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des sexes est indispensable à la conservation de la ra.ce ; cette nécessité, Dieu l'a établie non seulement pour l'homme, mais encore pour tous les animaux. Je pense donc qu'on agit avec plus de sagesse en suivant la loi commune, en se pliant aux convenances sociales, en ayant des enfants qui contribueront à la splendeur de la cité, plutôt que de mener seul une existence stérile après avoir fait fi de la coutume générale, de s'être privé de cette parfaite et inaltérable amitié qui est la suile du mariage, ainsi que d'une affection de toutes les heures. 11 est honteux et contre nature que l'homme, né pour vivre en société, annihile en lui la faculté génératrice et dédaigne l'association conjugale, la meilleure et la plus agréable de toutes. Les êtres privés de raison sont poussés par l'instinct seul au rapprochement du mâle et de la femelle, en vue de la procréation et de la conservation de leur espèce, et l'homme, doué d'intelligence, dont la fécondité a une bien plus haute portée que celle des brutes, donnerait, en ce point, des signes d'infériorité? Ne pas user de la faculté de reproduire, véritable don du Ciel, ce serait vouloir aboutir à la destruction de la race. Examine un peu, mon cher Niccolo, si tu n'es pas dans l'erreur, s'il n'y a pas d'exagération à vouloir faire adoj)ter par un sage une manière d<' vivre qui, fatalement, amènerait la disparition des cités, du genre humain, du monde entier. Pourrait-il être taxé de sagesse, celui qui irait ainsi
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à rencontre de la loi et du but de la nature, de ce principe qui est la base de toute vie bien ordonnée. Il n'est pas exact de prétendre que le mariage détourne des travaux littéraires. Leurs femmes ne furent pas un obstacle aux loisirs studieux de Socrate, de Platon, d'Aristote, de Tliéophraste. et. chez nous, de Caton l'Ancien, de Marcus TuUius. de Varron, de Sénèque, et de tant d'autres savants; bien plus, ils ont surpassé en érudition et en mérites de tous genres ceux qui avaient dédaigné le lien conjugal. Celui qui s'abstient du mariage tourne à l'adultère, devient victime de son inconduite, s'enfonce dans la vie la plus odieuse. Ne me cite pas en exemple la pureté de ta vie; il en est bien peu qui soient vertueux au même degré. Afin d'assurer une existence honorable, le mariage doit être désiré. Par ces motifs, quand même on n'en recueillerait pas d'autre avantage, je recommande de prendre femme à tous ceux qui sont en âge d'espérer une descendance, et cela sans m'attarder à l'idée qui présente le mariage comme une véritable servitude. La liberté absolue consiste à vivre à sa guise. Tu la trouveras seulement dans le mariage, car là, loin d'être esclave. tu commandes en maître, tu es délivré de mille pensées excentriques qui assiègent sans cesse les célibataires ; ta femme est là, prête à obéir et à t'être agréable.
Les vieillards surtout, je l'affirme, malgré l'opinion contraire que tu émettais il y a un ins-
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tant, doivent se marier. Exempts de libertinage, d'étourderie , d'inconstance, d'imprévoyance, à l'âge où ils s'engag-ent, ils sont plus aptes aux affaires, ont plus de prudence et peuvent ainsi recueillir les fruits les plus sûrs et les meilleurs du mariage. Ils savent ce qu'il faut fuir ou rechercher ; leur sagesse sert de guide à rinexpérience, leur modération sait inspirer la retenue dans les désirs. Si la jeune femme chancelle, ils la retiennent et façonnent à leurs habitudes ce caractère encore indécis.
Et Niccolo de rire.
« Alors, tu te fais le champion de tous les vieillards sans exception, et cependant bon nombre sont pires que des enfants et n'ont pas plus de raison.
« On rencontre des fous à tout âge, reprit (^arlo, autant parmi les jeunes gens que parmi les vieillards, et pour tous, c'est chose également pénible. Mais notre attention ne doit être attirée ici, ni par celui-ci, ni par celui-là, nous plaidons la cause des vieillards en général. Quant à moi, faisant appel à la raison qui doit toujours nous guider, non seulement je ne blâme pas le mariage des hommes mûrs, mais j'y trouve des garanties qui font défaut dans celui du jeune homme.
