‹ Les fables de La FontaineChapitre 26 sur 79 · V. 53. — Ce sont là jeux de prince · texte numérisé non relu

V. 53. — Ce sont là jeux de prince

Les éditeurs expliquent ce proverbe par un passage tiré de V Apologie 2^our Hérodote. Il n'était pas hors de propos d'y ajouter ce souvenir : « Le jour de la visite que fit la reine Christine à l'Académie (11 mars 1658, l'assassinat de Monaldeschi était tout récent), c'est Mézeray qui, faisant l'office de secrétaire, lut, à l'article j^?^- du dictionnaire, cette locution proverbiale qui lit rire, dit-on, la princesse : « Jeux de prince, qui ne plaisent qu'à ceux qui les font ». (Sainte- Beuve, Caus. du lundi, VIII, 182.)

Bonaventure des Périers avait usé de ce proverbe avant H. Estienne : « Il en vouloit fort aux moines et moinesses, et prenoit son passe-temps a leur jouer plusieurs tours qui estoyent (comme on dit en prover])e) jeux de prince, c'est a dire jeux qui plaisent a ceux qui les font ». {Nouvelle G^W, bibl. elz.)

DE LA FONTAINE Gl

. l'ane et le petit ciiikn (IV, 5).

Le sujet est gentiment traité en prose dans le Violier des hisioires romaines, p. 101, ])i])l. el/. :

Un roy estoit qui tant aymoit les chiens que c'estoit chose merveilleuse. Les chiens luy sailloient au col, le baisoient et dormoient en son sein souvent. Il y avoit céans un asne qui avoit despit de cecy et pensoit en soy : « Si je chantois, saultoys et mettois les deux piedz sur le col de mon maistre, certes, je mangeroy plus frians morceaulx que je ne fais, et dormiroys au giron de mon maistre. » L'asne fait ce qu'il avait pensé, saillit de l'estable, courut en la salle saillant et chantant, et enfin vint mettre les deux piedz sur les espauUes du roy. Ce voyant, les serviteurs estimèrent qu'il fust enragé : parquoy ilz le battirent noblement et le ramenèrent en Testable.

V 10. — . Ohl oh! quelle caresse ! et quelle mélodie ! Dit le maître aussitôt. Holà, martin-bàton ! Martin-biton accourt : l'àne change de ton .

Cette expression, disent en note les éditeurs, est empruntée à Rabelais. Elle est beaucoup pins ancienne^, et a une origine curieuse.

«Parmonm«r^i?i,disait Jeanne d'Arc des bourgeois d'Orléans, je leur ferai mener des vivres ». Ce martÎR qui revient sans cesse dans sa bouche, dit Sainte-Beuve, c'était son martin-hàton.

Si elle te triche, voicy Martin-haston qui en fera La raison.

{Farce du Badin, Anc.ïhéât., 1,278.)

Cette locution, comme tant d'autres, nons vient du roman du Renart. Le prêtre Martin qui a pris maître Loup dans une fosse lui tient ce langage :

Sire Ysengrin, or vous vaedrai Ce que je tant pramis vous ai :

Apanrai vos a cest hasion Coninent prestre Martin a non.

(Renart, éd. Martin, II, 245.)

Il s'est trouvé un annotateur, M. Aubertin, pour expliquer ce mot par « valet d'écurie » !

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