LE SATYRE ET LE PASSANT (V
D'ung homme et de Satyms, dieu champestre.
Ung homme par sa diligence fist tant qu'il acquist l'amour d'un dieu champestre nommé Satyrus, et ung jour estoientles dis amis, Satyrus et l'Omme ensemble a table, ou ilz faisoient bonne chiere et ou ilz furent longuement tant que le dessus dict homme, amy du dict Satyrus, pour raison de la froidure quil faisoit.eust froitaux mains et a ceste cause approucha ses dites mains a sa bouche pour icelles eschauffer de son alayne. Ce voyant par le dict Satyrus luy demanda pourquoi il souffloit ainsi en ses mains. Et l'autre luy respondit : « Je eschauffe et refocille mes mains engelees de la chaleur de ma bouche ». Peu de temps après, on leur apporta un mes de viande laquelle estoit très chaude. Ce voyant par le dict Satyrus, Dieu champestre, que son amy, avant qu'il meist le morseau en sa bouche, le souffloit affin que par inspiration de son alaine il refrigerast la chaleur de la viande, demanda a son amy pourquoy il souffloit et inspiroit ainsi sur la dicte viande. Et il luy respondit que ce faisoit il affin qu'il refroidist sa viande avec la bouche. Et lors le dict Satyrus lui dist : « Veue ta confession, je proteste que jamès je n'auray amitié avecques toy, attendu que d'une mesme bouche tu produitz, engendres et rejettes froit et chault, qui sont choses contraires ».
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SENS MORAI,
Le (l(>ssus (lict A])ologiie et fable veult innner et. doiiner a entendre que on doit éviter l'amitié de ceiilx qui sont doubles et ambigus en parole, et desquelz la parole n'est pas pure et simple, ains dient maintenant de ung et tantost du contraire, car vraie amitié doit estre pure et simple, sans quelque contrariété ne ambiguïté.
(Guill. T'àrdif, A pol. de Lau) eut Valla,2m, Marchessou.)
Amian {lire A v'uin ) fabulateur, recite l'apologue d'un satyre : lequel contrainct par Textreme rigueur d'un fort et aspre hyver, se retira en la maison d'un bon homme de village pour se chauffer : et contemplant son hoste qui souffloit dedans ses mains, luy demanda pourquoy il faisoitcela : et lors il luy respondit quec'estoit pour rechauffer ses mains. Puis quand le disner fut prest, il vid son hoste qui souftloit dedans son potage : et lors il luy demanda de rechef, pourquoy il faisoit cela. A quoy luy fut incontinent respondu par son dict hoste, que la cause estoit pour refroidir son potage, qui estoit trop chaut. De quoy le satyre indigné luy respondit : Gomment? d'une mesme bonche tu souffles donc et le
chaiilt et le froid ! Va, et saches que ma délibération ne fut oncques de hanter telle manière de gens qui ont maintenant l'un en la bouche et maintenant l'autre^ et en ceste manière il prend congé de son hoste, n'approuvant point ceux qui ont double langue, qui maintenant louent une chose, maintenant la blasment.
(Marcouville, De la bonne et mauvaise langue,
\T°, édit. 1573.)
Le satyre une fois et l'homme Furent amis. Luy voyant comme L'homme souffloit dedans ses doigts, Luy demanda qu'il vouloit faire.
Eschaufer mes doigts. Au contraire Sa soupe il souffle une autre fois .
Encore s'esmoya le satyre Pourquoy c'estoit. L'homme va dire :
C'est pour ma soupe refroidir.
0 faux homme qui d'un trou mesme Souffles chaud et froid, je ne t'aime.
Onques puis ne vit le satyr.
(Baïf, ilfemes, 11,216, édit. Blanchemain.)
Par allusion à cette fable Charron {de la Sagesse^ 1, 5) a dit : « L'homme est l'animal de tous le plus difficile a sonder et connoistre : car c'est le plus double et contrefait, le plus couvert et ar-
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tificiel, et y a chez lui tant de cabinets et d'arrière-boiitiques, dont il sort tantost homme, tantost satyre, tant de soupiraux, dont il souffle tantost le chaud, tantost le froid, et d'où il sort tant de fumée ».