Et d'abord aucune loi, nulle coutume, que je sache, ne détendent aux vieillards de prendre femme. De même que le gouvernail du navire est confié, avec raison, à celui qui est le plus avancé en âge, ainsi, celui qui a une longue expérience de|j
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la vie est mieux préparé à diriger un ménage. Telle la vigne dont les sarments rampent à terre ne se relève qu'en accrochant à un support ses vrilles qui lui tiennent lieu de mains, telle la jeunesse si faible est sujette à se laisser choir lorsque Tappui protecteur d'une personne dans la maturité lui manque. Loin de pouvoir diriger les autres, les jeunes gens ont peine à se conduire eux-mêmes. Que savent-ils des choses? Leur raison est-elle suftisamment formée ? Pour ne citer qu'un des inconvénients : il arrive souvent qu'une jeune fille est destinée à épouser un garçon de son âge et qui n'a encore subi aucune épreuve. A-t-il des qualités morales, de la prudence? Se rend-il compte de la manière dont il devra gouverner sa vie ? De l'imprévoyance des époux, à un moment où le vice a tant d'attraits, pourront résulter de grands troubles dans l'avenir. Ces jeunes époux seront l'un pour l'autre une cause perpétuelle d'angoisses en s'adonnant à leurs passions, qui n'auront pas été refrénées par une volonté trop vacillante et un manque de prudence. Prenons un exemple. La plupart des jeunes gens dissipent leur patrimoine et, ])Our le reste de leur vie, sont réduits à la misère, partagée par leurs enfants ; le besoin fait tomber les femmes dans la débauche. Bon nombre d'entre elles doivent leur chute aux folles dépenses et aux extravagances de leurs jeunes maris ; ce qui prouve combien les parents ont eu tort de leur confier leurs filles.
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Quelle dilférence pour les vieillards! Leur vie passée est connue, elle s'est étalée au grand jour. De suite on est renseigné sur leur caractère et leur manière de vivre, leur fortune, leurs revenus, leur prudence, leur santé. On sait s'ils sont enclins .ni vice ou portés à la vertu. A leur âge, il n'y a pas à redouter de voir leurs habitudes se modifier en bien ou en mal. La vieillesse est. par excellence, l'âge auquel on est prudent, prévoyant, où l'on ne laisse rien au hasard. Lun dirigera admirablemeni sa femme, relèvera une fortune qui périclitait, fera régner l'ordre au foyer domesii({ue. L'autre par d'utiles conseils, calmera l'elfervescence juvénile de sa compagne ; non seulement il conservera la situation acquise, mais il fera en sorte d'accroître la fortune pour ses enfants, (^omme les fruits, l'homme voit venir l'époque de la maturité ; c'est le bénéfice le plus appréciable de la vieillesse.
Qu'on ne me parle pas de ces vieillards souffreteux, cacochymes, d'une humeur morose, plus insupportables souvent (jue les enfants ; il ne saurait être (jucstion d'eux ici. Jeune ou vieux, tout homme qui n'a pas la pleine possession de ses facultés doit être écarté. Toutefois, chez le jeumhomme, la folie est plus triste, parce qu elle provient du peu de connaissance ([u'il a des choses et de son manque d'habitude pour conduire une maison.
La vieillesse étant au plus haut degré l'âge de l'expérience, de la vertu, de la sagesse, comme elle apporte plus de diligence et témoigne plus
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dattention pour les intérêts du ménage, je prétends que pour ravantaue de tous, pour l'appui qu'en retire la communauté conjugale, pour le soutien réciproque et la mutuelle assistance qu'il procure, il est désirable que le vieillard s'engage dans le mariage, môme lorsqu'il n"a pas d'espoir d'avoir de postérité.
