V. 19. — Est- il aucun moment
Qui vous puisse assurer d'un serond seulement ?
Quani stRltuRi est ?etatein disi)onere? ne crastino quidein dominainur (id. Epist. 101.)
LES COMPAGNONS d'uLYSSE (XII, 1).
V. 89. — Tu t'en viens (dit le loup à Ulysse) Me traiter de bête carnassière, Toi qui parles qu'es-tu ? etc Ne vous êtes-vous pas l'un à l'autre des loups ?
Il était à propos, il me semble, de rapprocher de ce passage le discours que Démocrite dans La Bruyère adresse aux hommes : « Ne dites-vous pas en commun proverbe des loups ravissants, des lions furieux, malicieux comme un singe, et vous autres qu'êtes-vous ? ( Remarquez la même apostrophe dédaigneuse dans LaFontaine.) J'entends corner sans cesse à mes oreilles, l'homme est un animal raisonnable : qui vous a passé cette définition? etc ». Les Caractères ont paru en 1688, et lorsque LaFontaine publia son dernier livre de fables, il avait certainement lu cet ouvrage où il était loué avec tant de délicatesse.
Au sujet de cette précellence que l'homme s'attribue sur les animaux, Montaigne a aussi des passages tous pleins d'une mordante ironie. (Voir les Essais, II, 279, et passim, édit Louandre.)
Lire aussi sur ce sujet quelques pages de La Sagesse de Charron (I, 8), qui se montre ici, comme partout, l'imitateur ou plutôt le plagiaire de Montaigne
' l)K l.A FOiSTALNE 101
Le henâhd. les mouches et le hérisson (XII, 13).
Le poète Gi'ingore, dans Z^s folles entreprises (\, 43, bibL elz.) raconte une « hystoire » qui n'est pas autre chose que cette fable légèrement altérée. Au lieu du renard, c'est un citoyen de Rome qui en est le principal personnage.
Valere dit et raconte ime hystoire Que fay voulu rédiger en mémoire.
Il fut jadis ung bon simple povre homme
Cytoyen de la ville de Romme
Lequel avoit une playe chancreuse
En sa jambe, mauvaise et dangereuse,
Et la monstroit, comme ses povres gens
Qui sont d'avoir et de biens indigens,
Sur le chemin, affm qu'on luy donnast
Quelque aulmone de quoy se gouvernast
Et qu'on congneust sa maladie aperte ;
Laquelle playe estoit toute couverte
De grosses mouches qui si fort l'avoient mors
Qu'ilz en estoient enflées parmy le corps.
D'aventure vint ung homme notable
Qui de ce cas fut très fort pitoyable,
Et pour luy faire aucun allégement
Ces mousches la chassa hastivement.
Le malade de ce fait se courça,
Très mal content devers luy s'adressa
En luy dissant qu'il avoit en effaict
Chassant ses mouches, envers luy trop forfait.
De ce mefFait allégua la raison :
« Ces mouches m'ont picqué longue saison, De ma chair sont si saouUes, tout conclus, Que pour l'heure ilz ne me mordoient plus. Or les as-tu chassées ; ilz s'en yront Toutes saoulles, et d'autres reviendront Affamées, qui encor de rechief Me remordront : tu m'as fait meschief En me cuydant faire très grand service. Ta pitié donc tourne a mon préjudice. »
Cet apologue, que le bon Gringore attribue àValêreMaxime, se trouve dans Flavius Joseph, qui le donne comme étant de l'invention de Tibère, On le rencontre au XVP siècle dans Le VioUer (les Histoires romaines, avec une particularité assez curieuse : c'est Tibère lui-même qui chasse les mouches « de dessus le corps » de l'homme.
Des injustes exacteurs.
Josephus racompte que Tibère César fut requis de dire pour quoy il tenoit si longuement es offices les présidens des provinces. Il respondit par exemples : je viz, dit-il, une fois ung homme plain de playes de la morsure des mouches, lequel je voulois ayder et chasser les mouches de dessus son corps, mais il ne voulut pas et me distque je letourmentois
DE LA lOMAlNE 1(')3
doublement : « car en cliassant ces mouches, qui ja sont saouliez, dit-il, tu seras cause d'en faire venir des autres toutes affamées qui plus que ceulx cy me mangeront ».
{Violier des Htst. Rom., 115, hihl. elz.)