‹ Les fabliauxChapitre 157 sur 257 · MR · texte numérisé non relu

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nouiller son paroissien, qui demande obstinément de l'argent et non des exorcismes. Mais c'est sa maladie ! Maintenu par de forts gaillards, il a beau protester ; il est aspergé d'eau bénite et doit supporter qu'on lui lise l'évangile sur la tête.

Un trait encore : c'est l'attitude frondeuse, ironiquement familière, que les conteurs prennent souvent à l'égard des personnages sacrés. Ce jongleur qui, chargé de veiller en enfer sur la cuve oii les âmes cuisent, et qui les joue aux dés contre saint Pierre, ne craint pas, quand il a perdu, d'accuser son adversaire de tricherie et de le tirer par ses belles moustaches tressées K Ce vilain, qui se présente à la porte du ciel, n'a pas la moindre révérence pour les saints vénérables qui lui refusent l'entrée : « Vous me chassez, beau sire Pierre? pourtant je n'ai jamais renié Dieu, comme vous fîtes par trois fois ! — Ce manoir est à nous ! lui dit saint Thomas. — Thomas, Thomas, ai-je demandé, comme toi, à toucher les plaies du Sauveur? — Vide le Paradis, lui dit saint Paul. — Paul, je n'ai pas, comme toi, lapidé saint Etienne -. »

Tous ces contes — d'autres encore — sont d'excellents témoins de l'esprit gaulois, tel que l'ont défini M. Lenient dans La Satire en France au moyen a(/e, Taine dans son La Fontaine '^. Ils manifestent les deux traits les plus saillants de cet esprit : la verve facilement contente, la bonne humeur ironique. On j rit de peu, on y rit de bon cœur. C'est un esprit léger, rapide, aigu, malin, mesuré. Il nous frappe peu, nous Français, précisément parce qu'il nous est trop familier, trop <( privé », dirait Montaigne. Mais comparez-le, comme l'a fait M. Brunetière, à cette tendance contraire de notre tempérament national, à la préciosité ; ou bien, rapprochez-le de Vhumour anglais, du Gemiith allemand : ses traits distinctifs sailliront fortement. Il est sans arrièreplans, sans profondeur ; il manque de métaphysique ; il ne s'em.barrasse guère de poésie ni de couleur ; il n'est ni l'esprit de finesse, ni l'atticisme. Il est la malice, le bon sens joyeux, l'ironie un peu grosse, précise pourtant, et juste. Il ne cherche pas les éléments du comique dans la fantastique exagération des

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