‹ Les fables de La FontaineChapitre 23 sur 79 · LES GREXOUILLES QUI DEMANDENT UN ROI (ITI · texte numérisé non relu

LES GREXOUILLES QUI DEMANDENT UN ROI (ITI

Cette fable a inspiré une amusante pièce de vers au poète italien Giusti . Elle est intitulée Il re Travicello, et a été traduite par Marc Meunier dans son ouvrage : L'Italie est-elle ta terre des morts ?

LE ROI Soliveau.

Au peuple-grenouille Vient un roi nouveau, Que l'on s'agenouille Devant Soliveau !

J'avoue avec joie Que Dieu nous l'envoie ; C'est commode et beau ; Un roi Soliveau;

Quel fracas dans l'onde Sa chute a produit !

Les bûches au monde Font toujours du bruit.

Mais d'un saut rapide, Muet et stupide, Il revient sur l'eau Le roi Soliveau.

Quand le peuple en masse Voit ce machin-là, Tout rétano- coasse :

DK I.A FONTAINK r>\

« ConiiiKMil, c.'ot^t tout ru?

« Il veut doue se faire (( Siffler dans Teau claire « Ce bruyant lourdaud, a Ce roi Soliveau ?

« C'est lui cfu'on couronne ?

« Ce tronc de trois sous ?

« Jupin déraisonne « On se rit de nous.

« Sus donc, qu'on exile « Ce maître imbécile !

« Qu'on livre au bourreau « Ce roi Soliveau ! »

Paix donc, pauvre bêtes !

Acceptez les lois.

Crapauds que vous êtes, D'un prince de bois !

Loin qu'il pille et taille, Il permet qu'on piaille ; Il est sans bourreau.

Le roi Soliveau !

Il cède a l'orage Aux vents comme ils vont, Dandine, surnage, Point ne pèche au fond, Point ne fouille et sonde...

Gomme il sait de monde !

Qu'il a de cerveau Le roi Soliveau.

Son front, s'il s'agite, Et vient a plonger Remonte au plus vite...

Il est si léger !

Le titre d'altesse Est plein de justesse Et va comme il faut Au roi Soliveau !

0 peuple, sommeille !

Veux-tu qu'au marais Le serpent t'éveille !

Paix donc, dors en paix !

En vain se rebiffe Qui n'a ni dent ni griffe :

Pour toi rien ne vaut Un roi Soliveau.

Quand un peuple en grâce A des biens si grands, De tout il se passe, Même de bon sens...

Quel peuple docile !

Quel prince tranquille !

Vivat et bravo Le roi Soliveau!

lp: loup kt la ckhjgne (UI, 9).

M('s plusours font c-om lit lo loii qc fiist euosso;, e promist al grue gmnt loer pur ceo qe lui sanast ; mes quant la grue out fet sa mestrie e demanda loer, lui fust respondu : « Seiez paie de vostre vie : quant votre col fustdedenz ma bouche, en ma cortesie fust de vous sauver ou tuer ».

(Nicole Bozon, Contes moralises, 92, A. T.)

Page 1