‹ Les fables de La FontaineChapitre 41 sur 79 · V. 37. — La commune loi · texte numérisé non relu

V. 37. — La commune loi

(jui veut qu'on trouve son semblable.

IScau, bien fait, et surtout aimable.

CTest pourquoi Baïf a dit :

A l'asnc l'asiie très beau semble. (Mimes, 79, Blanclieiuaiu).

Et Voltaire très spirituellement :

Demandez à un crapaud ce que c'est que le beau, le tu lialon ? il vous répondra que c'est sa crapaude, avec deux gros yeux sortant de sa petite tête, une gueule large et plate, un ventre jaune, un dos brun.

(Dict. Philos., sub Y'^Beau.)

l'ours et les deux compagnons (V, 20).

De deux amis et d'un ours.

Deux singuliers amis aloient un jour ensemble et cheminoient par un boys, et ainsi qu'ilz cheminoient en divisant de leurs affaires, ung ours grant et merveilleux leur vint au devant. Et, si tost que l'ung desdis amis advisa le dict ours, il fust grandement espouventé et en effect, comme lasche de courage, abandonna son dit compagnon et gaigna un arbre auquel il monta bien tost et legierement pour soy mucer. L'autre voyant qu'il n'estoit pas puissant pour résister ne pareil a la force et vertu du dict ours, que linablement il seroit vaincu et surmonté, se lessa cheoir a terre et faignit estre mort. Quand le dict ours fust arrivé près de celuy qui le mort faignoit, il vint sentir, entour des oreilles et autres parties de la teste, se il estoit mort ou vif. Et pour ce celuy qui ainsi faignoit estre mort tenoist son alaine tellement qu'il ne respiroit aucunement, l'ours estima qu'il fust mort et a cette ceste cause le laissa sans lui toucher, car les naturelz philosophes dient que c'est la propriété et nature de l'ours de ii'inferer aucune violence en la charongne et corps d'ung homme mort. L'autre qui se estoit mucé dedans les fouillez et rameaux de l'arbre ouquel il estoit monté, quant il eut aperceu que l'ours s'en estoit desparti et qu'il avoit laissé le corps de son compagnon sans luy faire quelque blesseure, descendit du dict arbr« et s'en vint a son dit compagnon et amy en luy demandant : « Mon amy, quelles paroles secrètes vous disoit l'ours en

l'oreille ({ii;int il approclioit sa teste si près do la vostre ? » Kt l'autre lui respondit facecieusement : « S(;avés-v()us, IVere, ({u'il me disoit. Il me disoit et amouuestoit que jamois ne me accompagnasse, quant je feroye chemin ou pèlerinage, avec tel amy comme vous estes, qni m'avés abandonné au besoing » .

Page 1