M R, III, 80, le Vilain au buffet
les portent dans leurs vifs dialogues ^ dans la peinture des personnages dont ils excellent à saisir l'attitude, le geste. Voici un mignon, qui muse à la porte d'une bourgeoise, aux aguets, assis sur une borne, les jambes croisées :
Et en ses deiis mains tornoioit Uns blans ganz que il enformoit 2...
Voici une jeune veuve qui, après avoir pleuré, non sans sincérité, son mari, sent lever en elle un regain de coquetterie, et cherche de nouvelles épousailles : « comme un autour mué
Qui se va par l'air embatant, Se va la dame déportant, Mostrant son cors de rue en rue ^. »
Voici encore une jeune femme à son miroir. Chérubin entre, qui porte un message de son maître. La dame est précisément occupée à lier sa guimpe, ce qui était l'une des opérations les plus délicates de la toilette féminine. Alors, par un joli mouvement de coquetterie, elle tend son miroir au petit écuyer :
*<( Biau sire, dit elc, ça vien, Pren cest mireor, si me tien Ça devant moi, que je le voie, Qu'affublée bellement soie. »
Cil le prent, si s'agenoilla :
Bêle la vit, si l'esgarda Que plus l'esgarde plus s'esprist; La biauté de li le sorprist Que plus près de li s'aproucha ; La dame prist, si l'enbraça :
« Fui, fol, dit ele, fui de ci!
Es-tu desvez? — Dame, merci !
Soufrez un poi ! » Oz du musart Que plus li desfent et plus art '' !
Parfois, mais rarement, le poète s'arrête à décrire son héroïne, en traits un peu banals, un peu trop connus, gracieux pourtant. C'est tantôt un gentil portrait de fillette qui cueille, comme dans nos chansons populaires, du cresson à la fontaine :
1. Voyez surtout le Prestre et les deux ribaus, II, 42; Saint Pierre et le Jongleur, V, 117.