SA VIE. SON ŒUVRE ET SES TRADUCTEURS
\IK m: POGGIO iUSAlXlOLLIM
Jly avilit déjà cifKj ans que lïiuieur du Decamcron n'était plus, lorsque naquit le Pogge, « ce Voltaire florentin; » ]»ersonnage grave, érudit, l'un de ceux que l'on a appelé les « (3ladiateurs de la République des Lettres », plus connu pour son recueil de facéties que pour ses autres écrits et les services signalés qu'il rendit aux lettres. Son nom n'évoque en efl"et qu'une idée peu morale et la faute en est uniquement à ce livre de malheur, « or, tout homme ami de la décence. ditGinguené. trouvera que c'est une puniti-jn assez forte de l'avoir fait, que de n'être connu de la plupart de leux qui lisent, que par celte débauche d'esprit, ■<piès une vie aussi longue, aussi laborieuse et aussi utile
t. L'u.«ag(.' a j. révalu en France de dire I.c Pofjffe comme on i\\i I.v Danic, mais Voltaire, en citant ce savant dans son Esmi sur les Minirs parmi les premiers restauraleurs des lettres, l'appelle de son nom italien Poggio, après lui Ginguené dans son Hisfoire lillcraire d'Italie, Ch. Nisard dans ses Gladiateurs de ta Rifiuhlique des lettres, et bien d'autres, ont conservé la forme italienne tl nous avons suivi leui- exemple comme absolument logique.
\ I I.NÏRODI'CTIOIN
aux lettres que le fut celle de l'auteur (1).» Les eompati'iotes de Rabelais, ceux dont les aïeux, dans le bon vieux temps, se délectaient des mystères, des fabliaux et des contes, ceux qui ont savouré les œuvres de La Monnoie, de La Fontaine, et toutes les productions élégantes, mais cantharidéesdu dix-huitième siècle, trouverontcejug-ement un peu trop sévère, rogge.en ce genre, avait de nombreux devanciers et il a eu depuis de plus nombreux imitateurs. Si ce n'est point une excuse, on trouvera du moins la justification de l'auteur en ce qu'il vivait, comme dit La Monnoie, '< dans un siècle de bonne foi et d'ingénuité, où il était permis à la plume d'exprimer ce que le cœur sentait (2). »
C'est dans la petite ville de Terranuova (3) en Toscane, au pied du massif Cemenlino, sur les rives d'un afiluenl de l'Arno, que naquit en L3S0, Poggio Bracciolini, dont le père Guccio(i) Bracciolini exerc^ait les fonctions héréditaires dans sa famille, de notaire grefl'ier dans un petit village voisin appelé Lanciuolino. (]etle famille était de souche ancienne et possédait des armoiries « parlantes »: un dextrochère armé d'un javelot (5). Le nom de Poggio (6) qui l'ut donné à l'enfanl, était celui du grand-père qui avait légué à son fils des propriétés assez considérables; mais soit par son imprudence, soit par des revers, celui-ci eut le malheur de recourir aux usuriers, qui le saisirent et
\. GiXGUKXK. — Histoire liUéraire dltalie t. :">, ctiap. IX, p. 321.
;'. La Monnoik. — (Euvres choisies,!. 11, p. [li.