‹ Les FaçadesChapitre 19 sur 21 · I. i:S I- A CAD ES · texte numérisé non relu

I. i:S I- A CAD ES

dont le haut s: perdait eu carbonisations confuses.

M. de Fontevrault murmura :

— On n'a pas trouvé d'autres bijoux r

— Non. monsieur, tout le corps était pour ainsi dire en poussière.

Pourtant on venait d'apprendre qu'un des corps avait été reconnu.

Un commissaire de police, le procureur de la République s'avançaient, interrogeaient Hubert.

— Il me semble que ce corps est celui dj Mme la comtesse de Rabutin. ma cousine; je crois reconnaître cette médaille, je ne puis rien affirmer.

Le commissaire dit à un agent :

— Il faudrait trouver un indice certain. Les chaussures portent peut-être le nom du cordonnier.

Hubert se détourna pendant l'enquétj sinistre et un instant après, l'homme revint.

— En retirant le bas on a trouvé le second doigt du pied gauche recouvert d'une petite bande de diachylum qui a dû être posée sur une blessure.

Sartines regarda Hubert qui. blénie. assura sa voix :

— Il faudrait prévenir M. le comte de Rabutin et qu'il vienne avec une femme de chambre de ma cousine. Ce détail est sans doute une indication précieuse.

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Il donna l'adresse, salua le fonctionnaire, et sortit, au bras de Jacques.

Mais dans la voiture ses forces se rompirent, et il se mit à sangloter comme un enfant sur Tépaule de son ami.

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Pesée de trois quarts sur sa banquette Directoire, aux deux dossiers raidement cambrés, la jeune femme laissait pendre, comme l'aile d'un oiseau las, son éventail aux dentelles gouachées. La caresse fauve d'une longue zibeline ondulait autour des épaules décolletées, tombait jusqu'au bout du pied aperçu, accompagnait bien l'ensemble, la soie ancienne aux plis massifs de la robe, la douceur blonde et ronde des cbairs. File

inclinait un peu sa jolie tète, comme pour écouter, et son sourire semblait répondre à la phrase d'une causerie invisible. Tout le portrait, traité d'une manière mondaine et câline, était nuancé de charme, modelé en tons un peu mous, mais agréables. Un accord entrevu de meubles habituels, de bibelots obligés, de tentures reconnaissables. la faisait chez elle en cette toile, localisait une attitude, la grâce coutumière d'une pose. Dans la salle d'exposition, aux peintures disparates, ce cadre rayonnait une atmosphère d'élégance heureuse, transformait l'angle où il était placé n un coin de salon intime...

— Bien joli, ce portrait de Mme Grandier. murmura Emmanuel de Caudale.

Jacques de Sartines s'était arrêté ; ses veux s'appuyèrent sur les traits de Jacinthe et s'éclairèrent d'une lueur humide.

Caudale s'écria :

— Comment 1 Ça te fait encore cet effet-là !

Mais l'autre ne répondit rien, les dents serrées et le sourcil dur.

Devant lui c'était l'image apparue dans la serre de Belabri, le reflet envoyé par la glace complice : attitude pareille, semblable robe, même éventail ancien aux gouaches galantes. Il sentit, en son cœur, la même impression qu'alors, en la minute furtive. cette impression de mirage et d'irréel, d'apparence

émanée de Jacinthe; — elle n'avait été, elle ne serait jamais pour lui qu'un fantôme intangible et lointain.

Sartines entraîna Candale hors des salles, sous le dôme immense et vitré du Palais des Machines. Il en tombait un jour de verre, une clarté blanche et polie qui veloutait les contours des plâtres et des marbres, baignait les plantes vertes, les colonnades du petit hémicycle. Bien qu'il fût à peine dix heures du matin, le jardin commençait à se remplir d'une animation lente et flâneuse.

— J'ai rencontré Hubert, l'autre jour ; il arrivait des Aulnaies... dans un état!... C'est un homme fini. Depuis la mort de sa mère, il s'est mis à jouer un jeu d'enragé; il fait des différences de cinquante mille francs par soirée. Il ne vit plus que pour ça et par ça. Un garçon qui n'avait jamais touché une carte !

