LE RENARD ET LE BUSTE (IV
GuilL Tardif intitule cette fable : « d'un Regnart et d'une teste. » J'en supprime les deux tiers qui n'ont rien à faire avec la fin.
Regnart. . . advisa l'ostel d'ung paintre,ouquel avoit plusieurs sortez et différentes manières de ymages, et la entra pour regarder quelle image luy seroit propice en sa chapelle . Si tost qu'il fust entré, trouva une teste de loup, laquelle estoit de marbre, faicte et taillée par curieulx et industrieux artifice, car elle estoit tireé sur le vif si proprement que on eust peu dire au premier sault que la dicte teste estoit toute vive. Maistre regnart, qui la dicte teste speculoit et regardoit très diligemment, après ce qu'il eust ainsi tout bien regardé et spéculé, commença à dire en la présence de ceulx qui là estoient : « 0 teste, tant tu as esté faicte par grand sens et exquise subtilité de engin humain, tant tu es décorée et embelie par subtil artifice, et touttefois il n'y a point de sens en toy de utilité ni de prouffit ».
Sens moral. — ... Beauté exteriore, artificielle ou naturelle ne vault se on n'a quelque science ou vertu en sa pensée interiore .
(Gaill. Tardif, Apol. de Laurent Valla,18^, Marchessou.)
Sonnet de Gourval dans îes Exercices de ce
DK LA FONTAINE 71
temps (T. II, sat. 10) a mis en vers cette fable ésopique :
« Dieu quelle différence on voltde l'homme àThomme Plus que d'un homme à beste! Esope, on te renomme Car tu nous as laissé dans tes moralitez Cent préceptes moraux contre nos vanitez, Quant tu nous dis qu'un loup chez un tailleur d'image Estonné, regardant tant de divers ouvrages, Vit la teste d'un homme ouvrée artistement, La prend et la contemple et la tient longuement, Luy dit : « que la beauté empreinte en ta sculpture Fait qu'un chacun te tient chef d'œuvre de nature ! Mais le principal point deffaut entièrement. Car on ne trouve en toy ny sens ny jugement ».
LE LOUP LA MÈRE ET l'ENFANT (IV, 16).
On trouve cette fable assez gentiment traitée dans Baïf, Mimes, II, 198, édit. Blanchemain :
Un loup ayant faict une queste De toutes parts, en fin s'arreste A l'huis d'une cabane aux champs, Au cry d'un enfant que sa mère Menaçoit pour le faire taire, De jeter aux loups ravissans.
Le loup qui l'ouit en eut joye, Espérant d'y trouver sa proye :
Et tout le jour il attendit Que la mère son enfant jette.
Mais le soir venu comme il guette Un autre langage entendit.
Car la mère qui d'amour tendre Entre ses bras aHa le prendre Le baisant amoureusement Avecques luy la paix va faire :
Et le dorlotant pour l'attaire Luy parle ainsi flatteusement :
Nenny, nenny, non ne pleure :
Si le loup vient, il faut qu'il meure : Nous turons le loup s'il vient.
Quand ce propos il ouït dire, Le loup gronnnelant se retire.
Céans l'on dit l'un, l'autre on tient.