LA CIGALE ET LA FOURMI
Horace cite la fourmi comme exemple d'économie :
Sicut Piirvula, iiaiu exemi)lo est, maoui formica lahoris Ore trahit quodcumque potest atque addit acervo Quem struit, haud ignara ac non incaiita futuri.
(Sat., 1. 1.)
Elle amasse pour ravenir, pour les besoins de sa vieillesse, dit Virgile :
Populatque in genteni farris acervnm Gurculio atque inopi metuens formica senectae.
(Géorg., 1, 185.)
Au XII'' siècle ou au commencement du xiii*^ le Rendus de Moiliens fait allusion à cette fable :
Or trait Tes miel en se ruskete, Or se porvoit le formisete, VA li crinons cante et musete :
Bien est drois k'en yver se plaigne.
Ensement fousadès s'endete, Mais li sages liom sont se dete Et s'aquite ains k'on le destraigne.
{Miserere^ ccxxix, Hamel.)
LA FOL-RMï ET LE GERASEKuN (le griUoil).
Hz sont a court deux geii^^ oquipolé, L'un a froumi et l'autre a ceraseron; Li froumi fait pourveance de blé Pour son y ver ou temps de la moisson :
Il vit espargnablement, Et se gouverne en tous cas saigement:
Le temps futur a en sa remembrance, Tant que nul jour ne sera indigent :
Qui saiges est face ainsi pourveance.
Le ceraseron par le temps de l'esté Ne fera ja nulle provision:
Il vit aux champs, et quand s'est aosté, Il se retrait en aucune maison, Et au four communément Et es foyers chante doubteusement, A grand dangier quiert ilec sa substance ; Mais li fourmi se pourvoit cautement :
Qui saiges est face ainsi pourveance.
(Eust. Deschamps, œuv., 1, 312, A. T.)
Tout l'esté chanta la cigale :
Et Ihy ver elle eut la faimvale :
Demande à manger au fourmi :
Que fais-tu tout l'esté? — Je chante.
— Il est hyver: dance fainéante.
Appren des bestes mon ami.
(^Baïf, Mimes, I, 43, Blanchemain.)
Jean Doublet compare le poète qui « s'amuse au seul son d'une lire », à la cigale imprévoyante :
O troppe simple, helas! je nous eoale, Pardonnes moi, je nous égale, helas,
A la chanteresse cigale , Qui l'hyver dur ne prévoit pas.
Sous le dons ciel, qui rousoiantrabreuve, Elle sans soin criquete jour et nuit, Tout autant que la saison ])rève D'un clair esté sur elle luit.
Tandis nos jours le scorpion retire Au pair des nuis, et tôt l'arcber des cieus Vens, neige, et glace nous tire Et l'hyver grisonne en tous liens.
La mal provide alors estre abusée Tard s'aperroit, tard acuse ses chans; Plus ne lui toni])e la rousee.
Plus rien ne se recouvre aux chams.
De faim donc meurt, et avec elle a l'heure Mené mourant son importun cricri.
{pocs., 34, édit. Blanchemain.)
LES 1 ABLtS