‹ Les fables de La FontaineChapitre 3 sur 79 · LA CIGALE ET LA FOURML · texte numérisé non relu

LA CIGALE ET LA FOURML

Le fourmy en esté portoit dans sa cassine Ouel({iie orain de froment: pendant le vint trouver La rigale. et commence a se rire et se jouer Du fourmy ffui dalian ployoit sa tendre eschine.

(Juaud riiiver fut vêtu de neige et de Lruine. Elle vint du fourmy la prudence louer, Et près de son grenier a traicts d'ailes rouer. Elatant, comme celuy qui i)0ur son pain coquine.

Hé ! qu'as-tu fait (dit lors le fourmy) en esté ? J'ay. dit-elle, en chantant mon désir contenté: Or. va donc maintenant (dit le fourmy i et dance.

Celuy qui paresseux ne cueille quelque bien

Endementiers qu'il a le temps et le moyen,

S'il meurt de faim après, c'est juste recompense.

(François Perrin. ap Charmasse. François Perrin et sa vie. 60. i

Pour Saint Ambroise, la cigale est remblème de riiomme qui passe sa vie dans Tinsonciance et les plaisirs :

«' Vere sunt sicut cicadâ\ qui de die in diem vivunt. quîestuque rumpuntur suo. Quid enim aliud sunt homines nuliius ponderis, nisi videantur sicut cica-

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d;o ad niortein nali diurnain? Qui sul) ni'l)oro fervenliuiii cupiditatuni se iiiulreaiit cantu, statiui Décidant. »

(Episf. VI, ad Irenœum

On peut lire, au coutraire, dans les diverses leçons de Pierre Messie, traduites par P. Gruget, parisien, un curieux chapitre intitulé: « Des vertus et proprietez admirables de la formis, et quels exemples on peutprendre dessus». D'après l'auteur « cet insecte serait non seulement mesnager^ laborieux, prudent, mais encore charitable, et servirait d'exemple à l'homme pour estudieràpaix et à concorde», (p. 549, édit. 1610.)

Gomme naturaliste, La Fontaine est trèsfaible dans cette fable : la cigale ne se nourrit pas « de mouches et de vermisseaux » , sans compter qu'elle meurt bien longtemps avant la venue de la bise. Saint François de Sales semble l'avoir mieux connue :

a Les cigales ont leur poitrine pleine de tuyaux, comme si elles estoient des orgues naturelles ; et pour mieux chanter elles ne vivent que de la rosée, laquelle elles ne tirent pas de la bouche, ains le succent par une petite languette qu'elles ont au milieu de l'estomach, par la-

quelle elles jettent aussi tous leurs sons avec tant de bruit qu'elles semblent n'estre que voix».

{Œuv.,ll,68, Vives.)

Il y aurait beaucoup à dire sur Vesprit d'économie attribué à la fourmi. Saint-Marc Girardin dans son livre intitulé La Fontaine et les fabulistes, cite une jolie lettre dont l'auteur prétend que les fourmis n'amassent point pour l'hiver, mais qu'elles dévorent tout pendant l'automne : « Ce sont, dit-il, en septembre et en octobre des festins, des bombances, des réveillons sans fin». Après quoi la fourmilière s'endort pour se réveiller au soleil de février. Alors toutes les fourmis sortent de leurs retraites «maigres à faire peur, chancelantes, et s'appuyant les unes sur les autres » . Je crois que ceci est la vérité, mais je laisse aux naturalistes à trancher la question.

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