Barat et Haimet, MR, IV
■♦ 5. Les deux Anglais, MR, II, 46.
Syrie, sert pour un denier de vin à un pauvre bachelier de Normandie. Il laisse tomber, par maladresse ou par mépris, une partie de la petite mesure, et lui dit pour toute excuse : « Vin renversé porte bonheur ! » Le bachelier, pour se venger, enlève la bonde de ses tonneaux et inonde son cellier, en répétant : (( Vin renversé porte bonheur M » — Le vilain Brifaut vient de faire emplette de dix aunes de toile, qu'il emporte sur son épaule. L'un des pans de l'étoffe traîne derrière lui. Un larron saisit ce bout de toile, le coud solidement à son propre surcot, bouscule le vilain et disparaît dans la foule, emportant la toile. Comme Brifaut se lamente, il a l'audace de se présenter à lui, lui montrant son étoffe : « Vilain, si tu avais pris la précaution de coudre ta toile comme j'ai fait, on ne te l'aurait pas prise -. » Ce sont des anecdotes comiques dont ne voudraient pas les almanachs de village, le Bonhomme normand ni le Messager boiteux, des nouvelles à la main que rejetteraient des journaux de souspréfecture, des calembredaines que sifflerait un public de café chantant. Ce sont bien là des fabellae ignobilium ; c'est la littérature des indigents.
Laissons ces misères, non sans retenir ce premier trait, commun à tous les fabliaux : les sources du comique j sont superficielles, le rire y est singulièrement facile.