— Je l'ai rencontré aussi une fois ; il m'a dit : « Quand je me souviens qu'il y a un an. j'ai été, un matin, chercher ma mère et que je l'ai trouvée morte dans un lit d'hôpital ; quand je pense qu'elle a lutté, tout-e une nuit, contre l'agonie sans personne de nous auprès d'elle, — elle qui nous aimait tant;... quand je pense à cela, vois-tu, je n'ai plus qu'une idée, c'est d'en finir. »

— Et tu sais comme moi ce qu'il cherchait pendant cette nuit terrible au

Palais de l'Industrie, et ce qu'il y a trouvé.

— On dit qu'il se remarie...

— aui r

— Rabutin.

— Non! — Raconte-moi ça; ça me fera un écho. — Avec qui ?

— Tu ne croiras jamais... Mme d'Arcole.

— Rabutin avec Mme d'Arcole !... — Tu es fou, voyons !

— Tu sais que d'Arcole a laissé sa fortune dans un état épouvantable; elle, de son côté, a mangé tout ce qu'elle a pu. Rabutin est très riche ; il la tire d'affaire par ce mariage. — Mais ce qu'il y a de plus joli, c'est qu'il dit qu'il la fait ainsi rentrer dans son vrai

monde Et il ajoute : « car enfin le duc

d'Arcole... »

— C'est vrai, ça ne peut pas lutter avec lui. — Ce que c'est cocasse, mon Dieu 1

— Au fond, il est d'un flatté !

— Et Tchenko ?

— Il jouera la marche nuptiale à l'église, le jour de la cérémonie.

— Tiens; M. de Mesmes.

Le marquis de Mesmes les abordait :

— Bien tombé ce fameux vernissage. Autrefois il y avait de la racaille, mais c'était des artistes ; maintenant il n'y a même plus d'artistes, mais il y a encore plus de racaille. — Qu'est-ce que c'est, je vous prie, que tous ces gens-là ?

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— 11 y a du monde officiel, dit Sartines.

— Je cherche ma fille. Avez -vous vu son portrait ?

— Oui ; charmant.

— X'est-ce pas ? Voilà le mot: charniant. Comme j'aime mieux cette peinture- là, propre, agréable, que toutes ces horreurs vertes et jaunes qu'on nous fourre comme du nouveau. Au moins, plus tard, quand ses petits enfants la regarderont, ils pourront se dire qu'ils avaient une jolie grand'mère.

Jacques demanda :

— Mme des Ormes est contente de son voyage ?

— Enchantée ! Vous savez qu'ils avaient loué V Albatros pour leur croisière dans les Cvclades. Mais ils en ont été si contents. qu'ils viennent d'acheter le yacht...

Il aperçut Mme de Joyeuse et manœuvra pour s'écarter de Candale qui dit à Jacques :

— C'est lui qui est devenu snob et c'est son gendre, à présent, qui est un homme comme il faut. — Car, tu sais, il est vraiment très bien maintenant ce Grandier...

Qu'est-ce que ça peut te fiche, puisque tu aimes Léontine qui est si gentille ?

— Jamais, jamais je n'oublierai... Ah! le jour où elle m'avait dit de venir chez elle. le jour où je n'ai pas pu, où Léontine m'a fait cette scène ! Dire que j'ai peut-être raté pour ça tout le bonheur de ma vie.

— C'est-à-dire que vous vous trouveriez aujourd'hui dans une situation impossible. — Est-ce que tout ne vaut pas mieux comme ça ? Va, les choses s'arrangent toujours comme il faut qu'elles s'arrangent. — Qu'est-ce que c'est encore que cette jeune fille qui est avec elle ?

— Avec qui... avec... ta femme ?

Mme de Joyeuse passait, suivie d'une enfant blonde aux traits délicats et pales. Leur marche rythmée dans l'atmosphère diaphane laissait un sillage de charme.

Emmanuel souffla à son ami.

— Aurora a pris du chic, elle aussi. — Elle est mieux que de mon temps.

Le soleil, un moment plus vif. versait dans le hall immense un éblouissement bleu aux contours d'un violet tendre, mêlé de roses et de verts, et le papillotement léger de toutes les surfaces claires croisa dans l'air des réseaux infinis de nuances.

