‹ Les fabliauxChapitre 27 sur 257 · Ibid. p · texte numérisé non relu

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qu'ils représentent non pas une poésie primitive de l'humanité, mais l'œuvre artificielle d'une corporation sacerdotale fermée, non pas les conceptions des Arjas en la période d'unité de la race, mais une phraséologie exclusivement indienne, non pas une mythologie sur la voie du devenir, mais une littérature de théologiens beaux esprits ! Combien ont contesté à l'école sa théorie de l'âge mythopœique et de la maladie du langage, et ont réduit, comme le voulait Mannhardt, les conquêtes de la mythologie philologique, à trois ou quatre identités stériles, telles que Dyaus = Zeus = Tiu ; Varouna = Ouranos; Sâramêva = Hermeias! Combien, depuis M. Andrew Lang jusqu'à M. Gaidoz, ont raillé les dissensions intestines d'une école où, selon Schw^artz, les orages auraient été l'élément mythologique par excellence, tandis que, selon M. Max Mïdler, le même rôle, dans les légendes, serait tenu par la paisible Aurore, ou, d'après un récent théoricien, par le Crépuscule ! Combien n'ont voulu voir dans ces mythes solaires, orageux ou crépusculaires — clefs à toutes serrures, — qu'une sorte de fantasmagorie monotone, qui supposerait que, sur les hauts plateaux de l'Asie centrale, « nos ancêtres n'auraient pas eu d'occupation plus chère que de causer de la joluie et du beau temps ! »

Il est manifeste que ces théories traversent une j^ériode sinon de déclin, du moins de recul ou d'arrêt, et la jeune école rivale, qui profite grandement des défiances dont souffre la philologie comparée, a su édifier pour les contes populaires une théorie nouvelle, encore en voie de formation, d'ascension première et de jDremier succès.

Voici, brièvement, quelles sont ses j)ositions K Quel est l'objet de tout système mythologique? C'est d'expliquer l'élément stupide, sauvage et irrationnel des mythes, la mutilation d' Ouranos, le cannibalisme de Cronos, Déméter aux

1. Cette analyse des théories de l'école anthropologique repose principalement sur les ouvrages suivants : E. Tylor, Researclies into the eovly history of Mankind, Londres, 1865; Prifuiih'e culture, 1871 ; — Andrew Lang : Custom and Myth., 2« éd., 1885; la Mythologie, 1886; Myth, Bitual and Religion, 2 vol., 1887; son introduction à la traduction des Kinder- und Ilausmaerclien par Mistress Hunt, Londres, 188'i ; son introduction aux contes de Perrault, 1888, Oxford; — enfin, la collection de la revue Mélusine, 1878, 1882 et années suivantes.

naseaux de cheval, Artémis aux trois têtes bestiales, Hermès itliyphallique, Athénè aux yeux de chouette, Indra au corps de bélier et dont les ennemis Vritra et Ahi, sont des serpents, bref toutes ces légendes qui répugneraient au plus grossier des Papous ou des Canaques et qui, pourtant, forment pour une grande part la religion de Phidias, d'Aristophane ou celle des sages brahmanes. L'école nouvelle en rend comjDte non plus par une maladie du langage qui aurait développé des mythes célestes sans nulle adhésion de la conscience et de la croyance ; mais elle les explique par une maladie de la pensée ; ou plus exactement, ces mythes seraient des survivances d'un état d'esprit par lequel toute race a dû passer avant de se civiliser. Les mythes représentent d'anciennes croyances réelles, des explications cosmogoniques qui ont suffi en leur temps et auxquelles on a réellement cru, des légendes qui reflètent exactement les usages, les rites, les pensées quotidiennes de leurs créateurs.

Comment nous rendre compte d'un état d'esprit qui fut normal jadis, et qui nous paraît monstrueux? Des siècles de culture l'ont aboli dans notre vieille Europe. Mais regardons autour de nous. Sur notre terre, rapetissée par les explorations plus faciles, toutes les phases traversées par l'humanité au cours de son développement comptent encore des représentants vivants. Voici, tout près de nous, des hommes, nos contemporains, nos voisins, nos semblables, qui vivent dans les mêmes conditions intellectuelles que les ancêtres de nos races glorieuses. Ce sont les sauvages. Ces Zoulous, ces Huarochiris, ces Namaquas, ces Botocudos, ne méprisons pas de les interroger. L'anthropologie nous donnera la clef des mythes. A comparer les mille documents que d'ores et déjà nous possédons sur eux, ces bégaiements d'idées religieuses, ces linéaments grossiers de littérature orale, ces étranges conceptions animistes, fétichistes, ces totems, ces tabous, on arrive à comprendre l'état d'esprit qui produisit les mythes, comme un arbre porte ses fruits. On constate qu'il y a des Zeus esquimaux, des Héraclès apaches, des Indras algonquins, des Odins maoris, tout comme il y a des Huîtzilopochtlis helléniques, des Cagn hindous et des Tangaroas Scandinaves. Les mythes sauvages éclairent ceux des plus nobles mythologies, qui sont les résidus d'une époque primitive, laquelle s'appelait Sauvagerie.

Comme toute école naissante aime à se chercher des ancêtres et à se constituer une galerie de portraits de famille, l'école anthropologique invoque, comme précurseurs, Fontenelle et le président de Brosses, qui disait dès 1760, dans son livre intitulé Le culte des dieux fétiches : « En général, il n'y a pas de meilleure méthode pour percer les voiles de l'antiquité que d'observer s'il n'arrive pas encore quelque part sous nos yeux quelque chose d'à peu près pareil K » Une idée aussi juste en soi et aussi simple a pu se présenter à beaucoup d'esprits, si bien que c'est l'un des plus déterminés védisants, Schwartz, qui, à en juger par une citation piquante de Mannhardt, a, le premier, donné une définition nette du système futur : « Selon Schwartz, dans la masse des légendes encore vivantes parmi le peuple, est enclose une mythologie inférieure , où survit un moment embryonnaire de la vie des dieux et des démons, bien que dieux et démons nous soient attestés, sous une forme plus développée, par des témoignages historiques fort antérieurs. Les légendes populaires ne nous transmettent donc pas, comme le voulait Grimm, un résidu déformé, un écho affaibli de la mythologie de l'Edda, mais au contraire les germes, les éléments fondamentaux d'où s'est développée la mythologie supérieure ~. »

Pourtant, l'école ne prit vraiment conscience d'elle-même que le jour où E. Tylor appliqua systématiquement à la mythologie les méthodes de l'anthropologie comparée. Mannhardt, qui le suivit, mourut trop tôt. Mais l'école compte aujourd'hui, sous la digne conduite de M. Andrew Lang en Angleterre, de M. Gaidoz et de la vaillante Mélusine en France, une pléiade de partisans qui adoptent ces formules de M. Gaidoz : « Le vrai fondement des recherches mythologiques est vm examen de l'état psychologique de l'homme, suivant la méthode de M. Tylor La mythologie s'explique par le folk-lore et les récits mythiques sont la combinaison et le développement d'idées du folk-lore. »

Quelle est donc l'attitude de l'école en présence des contes populaires? « Le cannibalisme, dit M. Lang ^^ la magie, les

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