Legrand, Paris, Leroux
Bédier. — Les Fabliaux. 8
qui repoussait tous les prétendants, attirés des royaumes voisins par le renom de sa beauté. Elle voulait épouser, disait-elle, un jeune prince qu'elle avait vu en songe, beau comme le soleil...
Quelle est cette histoire? Sans doute, le début d'un conte de fées de la comtesse d'Aulnoy? ou bien de Perrault? ou bien un des aimables récits recueillis dans nos chaumières par M. Bladé ou par M. Sébillot? Non, ce prince charmant est Zariadrès, qui règne sur les pays du Tanaïs à la mer Caspienne, et la princesse qu'il aime comme elle l'aime, pour s'être vus l'un et l'autre en rêve, est Odatis, la plus belle des jeunes filles d'Asie, la fdle du roi Omartès. Si vous êtes curieux de savoir par quelle suite d'aventures ce prince Charmant, après avoir parcouru huit cents stades, rejoint, reconnaît, épouse la princesse, vous le trouverez, non pas dans le Pantchatantra^ mais dans Athénée. Athénée rapporte cette nouvelle d'après Charès de Mytilène, qui était quelque chose comme introducteur des ambassadeurs [û^y.^(^zki'jq) à la cour d'Alexandre le Grand i.
Nous ne connaissons que très imparfaitement la novellistique de l'antiquité. D'abord, dans les milliers de légendes amoureuses que nous transmettent les logographes, les poètes tragiques , comiques , lyriques depuis les plus anciens - jusqu'aux alexandrins, dans les légendes locales de Milet, d'Ephèse, de Rhodes, le départ n'a pas encore été suffisamment fait entre les éléments traditionnels ou populaires et les éléments mythologiques. Puis la novellistique est peut-être le genre littéraire de l'antiquité que le temps aie plus mutilé. Que savonsnous, par exemple, des comédies moyennes d'Athènes? (( Qu'elles portent — dit M. J. Denis ^ — des titres mythologiques, poli- « tiques, religieux, moraux, elles consistaient généralement « dans une sorte de fabliau ou de conte mis en action. » Alais où sont les comédies de Ménandre, d'Alexis, de Philémon? A en juger par des imitations romaines, il ne serait pas malaisé de
1. Athénée, XIII, 35. Sur les rapports de ce coûte avec la légende massiliote du Phocéen Euxène et de nombreuses légendes orientales et occidentales, V. Rohde, op. laud., p. 44, ss.
2. On sait que, chez le vieux Stésichore, on trouve déjà des nouvelles d'amour (Bergk, fragm. 43, 44).