— On dirait qu'il pleut de l'arc-en-ciel. dit Jacques. — Ah ! Regarde.

Lourde. Mme Millier de Fernandez s'avançait au bras de Lemesle. Ses reins et son ventre sanglés la raidissaient, rejetaient son torse et sa tête en arrière et elle marchait avec une lenteur pénible et presque majestueuse. Les frêles moustaches de l'attaché s'évaporaient dans l'ombre épaisse et dominatrice de sa compagne, ses étroites épaules s'effaçaient.

— Il parait qu'elle est follement riche; elle a trouvé dans la fortune personnelle de sa fille des terrains pétrolifères qu'on n'avait pas exploités ; aujourd'hui ils sont en pleine valeur, c'est une fortune qui ne se chiffre pas.

— Ça ne l'empêche pas d'épouser Lemesle ? — C'est beau. ça.

— Tu n'as jamais entendu M. de Joyeuse causer avec Lemesle?...

— Tu comprends que je ne vis pas dans une intimité absolue avec mon successeur.

— Pardon, mon bon Emmanuel. — Mais moi, l'autre jour, j'étais aux courses à faire mon sale métier de reporter et je les écoutais. M. de Joyeuse n"a jamais pu savoir comment Lemesle s'appelait au juste; il hésite entre Le Merle ou Du Mesle. mais ne sort pas de là. Et il n'y a rien de drôle comme ces conversations où l'un dit avec componction : ^L le duc. pendant que l'autre ànonne. cherchant avec désespoir, et de très bonne foi. ce nom. qu'il ne peut pourtant pas ne pas ajouter au mot « monsieur »... pour conserver les distances.

— Tu devrais mettre tout ça dans ton article.

— Ah bien ! Ce qu'ils me fourraient à la porte, à la Sportive!

— C'est vrai, mon pauvre vieux ; comme ça doit t'embêter tout de même de dépendre de toute cette clique-U.

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Et dans cette phrase — involontaire, insaisissable — perçait le mépris profond, le mépris physique, de Thomme qui ne fait rien, qui « vit noblement », pour celui qui travaille et qui gagne.

— Qu'est-ce que tu veux, dit Jacques, je ne peux pourtant pas me faire entretenir.

Mais leurs destinées étaient trop pareillement dévoyées pour qu'ils pussent les disjoindre; déjà, du coin des lèvres, un sourire les réconciliait et ils marchèrent dans la foule qui s'épaississait, en regardant les femmes, avec ces mots et ces réflexions des hommes entre eux qui flétrissent les chairs ou les font rosir sous les vêtements des passantes.

— Au reste, tu sais ce que Mme d'Arcole a répondu à Lemesle quand il a cru devoir lui annoncer son mariage avec Mme Muller de Fernandez?

— Non.

— Elle lui a dit en le toisant de cet air admirable que tu lui connais : — Eh bien, mon cher, soyez heureux ; je le souhaite de tout mon cœur. — Seulement, il y a une phrase que je vous conseille d'éviter si vous parlez jamais à quelqu'un de votre félicité. — Ah ! laquelle ? demande l'autre imbécile. — Ne dites jamais : « Je suis heureux comme un poisson dans l'eau. »

— Pas mal.

Des groupes se tassaient devant une blancheur fantômale de statue dont la pose mystérieuse les frappa.

— Qja'est-ce que c'est que cette machine ? demanda Caudale.

— Ah! la voilà donc, murmura Surtines.

— C'est une farce?

— On ne sait pas.

Et Sartines continua :

— Comme c'est curieux ; à la première vision, j'ai cru qu'on exposait la reproduction de quelque sculpture préhistorique retrouvée. Cela a la grossièreté et en même temps le surnaturel et la majesté de certaines idoles de l'âge de pierre.

Emmanuel proposa :

— Si nous nous en allions ; cette foule devient poussiéreuse et Juliette doit nous attendre pour déjeuner. — Tu sais que Léontine vient nous rejoindre.

— Comment pourra-t-elle?

— Elle a écrit à Juliette qu'elle s'arrangerait pour prendre deux heures. — Partons-nous, j'ai faim.

