LE LEZARD ET LA SALAMANDRE
Un lézard, insulté par une salamandre ,
Pour un molif fort innocent.
Fut de ses coups de dent réduit k se défendre.
Et de la mordre jusqu'au sang.
Hais le lézard est bon, et de cette querelle Û eut en peu de jours perdu le souvenir, Tandis que, lui jurant une haine étemelle,
La salamandre plus cruelle De sa perte en secret nourrissait le désir, a ne la lit point languir.
Le lézard un matin s'était mis en voyage.
Et suivant nn étroit sentier,
Fut arrêté par an brasier. Dont les charbons ardents lui barraient le passage. La salamandre arrive sur ses pas
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3to uvRE vni.
, Et fondant snr son embarras
Un projet infernal dicté par la colère.
Lui dit d'une voix débonnaire :
* Pourquoi donc ne passes-tu pas?
— J'ai peur, dit le lézard, ce brasier m'épouvante.
Celte chaleur est &i brûlante.
Et je crains d'y laisser ma peau.
Qu'en pensei-ïoos? — Pauvre étournean!
Répond-elle en riant, ta crainte est ridicnle.
Je vais parcourir devant toi Ce fea dont la chaleur te cause tant d'effroi;
Et tu verras si je m'y brAIe. »
La perRde à ces mots s'élançant dans le feu.
Sautillant, bondissant comme sur la verdure, De ces charbons ardents semble se faire un jeu. Et sort enOn sans la moindre brûlure.
A cet aspect le lézard se rassure.
Dans le brasier comme elle il entre en étourdi ;
Mais à trois pas il jette un cri
Dont triomphe la salamandre j Recide en se trunant, brûlé, cnit à demi,
Et vient expirer sur la cendre, Reconnaissant trop tard qu'il ne tant jamais prendre
Les conseils de son ennemi .
FABLE XX
LE UHACOIt PHILOSOPHE.
Un limaçoD, fuyant le sabot c
D'an intraûable jardinier, D'un poirier en rampant avait gagoé le faîte, Et tout en se plaignant de sa condition, Du sort qui le forçant à traîner sa maisiHi,
Avait alourdi sa retraite,
Proosenait sa double lunette
Sur tous les points de l'horizon.
Sur on lièvre qui court il jette un ceil d'envie ; Un chien atteint le lièvre et lui donne la mort. De ce chien pins agile il souhaite le sort.
Un loup survient, l'attaque et le laisse sans vie Suit-il des yeux le vol d''ua rapide ramier, Un épervier l'arrèle et l'égorgé à sa vue.
Un aigle dans »i serre étouffe l'épervier.
L'aigle triomphe à peine, et du haut de la nue, Tombe aux pieds d'un chasseur, dont le plomb Dans les airs en sifflant vient de le foudroyer.
« Voilà le fort, voilà le maître!
Disait le limaçon, de nos destins jaloux, Jardinier ou chasseur, il nous domine tous, U est le roi de tout, c'est homme qu'il faut être.
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312 LIVRE Vm.
Mais tandis qae de l'aigle admirant le vainqueur, Dans la (^andear de l'homme il semble se complaii Ce Nnnrod, ce grand roi pousse un cri de douleur.
Chancelle et roule sur la terre.
Eh I qu'aperçoit le limaçon
Une misérable vipère ,
Qui mordait cet homme au talon.
« Gardons dit-il, le lot que nous fit la nature, I.e mien en vaut un autre, aucune créature , N'est exempte de maux, de périls, d'ennemis.
Vivons loin des jardins dont on veut nous exclure. Il est partout de l'herbe et partout des abris.
DaDs un taillis, une charmille, Je pois cacher l'été ma vie et ma famille.
Je n'ai pendant l'hiver ni besoin ni souci.
Tapi sous une pierre ou dans un trou blotti.
Je dors en paix dans ma coquille;
S'il est de plus heureux que moi,
Il en est qui sont plus à plaindre, Et puis vienne la mort, il est fou de la craindre, Quand tout est ici-bas soumis à cette loi. >
Cette morale est d'un grand philosophe:
Et dans ce temps d'ambition, Oii nul n'est satisfait de sa condition.
J'en connais peu de son étoffe.
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LE vikillaud bt les obdx oxbssbs.
Un vieillard sur ses pas rencontre une déesse. C'était la volupté, puissante eDclianteresse, Dont il avait longtemps encensé les autels,
A qni la plupart des mortels
Immolent gatment leur jeanessej
Et que dans l'arrière saison.
Nous quittons à regret pour la froide raison.
■ Pourquoi me fuis-tu, liû dit-elle, Je fus de ton printemps, mËme de ton étË
La joie et ta félicité.
Tu me vouais ta vie et tu m'es infidèle.
Pourquoi, si jeune encor, te soustraire à mes lois? Reviens : est-ce à ton âge, ingrat, qu'on m'abandonne. Quand tu peux ajouter les jours d'un bel automne,
Aux heureux jours que tu me dois! ■
Le vieillard sans regret ne l'entend point se plaindre. Des sODvenirs heureux les conseils sont k craindre, El plus encor ceux de la vanité.
Le cœor rempli d'une nouvelle ivresse, U revole avec allégresse Au temple qu'il avait quitté.
Des mille et mille fleurs dont sa route est semée,
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314 LIVRE TlII.
S'exhale an doux parfiiRi dans la nefeinbanmée. Le soleil glisse ï peine à travers les vitraux. A l'entoar des piliers s' enroulant avec grdce. Aux myrtes odorants la rose s'entrelace.
En festons élégants se suspend aux arceaux.
Une soBve mélodie
Descend de la voûte assombrie, Comme un écho lointain des célestes concerts. ' Dans les riants tableaux, dont les oiurs sont couverts. Les Grâces, les Amours, guidés par la Folie, Jouaient sur la fougère, et dans leurs jeux divers Rappelaient au vieillard les fêtes d'Idalie.
La raison vainement lente un dernier eflbrt.
Vers la déesse qui l'attire.
Il s'élance, brûlant d'un amourenx transport. Un rideau la couvrait, il l'écarté, il le tire; Et recule & l'aspect d'un infernal sourire.
Cette déesse était la mort.
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