LE CHAT ET LX VIEUX RAT (III
V. 15. — Le galand fait le mort, et du haut d'un planclier Se pend la tète en bas.
w; OuXay.ô;Tt; Tua^çâKiov 7.i:r^çiTr^fi-q.
Ce mot eùXax.o; employé par Babriiis (fabl. 17) ne signifie pas sac, mais quelque vieille peau de bête écorcliée, ce qui est d'une invention plus ingénieuse .
DE LA lOiNTAlNIi 57
LE BEllGEIl ET LA MER (IV, 2).
De Pastore et mari (par Laurent Valla).
Pastor in loco maritimo gregem pascebat : qui cum videret mare trauquilluin, incessit cupido navigationeni faciendi : itaque venumdatis ovibus, emptisque pahnarum sarcinis, navigabat. Orta autem velienienti teuipestate^ navi mergi périclitante, omne pondus in mare ejecit, vimque evasit exonerata navi ; paucis post diebus, veniente quodam et tranquillitateni maris admirante, erat enim sane tranquillum, respondensinquit : Palmasiterum vult quantum intelligo ! ideoque immotum sese ostendit.
Cet apologue que Laurent Valla raconte, comme l'on voit avec sa sécheresse ou sa concision habituelle, se transforme dans la traduction de Guill. Tardif en un long récit tout plein de charmants détails.
D'^img pasteur et de la mer.
Ung pasteur ung jour gardoit ses brebis en certaines pastures situées et assises auprès du rivage de la mer, et voyant par i celui pasteur que la mer estoit belle et paisible,, sans quelque vent ne vague, ainsi qu'il advient souvent par intervalles de temps, voyant aussi par lui qu'il y a voit plusieurs navires de marchants qui navigoient sur Teau et alloient en divers pays pour gaigner, se ad visa, plus tost qu'il
ne l'eut songé, qu'il deviendroit marchant sur mer et qu'il sçauroit que c'estoit que de chevaucher les poissons, mesmes que trop longtemps avoit-il esté pasteur et que rien ne scet que hors ne va. Et assez tost, des le jour de lendemain, mena tout ce qu'il avoit vaillant et de l'autrui au marché, et fist de la livre XV sols pour devenir marchant par mer Et en efifect, après qu'il eust ainsi tout vendu, il loua certaine navire, laquelle il chargea et fréta de tout son vaillant et de celuy de ses voisins, et fust maistre de navire avant que serviteur. Quant il eust nagé par la mer quelque peu de temps, survint une tempeste si terrible et si merveilleuse qu'il sembloit que le ciel et la mer feussent en feu, et les vaguesde la mer se enflèrent si grosses qu'il sembloit a nostre nouveau marchant ({ue la navire descendit maintenant aux abismes et que incontinent alasttouchierjusques au ciel. Mesmement pouvoit sembler que la hune de la navire puisast à chaque coup enl'eaue, eteneffect, descendit si grant quantité de eaue sur lui et ses compaignons que ceulx qui estoient en la pompe ne povoient vuider la moitié de l'eaue qui entroit dedans le bort. Cordes^ mast et autres instrumens de navire, crioyent et croissoient si horriblement qu'il sembloienf que tous deust rompre, et eust bien voulu estre nostre nouveau marchant a garder ses brebis et ses moutons, si possible eust esté, voire et lui deust il avoir cousté tout ce qui dedans la navire estoit. Il appeloit les dieux et déesses à son ayde.La cire d'un royaulme n'eut pas souftî a faire et payer les veuz lesquelz il donna aux dieux et déesses, se
il leiii' plaisoit liiy sauver la vie, et fut fiiiablemout contraint jetter eu Teaue toute sa mai'chandise. Et, n'eust esté la clémence et miséricorde des dieux marins Ncptnnus, Eolus, Triton et autres, lesquelz furent comnieus a pitié par les veulx et promesses qu'il faisoit, a paine fust venue la nef toute vuyde a port de salut, ce qu'elle fist. La eussiés veu nostre nouveau maistre de navire bien estonné, car il devoit desja trois fois plus qu'il n'avoit vaillant, et en effect, il a voit perdu tout le sien et de l'autrui, et convint qu'il se mist a son premier mestier de pasteur. Ung jour advint qu'il estoit sur le rivage de la mer ou il gardoit ses Lestes, et commença a contempler que la mer estoit tant belle et tant sereine, sans vent ni vague, comme elle estoit lorsque appétit lui estoit prins de estre marinier, et tantost commença a dire, en adressant la parole a la dicte mer : « Dame, vous estes bien subtile. Vous me faictes belle chiere et beau semblant, aflin que je vous retourne veoir et que je me mecte sur vous en faict de marchandise, comme j'ai faict par cy devant. Certes ne vous y attendez plus, car trop m'avés plumé pour une seconde fois ».
{Apol. de Laurent Valla, 174, Marchessou.)
J'ai cru bon de donner une fois, par exception, le texte latin de Valla, afin que Ton pût juger avec quelle liberté amusante Guill. Tardif le développe et fait sien le sujet.