LES !• A Ç A D I-. S > I
« de bien et de donner de bons exemples.
« Ce qui m'a le plus surpris dans ta lettre, « c'est la nouvelle de ce titre que le Saint- « Père a daigné t'accorder en récompense « des services que tu as eu le bonheur de « lui rendre au ministère des Affaires étran- « gères. C'est un titre bien important pour « un homme de ta classe, mon cher enfant, « et il me semble que Sa Sainteté dans « l'excès de son indulgence a un peu exagéré « la récompense qui t'était due. Il est vrai « que ta grand'mère était d'une noblesse de « vieille roche et c'est sans doute à cette « circonstance qu"il faut attribuer la décision <' du Chef des fidèles. J'en remercie Dieu « de tout mon cœur, en le suppliant de te « conserver toujours, même dans la haute « position que tu vas occuper, la pureté et « la simplicité du cœur.
« Tu sais combien je suis patraque et a combien j'ai de difficulté à me mouvoir, « même pour les choses les plus simples de « la vie ; tu ne t'étonneras donc pas ni n'en « voudras à ta pauvre mère, si je ne viens « pas assister à ton bonheur ni apporter ma « bénédiction de mère à ta pieuse fiancée. « Tu lui diras, bien mieux que je ne pour- « rais le dire à une grande dame comme « elle, combien je l'aime déjà et combien je « serais heureuse de la voir un jour.
(' Tu ne saurais croire, mon fils, comme
5l6 LES FAÇADES
« je suis heureuse et fière de toi; quand je <' pense... »
Elle poursuit ainsi, intarissablement, avec ce plaisir d'écrire que les seuls provinciaux connaissent, la longue lettre, la lettre aux paginations infinies que son fils lira en rougissant, en sautant les inconsciences de l'ironie. De temps en temps, ses yeux se lèvent sur une photographie placée en face d'elle ; c'est Pierre en costume de première communion, les cheveux frisés « au sucre ». aussi raide en sa veste courte que le cierge qu'il tient à la main.
Les plis des coteaux enveloppent, bordent de sérénité le repos de mère, l'admirable illusion qui ne tombera jamais : les nuées de mai se jouent dans les pans du ciel pur entre les cimes d'arbres sur les crêtes, moirent eu caprices d'ombre et de soleil le sol de la vallée et l'eau du torrent ; . . . Mme veuve Lemesle écrit toujours; elle aussi, imperturbablement, de sa foi sûre et vigoureuse, masque les ruines, relève et fait surgir de l'écroulement les nouvelles Façades.
Tab
Premicrc Partie
CUAPITKE !'='■ 3