‹ Les fables complètesChapitre 90 sur 110 · LIVRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIEME

FABLE PREMIERE

LES CASTORS ET l'ÉCDREUIL.

Non loin da Miasonri, sur les bords d'un roisseau.

Qui lui portait d'ane course rapide Le modeste tribut de son onde limpide D'uD peuple de castors s'élevait le hameau.

Ce peuple aîme des lacs l'eau profonde et captive , Et ce ruisseau bruyant, son onde fagitive Importunant son oreille et ses yeux, Il voulut que joignant et l'une et l'autre rive. Une digue en contînt le cours impétueux.

Les voilà donc formant deux troupes séparées. Qui rongent tour à tour, de lenrs dents acérées. Un sapin vigoureux sur la grève planté, Quand du faite de l'arbre un cri se fait entendre Et vers les travailleurs se hâte de descendre

Un écureuil épouvanté.

• Arrêtez, lenr dit-il d'une voix, attendrie, Grâce pour ce sapin, grâce, mes bons amis.

Il fut de mes aïeux la demeure chérie;

iz=rtNGoo«^lc

Je dois la léguer à mes fils.

^ Tant pis pour enx, il nons est nécessaire.

Lui répond un castor, change de togemeDl.

Nons avons nne digue à faire ; Et cet arbre en sera le plus sûr fondement.

— Ce n'est pas pour mon t<Ht que ma voix voos implore, Repart l'infortuné que ces mots font frémir.

Mais j'ai trois fils jeunes encore, Trop faibles, pour me suivre, hélasl ils vont périr. Vous êtes les plus forts, nous sommes sans défense.

Àboserez-vous sans rougir De votre force et de votre poissaoce?

Par pitié laissez-vous fléchir. ■

Les castors gardent le silence, Mais leur fatal labeur ne se ralentit pas ;

El l'écureuil a perdu l'espérance.

Vers le nid paternel il remonte à grands pas. Il rejoint en pleurant ses petits et leur mère. • Allons, dit-il, allons, il faut fuir de ces lieux. Cet arbre va tomber sous les coups furieux D'un ennemi cruel et sourd à ma prière.

Chers enfants, sur mon dos on de voua montera, Femme, que le second s'attache à ta mamelle;

Entre nous deux le plus fort marchera, Soutenu par ta queue et ma main paternelle. ■

Chacun des deux époux a choisi son fardeau.

Us gagnent à pas lents un solide rameau,

PABIE I.

Qui d'un sapin do voisinage,

Tenait croiser l'épais Teuillage Où s'était JDsqn' alors abrité leur berceau, Ib sont enfin sauvés : dans ses bras tutélaires

L'arbre Toisîn les a reçus.

Mab ils frappaient les airs de leurs plaintes amères, Sans savoir si leurs voms pouvaient être entendus.

Les castors cependant ont fini leur ouvrage ;

I« sapin scié [lar lears dents, Craque, tombe, et soudain de longs gémissements Des cris afiî-eux sont partis du rivage.

C'est qu'en nn coin de l'univers

Veille une éternelle puissance.

Dont les tyrans et les pervers.

Dans leur heureuse imprévoyance.

Ne soupçonnent jamais l'invisible présence.

Un vent fougueux, inattendu.

Sur le sapin branlant tombé comme un orage.

L'avait jeté sur le village Des inhumains qui l'avaient abattu.

Bs n'avaiuit rien sauvé de cette immense perte. Cabanes et greniers tout était saccagé.

De morts et de blessés la plage était couverte,

Et l'écnreoil était vengé.

iz^rt^Googlc

l'bIPPOPOTÀMB et LBS INSKCTBS.

L'hippopotame est laid de sa nature,

Et je lui crois peu de raisoaj

Hais il n'est point de créature Qui ne puisse inx humains donner une leçon.

Un de ces monstres amphibies.

Les yeux fermés, les pattes accroupies.

Goûtait aux bords du P4il un instant de repos; Et, fondant tout à coup sur cette masse épaisse,

Des insectes de toute espèce, De lenrs dards à l'envi lui labouraient le dos.

• Courage, unissons-nous, déchirons-le sans cesse,

Disaient les guêpes aux cirons.

Et les fourmis aux pucerons, Sa grosseur fait injure à notre petitesse.

Piquons toujours, nous le tûrons.

— Piquez, mes bons amis, si cela peut vous plaire, Leur répond sans bouger l'objet de leur colère.

Je ne sens pas vos aiguillons. •

Grands da monde, hommes de génie, Vons tous que vos talents, votre prospérité

Exposent aux traits de l'envie.

Si votre pean n'a point la même duivté,

D,niz=rtNGoO«^lc

FABLE m.

Snppléez-y par votre ferineté.

Soyei en paix avec votre âme ; Et moqnez-vous de tous vos enneniis.

La bonae conicieDce et le jnsie mépris

Valent un cuir d'hippopotame.

Page 1