J'entends qu'il choisisse non seulement une épouse, mais une épouse dans toute la fleur de la jeunesse. Tout d'abord, le souffle pur et chaste d'une jeune fille regaillardira la vieillesse et la conservera dans son intégrité. A peine sortie de l'enfance, la jeune tille, comme une cire molle, prendra l'empreinte du caractère et de la volonté de son mari, promptemenf elle s'habituera à satisfaire ses désirs, à régler ses goûts et ses répugnances d'après ce qu'elle aura remarqué chez lui. On éprouve moins de peine à diriger des tiges tlexibles que de vigoureux rameaux, et une jeune tille s'accoutumera avec moins de difficulté à la façon de vivre, que ne le ferait une femme rendue [dus exigeante par l'âge ou par l'épreuve d'une première union. Obséquieuse, un signe de toi suftira pour (ju'elle comprenne, n'ayant aucune mauvaise inclination, elle se fera facilement à tes hal)itudes , cherchera à te plaire, te respectera, apprendra à discerner le bien du mal. Pour atteindre ce but. tes conseils de chaque jour et le uenre de vie que vous aurez adopté suffiront.
< hiant à ce qui est du devoir conjugal, à moins
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que la vieillesse ne s'y oppose complètement, tu t'en acquitteras avec une modération que ta femme elle-même — si elle est chaste — sera la première à approuver, ne faisant rien que la raison n'autorise et seulement en vue d'avoir des enfants. Nous voyons les jeunes gens élevés dans les monastères, dans rimj)ossibilité où ils sont de sortir et de s amuser, en perdre l'habilude et même l'envie, ne plus penser à jouer et n'avoir pour les choses extérieures qu'ils ont perdues de vue aucun attrait. La privation continuelle vient à bout, chez eux, de ce que l'âge et la nature sembleraient réclamer. De même, on rencontre des jeunes tilles qui, séparées du commerce des hommes et des femmes, ne sont troublées par aucune tentation charnelle. Il n'est pas surprenant alors que des jeunes vierges mariées à des vieillards, imbues des conseils et des recommandations de leurs époux, dédaignentla séduction de voluptés quelles ignorent et se conforment à la volonté de celui qui leur est supérieur en âge, trouvant sage de se régler d'après les lois de la prudence et de la raison. Elles désireront surtout voir leurs maris bien portants, mettant sa santé au-dessus de tout et la préférant à des plaisirs qui passent rapidement. Elles s'estimeront heureuses d'avoir été unies à des hommes qui, c'est le point principal dans un ménage, peuvent régler la vie d'intérieur et assurer convenablement, suivant leur situation, le train de la maison.
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Ainsi, à mon avis, il est préférable pour une jeune fille d'épouser plutôt un vieillard qu'unjeune homme. Malgré le vieil adage : Qui se ressemble s'assemble, il sera sage pour elle de s'attacher à un homme que son âge met à l'abri du besoin, qui est prudent, vertueux, dont elle ne recevra que de bons conseils pour se guider dans la vie, plutôt que de se confier à un jeune homme dont la conduite pourra lui donner des transes perpétuelles, qui pourra mal tourner, sera inconstant, sans prudence, sans règle de vie arrêtée et, pardessus tout, inhabile à élever ses enfants. Et s'il suffit de l'inexpérience d'un seul pour compromettre l'avenir de la famille, que sera-ce si deux étourdis s'unissent dans l'âge des folles passions ? Que de tristesse, quelle désolation dans ce ménage ! Tous les jours on voit des jeunes gens auxquels la sagesse fait complètement défaut, n'ayant aucune notion de la vie, aucune idée de la conduite à tenir; aussi, n'est-il pas nécessaire de s'attarder à le prouver par le raisonnement.
