Aloid, I
chez qui il pourra être hébergée. Allez chez le prêtre, lui répond un passant ; car les vilains sont trop pauvres,
Malëureux de toute part, Hideus comme leu ou lupart, Qui ne savent entre gens estre.
Mieus vous tient aler chez le prestre, Car de deus maus prent on le mieus ^.
Les trouvères redisent donc la détresse physique et morale des vilains. Les choses étaient bien ainsi : qu'y pouvaient-ils? S'indigner? ce n'était point leur manière. Ils les montrent dans leur sottise trop réelle -, dans leur grossièreté foncière, plus près de la bête que du chrétien ^. — Mais ils savent aussi sa bonhomie ^, son habileté finaude, et comment il conquit Paradis par plaid.
Certes, il y manque presque toujours l'accent delà sympathie. Mais, en cela, les fabliaux ne se distinguent en rien des autres œuvres du moyen âge ^. Cette littérature n'est point tendre aux vilains. Elle ne parle guère d'eux, ne parle pas pour eux. Ce n'est point pour eux, la musique printanière des pastourelles, ni la forêt de Broceliande, ni le m^^stère exquis des lais de Bretagne. C'est un beau proverbe du moyen âge, qui dit : « Nul n'est vilain, s'il ne fait vilenie 6. » Mais des centaines de pièces protestent :
Vilain seront preudomrne quant chien venderont lart '.