‹ Les fables de La FontaineChapitre 28 sur 79 · LE CHEVAL S'ÉTAXT VOULU VENGER DU CERF (IV · texte numérisé non relu

LE CHEVAL S'ÉTAXT VOULU VENGER DU CERF (IV

Cette fable est dans Baïf, Mimes, 201, édit. Blanchemain, et dans VanqiielindeLa Fresnaie.

Maintenant je diray la fable

Du sot cheval et misérable

Qui sa force ne cognoissoit :

Que le cerf avec l'avantage

De sa ramure, d'un gangnage

Leur commun herbis dechassoit.

S'en venger le cheval désire :

Qui droit a l'homme se retire,

Et devers luy ayant recours

Luy conte le tort qu'il endure,

Et luy requiert de telle injure

La raison avec son secours.

L'homme trompeur luy va promettre,

Si le cheval se laisse mettre

Un frein en la bouche, et s'il veut

Qu'armé dessus le dos luy monte.

Et qu'il le meine et qu'il le donte,

Que du cerf venger il se peut.

Le badin cheval s'y accorde:

Luy tarde (jue son mors ne morde.

Mais sitost que le mors eut mors.

Tant s'en faut que du cerf se vange,

Que l'homme l'asservist et le range

Esclave a jamais par le mors.

Car il me souvient trop du cheval généreux Qui libre, qui gaillard, errant aventureux,

I)K LA FONÏAINli: «9

Mendia le secours de riiomme ])our apprendre (Connue il pourrait vain({ueur a la course se rendre Du cerf aux vite-pieds : l'homme alors l'approchant. Le bride et ronhariiache, et dessus afTourchant, A force d'esperons et ruses adjoustees, Luy lîst vaincre le cerf aux forets escartees. Mais l'homme du cheval s'aquist la liberté Pour son loyer d'avoir le cerf par luy domté. Ainsi je crains les grands.

(Vauq. de La Fresnaie, Satires françoises, 1,227, Travers.)

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