Tu soutiens également qu'un vieillard sera privé de diriger l'éducation de ses enfants, que la mort viendra avant qu'il ait pu en faire des hommes vertueux ; pour moi, je ne vois pas pourquoi les jeunes gens seuls auraient ce privilège. Jeune ou vieux, nul ne connaît qu'elle est la limite fixée à sa vie, toutefois, les chances de bon tempérament et de longue existence ne militent-elles j)as en faveur de ceux qui ont vigou-
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reusenient atteini la cinquantaine ? A travers le> incertitudes et les difficultés de la vie, leur santé s'est affermie contre les maladies et, par un exercice continuel, ils ont accoutumé leur corps à endurer la fatigue. Que déjeunes gens terrassés par certaines maladies dont les hommes faitsn'ont rien à redouter, car elles ont plus de prises sur les premières années, semblables à la cire que fait fondre un souffle plus chaud. Certes, aucun âge n'est à l'abri, tous sont tributaires d'une foule de maux, cependant le jeune homme est bien plus exposé que le vieillard, soit qu'à son Age il est naturellement frêle et délicat, soit parce que ne gardant aucune mesure, il ne sait rien refuser à ses passions, ce qui le prédispose aux plus graves infirmités. Au contraire, l'homme mûr, d'une santé robuste, éprouvée, trouvera dans son expérience le moyen de lutter contre les maladies, de les supporter mieux, ou de les éviter avec plus de prudence ; cest pour lui un brevet de longue vie. Ce serait donc un tort de ne pas faire cas de celui qui peut se promettre encore vingt ou trente années d'existence ; ce laps de lemps est suffisant et au-delà pour l'éducation des enfants. Ces derniers prendront de l'âge, leur intelligence et leur sagesse se fortifieront sous la prévoyante direction de parents instruits, tels, en un mot. que sont les vieillards. Je vais plus loin, l'écUication dirigée par des vieillards présente un avantage considérable, c'est (jue les enfants élevés
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par eux se font remarquer par leur douceur, leur tempérance, leur jugement ; un prre jeune ne sait inculquer à ses fils ni science, ni prudence, ni direction de conduite, attendu qu'il en manque lui-même.
Mais abrège à ton gré l'existence des vieillards, cela empôche-t-il que leurs enfants ne soient pour eux l'occasion d'une grande, d'une profonde joie? Assurément non. Ils en bénéficient durant cette période charmante de l'enfance où la bonne éducation apprend à vénérer son père, à être prévenant pour lui, obéissant, attentionné, à épier ses moindres signes, à ne lui donner aucun sujet de tristesse. Plus tard, les enfants grandissent, ils secouent le joug de la famille, méprisent la volonté paternelle, tournent en dérision les bons avis, entêtés et rebelles, ils prétendent vivre à leur u uise et deviennent pour leurs parents la cause de cruels soucis. Ceux dont la vie s'achève avant ces tristes jours, n'ont recueilli de leurs enfants que de la joie sans aucun mélange d'amertume.
En vérité, je ne sais quelle idée tu as Niccolo, do détourner les vieillards du mariage. Ne peuvent-ils avoir des enfants? Ignorent-ils les soins i|ue réclame une famille? Sont-ils capables de gouverner un intérieur? ïe i)araissent-ils trop affaiblis d'intelligence et de corps? Sans aller chercher dans lanticjuité l'exemple de Caton l'ancien, de Marcus Tullius et de tant d'autres
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personnages illustres, aussi instruits que sages, qui, au déclin de leur vie, épousèrent des jeunes filles, je pourrais citer un de nos contemporains, Galeotto Malatesta. dont le nom et les actions d'éclat aussi bien dans la paix que dans la guerre, ont été admirées d'un bout à l'autre de F Italie. A la fin de sa carrière, à l'Age de soixante-quatorze ans, il prit pour femme une enfant dont il eut quatre fils ({ui, dans la suite, s'illustrèrent à leur tour. L'un d'entre eux est Carlo Malatesta que nous avons connu comme étant un des hommes les plus lettrés et le plus habile général de son temps. Assurément leur naturel d'élite les inclinait déjà au bien, mais les leçons de leur père, sa vertu, l'exemple de sa vie <|ui se déroulait sous leurs yeux, les y conviait aussi fortement Je me persuade, en effet, que ce qui a beaucoup de valeur et pèse d'un grand poids dans l'éducation des enfants, né d'un père âgé, c'est son exemple, c'est sa vie entière qui les exhorte à la vertu. Il y a certainement des jeunes gens vertueux, mais leur influence se fait moins sentir, parce (jue leurs (jualités semblent, pour ainsi dire, l'apanage d'uu autre âge. La maturité, la loyauté, la prudence, Texpérieuce paraissent, à première vue, le lot de la vieillesse, et, de prime abord nous attribuons aux vieillards une autorité dont leur maturité et leur prévoyance les rend dignes. Cette opinion a une influence heureuse sur la jeunesse. Les enfants désireux d'imiter leur pèr<i
