‹ Les fables de La FontaineChapitre 53 sur 79 · LA. COUR DU LION (\'U · texte numérisé non relu

LA. COUR DU LION (\'U

V. 34. — Ne soyoz à la cour, si vous voulez y plaire, Ni fado adulateur, ni parlpur trop sincère, Kl tâchez quelquefois de rôpondre on normand.

Le Renard a mis en pratique le précepte peu moral de La Fontaine, et il s'est tiré des griffes du lion. Dans la fable qu'on lira ci-dessous, le singe ne répond pas en normand : il se tait, et ce silence ne lui réussit pas plus que la vérité ou la tlatterie. Il est dévoré comme les autres, sons prétexte qu'il ne daigne pas adresser la parole au roi des animaux :

« Leleon... se porpensa e vynt a chievere, si lui dist : « coment vus semble de ma aleyne ? — Il puit vilement», dit l'autre. « Veir », fet-il, « moy avez mesdit ». Fist assembler la court et demanda jugement de celuy que avoyt mesdit au baillifde tere.Les autres, pur lui payer, le chievere jugèrent al mort. Un autre jour il avait feym e encontra un poleyn. « Sire, dist-il, vostre aleyne pluz douce odure que mirre ou canele. » Fet l'autre : « Vilement moy avez charni : bien scevent touz que tu as mentu, dont par agard delà court de vostre char serrai pieu. Quant fust deliveré de celui, en voye encontra une sienge si lui demanda com il fist des autres. Le sienge se tieust et rien ne parla. « Coment ! » fist-il, avez dedeyn de parler od moy ? » Ove jugement de la court fust jugé al mort. — Auxint est des grauntz

seigneurs : par defaute de encheson ne faudront jamès de amercier lesgentz ».

(Nicole Bozon, Contes moralises, 37, A. T.)

Page 1