LE CHEVAL ET LE LOUP (V
Même sujet largement raconté par GiiiL Tardif ; au lieu du cheval, c'est Tâne qui est mis en scène .
« Ung asne passoit un jour au champ, et par sa jeunesse et joyeuseté voulut saulter par sur une haye d'espines pour entrer dedans ungjardin et avoir plus grosse pasture. Mais, en saultant, il se mist un estoc pointu dedans le pié, qui le poignit si asprement qu'il ne povoit plus aller et fust contraint de clochier. Et, ainsi qu'il desconfortoit a par luy il avisa ung loup qui venoit vers luy, auquel il dit : « A, loup, mon amy, je meurs de douleur et angoisse que je souffre. Je scay bien que suis viande presque appareillée pour toy, pour les vaultours ou pour les corbins. Touttefois, avant que je meure, je te prie, ne me escondis pas une requeste, laquelle je te vueil présentement faire. Tire moy la pointe d'un estoc pointu qui m'est entré dedans le pié, afin que je puisse mourir plus aise sans endurer la paine et le tourment de la pointure de l'estoc. » Le loup, qui contre sa nature voulut exercer euvre de pitié et de charité et soy mesler de médecine, dit a l'asne qu'il levast le pié de derrière en hault, ce que fist le dist asne. Lors le loup se agenouilla etle plus doulcement qu'il peut, empoigna avec les dents le dict estoc et le tyra hors du pié au dit asne. L'asne, qui la douleur de la pointure plus ne sentoit, se avisa qu'il recompenseroit son médecin et le paieroit de son salaire,
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car il lova les deux pieds de derrière, et donna si grant coup de ses pieds contre le front du loup, qu'il luy froissa le nais et les dents. Et, ce faict, s'enfouit legierement et le cyrurgien qui des ouayes ferrer se vouloit entremettre et devenir herniite sans dévotion, se accusoit très piteusement, en disant que a bonne et juste cause ainsi lui estoit prins, attendu qu'il proclamoit et faisoit assavoir a tout le monde,ouparavantdela dicte adventure et mauvaise fortune ainsi a luy advenue, qu'il estoit escorcheur, bourreau et meurtrier de jumens et austres bestes, et que si, à coup, sans avoir advis ne considération de l'oftice dessus dict. lequel il avoit ja fait assavoir a tous, il se vouloit mesler de cyrurgie, en laquelle il ne entendoit aucune chose, ains estoit la science contraire a sa nature ».
(Guill. Tardif, Apol. de Laurent Valla, 171, Marchessou.)
Cette fable est si mal conçue que contre l'intention de l'auteur, elle nous fait prendre en pitié le lonp^ dont la seule faute est d'avoir voulu rendre service une fois en sa vie.