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modèlent leur vie, règlent leurs habitudes sur celle qu'ils ont constamment sous les yeux, ils appiennent à obéir, à se rendre compte des moindres nuances, ils ignorent, n'en ayant pas l'exemple à la maison, ce qu'est une chose honteuse, une obscénité, une parole indécente. Us voient, au contraire, près d'eux, des modèles d'honnêteté, de contenance, de modestie et de i^ravité. Pénétrés de ces sentiments dès leurs plus tendres années, si l'appui de leurs parents vient à leur faire défaut, ils conservent pendant toute leur existence la bonne direction imprimée dès leur bas âge. De la sorte, ils deviennent souvent des hommes distiniiués, ayant un cachet à part,
.le le répète : Sans s'arrêter aux avantages particuliers, il faudrait dans l'intérêt i;énéral, que tous les vieillards se mariassent et même prissent déjeunes femmes, il importe beaucoup à l'Etat d'avoir dans la Cité, nombre de citoyens graves, prudents, honnêtes et dont la sagesse fasse contrepoids à la folie des autres.
Ajoute ([ue c'est un grand charme dans la vie <jue d'avoir à ses côtés une personne à laquelle on puisse se confier complètement, communiquer toutes ses pensées, discuter les décisions à prendre, partager la joie, adoucir les regrets, enfin un autre soi-même : consolation f[ui ne se rencontre que dans l'amitié parfaite. Il n'y a pas à redouter (jue Ion épouse ne t'affectionne pas, si elle sait (]ue seule tu l'ainies tendrement, comme il con-
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vient entre époux, que tu lui as gardé ta toi, que tu la considères comme ta moitié et non comme uiio domesti(jue, prévenances pour lesquelles les vieillards se montrent très attentifs. Que de jeunes gens trahissent et déchirent le contrat conjugal. La passion ne bouillonne que trop à leur âge et ne sait pas se contenir dans de justes limites. Souvent une maîtresse est substituée à la femme légitime. On garde le son, comme on dit, ))our la maison et on porte au dehors la farine. De là, des discussions, des querelles, des haines c[ui devraient être inconnues dans le mariage et chez la femme, l'envie de rendre quelquefois outrage pour outrage. Chez le vieillard, combien sont modérés les désirs, leur fidélité conjugale est inaltérable, leur amour uniquement réservé à leur femme, leur raison toujours droite. A cet âge, on nenvie plus le bien du voisin. L'aliection mutuelle et les serments gardés procurent une si Lirande béatitude, qu'aucune autre, en ce monde, ne saurait la surpasser.
il est incontestable que la vieillesse reprend vie et s'égaye au contact d'une jeune épouse. Tu reproches aux vieillards de ne pas valoir grand chose au lit, tandis que nous devons les en féliciter comme de leur principal mérite. Nous ne devons accorder aux plaisirs sensuels, si nous voulons être des hommes et non des brutes, que juste ce qui est nécessaire pour la procréation des enfants ; les animaux, eux-mêmes, ne désirent que
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cela, aller plus loin, c'est plus quo de la beslialité et non le fait d'êtres raisonnables. Il est juste de ne demander à la volupté que le moyen d'arriver au but du mariage. La débauche est stigmatisée comme honteuse et blâmable, non seulement chez les vieillards, mais chez les jeunes gens. La modération des premiers en ce point, doit donc les rendre recommandables. L'homme qui choisit en tout la raison pour guide ; n'entreprend que ce qui est utile ou indispensable. Si donc il découvre chez sa femme quelque appétit déréglé, ainsi que cela se produit chez les malades qui. étreints par la lièvre, désirent manger une foule de choses dont la saveur est agréable, mais absolument nuisibles, il réfrénera ces envies au nom de la raison, et lui enseignera à ne vouloir que ce que la nature réclame et ce (jui est conforme à l'honnêteté.
