur

11 vaudrait mieux le reconnaître.

DME GUERRE DE POCLAILLEB.

I.es ponles d'une basse-cour S'étaient en deux partis sottement divisées

Leurs querelles sans fin, par des riens attisées. Eclataient à chaque heure, à chaque instant da jour. Elles se distinguaient par leur divers plumage Les nues l'avaient blanc, les autres l'avaient noir. Elles se déplumaient da nutin jusqu'au soir ;

Et se disputaient avec rage L'eau, l'avoine, le son, les anges, le perchoir.

Jamais Florence au moyen âge N'avait subi, sous les mêmes coalenrs

Plus de combats et de foreurs.

Une poule, plus débonnaire, N'ayant ni noir ni blanc sur sa queue et son àos.

Voulut terminer cette guerre, Et rendre an poulailler son antique repos.

Elle était fort diserte ; et le don d'éloquence Souffle k qui le possède un peu de vanité.

Cette ponle en avai[, et se flattait d'avance Qu'à sa faconde, à sa toute-puissance,

Aucun parti n'eut résisté.

■ Quelle rage, dit-elle, à la façon d'Homère, Quelle foreur vous pousse à vous entr'égorger? Vons êtes sœurs, et vous.... » mais il faut abréger Un discours qui fut long, comme c'est l'ordinaire,

Et qui ne fut point sans danger.

On l'écouta d'abord, mais quand sa voix sévère En vint à signaler les torts des deux partis.

Tous deux jetèrent les hauts cris Aucun des deux n'avait de re|iroche à se faire.

iz^mnCoOi^Ic

304 UVftE VIII.

Sur la pauvre prêcheuse éclata lenr colèro.

SoDs les becs, les ergots contre die réunis.

Ses plumes lomliaieat ea déliris.

Les blauches l'appela îeat Doirfttre, Les noires l'accusaient de tourner à l'albfttre;

£t si le coq n'eût j)rutégé ses jours, La pauvrette eùt.snbi la mort la plus cruelle Sous les coups des partis, dont ses nobles discours

Voulaient terminer la querelle .

Bien des gens, dont le ccear s'est eniin endurci A voir des factions l'intraitable délire, Diront qu'un épervier anrajt mieux réussi.

Mais je me garde de le dire.

Je soutiens seulement qu'en ces jours de malheur, Oil des partis armés la colère s'escrime.

Le r6le de médiateur, Est un r6le de dupe et souvent de victime.

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