LE CHEVAL S'ÉTAXT VOULU VENGER DU CERF (IV
Cette fable est dans Baïf, Mimes, 201, édit. Blanchemain, et dans VanqiielindeLa Fresnaie.
Maintenant je diray la fable
Du sot cheval et misérable
Qui sa force ne cognoissoit :
Que le cerf avec l'avantage
De sa ramure, d'un gangnage
Leur commun herbis dechassoit.
S'en venger le cheval désire :
Qui droit a l'homme se retire,
Et devers luy ayant recours
Luy conte le tort qu'il endure,
Et luy requiert de telle injure
La raison avec son secours.
L'homme trompeur luy va promettre,
Si le cheval se laisse mettre
Un frein en la bouche, et s'il veut
Qu'armé dessus le dos luy monte.
Et qu'il le meine et qu'il le donte,
Que du cerf venger il se peut.
Le badin cheval s'y accorde:
Luy tarde (jue son mors ne morde.
Mais sitost que le mors eut mors.
Tant s'en faut que du cerf se vange,
Que l'homme l'asservist et le range
Esclave a jamais par le mors.
Car il me souvient trop du cheval généreux Qui libre, qui gaillard, errant aventureux,
I)K LA FONÏAINli: «9
Mendia le secours de riiomme ])our apprendre (Connue il pourrait vain({ueur a la course se rendre Du cerf aux vite-pieds : l'homme alors l'approchant. Le bride et ronhariiache, et dessus afTourchant, A force d'esperons et ruses adjoustees, Luy lîst vaincre le cerf aux forets escartees. Mais l'homme du cheval s'aquist la liberté Pour son loyer d'avoir le cerf par luy domté. Ainsi je crains les grands.
(Vauq. de La Fresnaie, Satires françoises, 1,227, Travers.)