En n'accordant pas qu'un vieillard puisse épouser soit une jeune fille, soit une veuve, soit une femme d'un âge mûr, laisse-moi te le dire, Niccolo, ton jugement me parait en défaut; tous ne peuvent te ressembler. Le vieillard aura parfaitemenf raison d'épouser une jeune fille, il fera d'autant mieux, que cet enfant, à la fleur de l'âge, n'aura encore reçu que les impressions de la famille, il la pliera à son gré, il lui fera adopter sa manière de voir, il la façonnera à ses habitudes, il la dirigera par son exemple et ses leçons. Il lui apprendra à discerner ce (fui est bien, il lui enseignera le mérite de la continence, en (juoi les
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femmes chastes diffèrent des débauchées, en un mot les limites qu'on ne doit pas franchir. A moins qu'elle ne soit inintelligente, ces sages conseils auront sur elle un tel empire, que si son tempérament vigoureux s'insurge parfois, elle saura le dompter et n'aura d'autre règle que la volonté de son époux.
S'agit-il dune veuve au lieu d'une vierge? Celle qui a connu un jeune mari se souviendra du temps où il la délaissait, l'abandonnait pour courir après une autre, où une aventurière lui était préférée, où on ne lui réservait que des paroles blessantes, trop heureuse quand les coups n'accompagnaient pas les injures. Bien souvent ses toilettes étaient vendues, ou données en cadeau à une maîtresse. Tout cela lui revient à l'esprit en même temps que l'inconséquence de la jeunesse, les embarras de la vie, la fragilité de la foi conjugale. Quel changement depuis qu'elle est l'épouse d'un vieillard ! C'est avoir trouvé le port après la tempête.
L'âge avancé de celle qu'il désire avoir pour compagne, ne devra pas, non plus, faire reculer le vieillard. Sans doute, il n'aura pas d'enfants, mais il la recherchera pour le charme de son esprit, pour que leurs deux faiblesses se prêtent un mutuel appui. Ce (ju'un homme robuste ne peul, (fuel({uefois, ne pas pouvoir faire seul, il y • parvient en sadjoignant un être plus faible ; avec un peu de secours, on réussit des choses pour
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lesquelles oa était impuissant tout seul. Ainsi encore, une main unique est maladroite, mais deux mains s'assistant viennent à Ijout de grandes difficultés. Ainsi, dans l'union qui nous occupe, ce qui fait défaut à l'un, l'autre y supplée.
Tu as prétendu également que, selon les probal)ilités,lcs vieillards ont leurs jours comptés. Je ne nie pas que pour eux le terme du voyage soit })rochc. Mais leur vie n'en est que plus parfaite, ils la terminent avec honneur. N'est-il pas préférable de vivre moins longtemps, mais vertueux, que d'atteindre la longévité des cerfs dans la lâcheté, la sottise, l'ignorance et l'erreur? Souvent, plus l'existence se prolonge, plus elle présente de danger et devient tributaire du vice ; celle des vieillards (je n'appelle ainsi que ceux qui sont dignes de ce nom), tant courte soit-elle est exempte de ce reproche. L'es]>rit vigilant, la vigueur intellectuelle, la raison ont atteint leur maturité. Elle est, pour ainsi dire, le sanctuaire de la vertu où l'on savoure les fruits d'une vie bien remplie.
C'est donc chose claire. Tourne toi de quel côté que tu voudras, te A'oilà forcé de m'accorder que la vieillesse rend d'utiles services dans le mariage, qu'elle est à la hauteur des exigences de la vie et que nous devons la désirer avec ardeur, si nous voulons vivre dans la vertu et atteindre la per fection. »
Avant qu'il eut terminp, jKiccolo s'écria :