‹ Les fabliauxChapitre 146 sur 257 · VI. Fabliaux obscènes · texte numérisé non relu

VI. Fabliaux obscènes

Nous voilà donc bien autorisés à rendre les hommes du moyen âge responsables de ces contes : ils ne les ont pas tous inventés, qu'importe? il suffît qu'ils s'en soient amusés.

Dans l'immense forêt des contes populaires, où croissent confusément, pêle-mêle, les lianes vénéneuses, les sauvageons stériles, les souches puissantes et précieuses, ils étaient libres d'élire les plus nobles essences. Cette matière brute, une fois choisie, ils étaient libres de la tailler et de la façonner à leur gré : dans le même cœur de chêne, on peut sculpter un dieu ou un magot.

Qu'ont-ils voulu faire? et qu'ont-ils fait?

Nous voici en présence de ces 147 poèmes, soit d'environ quarante-cinq mille vers. Parcourons-les.

J.-V. Le Clerc a déjà résumé presque tous ces contes. Voulons-nous rejDrendre cette analyse, qu'il a faite avec charme? Mieux vaudrait y renvoyer le lecteur, et d'ailleurs la lecture directe des textes serait plus efficace encore. Notre but est autre. J.-V. Le Clerc cherchait une sorte de fîl conducteur qui lui permît de promener le lecteur dans ce labyrinthe de contes. Il voulait simplement, à propos de chaque fabliau, réunir les remarques de tout genre qu'il provoquait, observations linguistiques, morales, notes historiques, rapprochements littéraires, etc. Comment pouvait-il passer d'un conte à l'autre

sans qu'il j^arùt écrire une centaine de petites monographies indépendantes? Il s'avisa de les classer selon la dignité sociale des personnages qui figurent dans ces contes, en procédant de Dieu le père à Dieu le fîls, passant ensuite à la Vierge, aux saints, au clergé séculier, au clergé régulier, aux chevaliers, etc.. C'était un j)rocédé commode, ingénieux : il lui permettrait de relier les poèmes entre eux par un lien extérieur, léger, peu gênant. Division factice aussi, car outre qu'elle groupait des contes disparates, elle tendait à nous montrer, dans la collection des fabliaux, une sorte d'image du monde, une encyclopédique et perpétuelle satire politique, sociale : nous verrons que la portée n'en va pas jusque-là. — Nous voulons, au contraire, diviser les fabliaux en plusieurs catégories, selon des rapports plus intimes, selon que les poèmes de chaque groupe procèdent d'une inspiration commune, exploitent les mêmes sentiments, prétendent à la même qualité de comique ^ .

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