Moniot commence ainsi son dit de Fortune
Un ditelet vvieil dire cortois et delitable :
J'entent que je le die pour eslre profitable
Au monde, et nel di mie por fablel, ne por fable.
(Jublnal, N. Rec, I, 195.)
deux poètes pour rimer longuement ce pauvre calembour ^, quatre manuscrits pour le transmettre aux âges à venir, et combien de gosiers pour en rire ! — Combien de pauvres âmes simplistes se sont délectées à la méprise de la vieille femme qui, sur le conseil d'une commère, pour se concilier un chevalier puissant, va (( lui graisser la patte » avec un morceau de lard ~, — ou à la grande frayeur d'un vilain dont le chien s'appelait Estula, et que réveillent la nuit des voleurs de choux et de moutons ; il appelle son chien : « Estula ! — Oui, je suis là ! » répond l'un des voleurs. — « Hé quoi ! mon chien parle, » et le vilain court chercher le prêtre pour l'exorciser. — Combien de ces contes ne sont que de simples gausseries de paysans, qui révèlent un très rudimentaire développement d'esprit ! Il suffît à ces simples, pour qu'ils s'épanouissent de joie, qu'on leur montre par quel combat épique un vilain et un moine de Saint-Acheul se disputèrent un méchant roussin ^. — Il leur suffit, pour qu'ils s'émerveillent comme des enfants, qu'on leur répète les bons tours de deux larrons, Barat et Haimet : comment l'un d'eux déniche à la cime d'un chêne les œufs d'une pie sans déranger la mère qui les couve, puis va les remettre en place, tandis que, le long de l'arbre où il grimpe, son confrère, plus subtil encore, lui enlève ses braies, à son insu ; comment, en une nuit, Barat et Haimet volent, perdent , reconquièrent, perdent encore la même pièce de lard ^. — Il leur suffît, pour s'esclaffer largement, d'entendre cette sotte histoire d'un Anglais malade qui demande à son camarade de lui faire manger de l'agneau ; il prononce mal [anel pour agneï)^ et son compatriote lui achète un ânon contre de bons estrelins \ quand il en a déjà mangé un cuissot, il s'aperçoit de l'erreur et rit si fort qu'il en guérit ^. Nos ancêtres prenaient un plaisir extrême à entendre fastrouiller ces Anglais : on serait plus difficile aujourd'hui, pour les imitations de baragouin exotique, dans les théâtres de faubourg. — Comparez ces autres contes, la Plenté, Bj^ifaut, Brunain : Un tavernier, établi en