Ils se trouvèrent sur l'avenue de la Bourdonnaye et le changé du jour, maintenant direct et cru, attrista leurs nerfs, sensibilisés en migraine vers les tempes.

— Tu retourneras au Salon après déjeuner?

— Il faut que je note quelques noms.

— Tu n'as pas besoin de nous quitter; tu trouveras les noms dans un journal de l'année dernière,... c'est toujours les mêmes.

— Vois-tu si je citais des morts notoires !

— Comme c'est drôle la vie ; cette affreuse catastrophe du Bazar, c'est déjà oublié; le lendemain, je me rappelle, tout avait l'air écroulé ; tout est rebâti maintenant. Les gens qui disparaissent, on dirait qu'ils tombent d'un train ; la vitesse ne s'arrête pas, et dans les compartiments les autres continuent à causer et à vivre. — Si tu savais comme je suis content de ne plus en être, du train, moi, d'être terré dans ma vie de collage, avec cette bonne Juliette et mon petit Raoul. — C'est jpas bien chic, je sais bien, d'avoir accepté la rente; mais qu'est-ce que j'aurais fait sans ça? Surtout, maintenant, il faut que j'économise pour laisser quelque chose à ce gamin.

Ils s'arrêtèrent devant une haute maison de l'avenue de Breteuil et montèrent jusqu'au quatrième, un escalier clair, aux marches raides et bien cirées. Derrière la porte à laquelle ils sonnèrent, on entendait des cris aigus d'enfant et une bonne vint ouvrir, traînant des savates claquantes!

— Ah bien ! Monsieur le comte, madame attend après vous depuis une heure.

Sartines regarda Emmanuel qui rougit.

— C'est Juliette qui a voulu que je

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reprenne un titre ; mais je trouve prince un peu gros, pour vivre comme je vis. - — Tandis que comte. m.-i foi. c'est comme \c don en Espagne, ça ne signifie rien. — Est-ce qu"on déjeune. Marie ?

Un bébé aux pas écartés, ravi de marcher, apparut dans une porte, grave à la vue des deux hommes, puis soudain levant ses deux petits bras d'un geste d'automate, il cria :

— Pa-pa !

Détachant les syllabes comme s'il épelait dans sa pensée confuse. Cindale l'enleva dans ses bras, l'éleva.

— Est-il beau. hein!...

Il ajouta en sourdine :

— Pour le fils d'un impuissant.

Le salon était hybride : les meubles de peluche de la rue Lamarck mélangés avec des débris de la magnificence princière. quelques grands portraits de famille aux murs, des miniatures et des bibelots anciens sur une magnifique commode Louis XIV.

qui supportait aussi une volière.

La porte de la salle à manger s'ouvrit, montrant une profusion d'assiettes accrochées sur une tenture d'andrincplc. et Juliette demanda :

— Mme de Sartines n'est pas encore arrivée ?

Emmanuel vit la contraction des lèvres de Jacques, lui jeta un coup d'oeil suppliant :

— A cause de la bonne, souffla-t-il.

Et dans l'entrée on entendit une voix claire qui lançait :

— Mme de Candale est là? — dites que c'est Mme de Sanines.

Léontine entrait.

Du Puv d'Arazac les châtaigniers descendent jusque dans la vallée, nuée de vapeurs bleues, où le Gave frémit en risées d'argent. Dans la blanche maison notariale, assise à la fenêtre d'où l'on voit le pont de travers qui enjambe le torrent, Mme veuve Lemesle écrit à son fils :

'( Je suis bien heureuse, mon cher Pierre. « de tout ce que tu me dis dans ta lettre et « je m'associe à ta joie dans mes prières « comme je vis avec toi dans mes pensées. « Le mariage que tu fais m.e plaît beaucoup ; « je comprends qu'avec les sentiments de « sincère piété qui t'animent, tu aies résisté « aux entraînements du monde pour prendre « une compagne digne, sérieuse et d'un « caractère solide ; tu me dis que Mme Mùller « de Fernandez est un peu plus âgée que toi. (' j'en suis bien aise pour ma part, parce « qu'elle est ainsi plus en état qu'une autre « de comprendre les devoirs un peu austères « que comporte le mariage chrétien. Tant « mieux aussi si sa fortune est considérable, h vous serez à même de faire beaucoup

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