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(juoi jo voudrais que vous iissiez oiialniHCjii cl*' moi un âne ' . »
Eli coste Faoécie sont repi'ins les Seigneurs que, s'ilz ont ung bon serviteur qui les a servis loyaument, ne lui tiennent compte de le pourveoir, mais pourvoyent plus lost ung nouveau venu que riens ne sçaura et qui aulcun l)on service à son maislre laict n'aura, ce qu'on voit souvent advenir. Sont rej)rins aussi ceulx qui donnt'nt les ]>énélices, oflices -et dignitez. à gens ygnares et iiisulUsans de les obtenir.
Le Vicomte Januolo -.
Un jour, un individu de sa connaissance, ayant demandé à Antonio Lusco, homme très instruit et plein d'esprit, de vouloir Lien examiner une lettre qu'il adressait au Pape, celui-ci lui conseilla diverses corrections et suppressions. Le lendemain, le susdit individu lui soumit de nouveau la lettre, comme s'il avait suivi ses conseils. Après un coup d'œil Lusco s'écria — : ' Me prends-tu donc pour
1. L'application so peut faire à tous les liommes en général. Ils récompensent non seulement le mérite, mais selon le caprice car les fausses vues de ceux qui les servent, qui les flattent et <[ui figurent d'être leurs amis. Les Princes surtout sont dans cette fâcheuse situation. Pour être à coup sur récompensé d'eux, il faut presque toujours êlrd un sot, mais un sot etfronté. [Réflexion de l'édition d'Amsterdam, ITLÎ)-
2. De Jannoln Vicecomile. 0,>era XVI: — Guillaume Tardif: XVI, p. 5-2. — XoEL I, 29. — LiSEux, n XVI, tome 1, p. 'M.
le vicomte Jeannot? » Comme nous lui demandâmes ce que signifiait cette exclamation, il nous dit : — « Jannoto, notre ancien gouverneur de Vi" cence, était un brave homme, mais tout aussi lourd de corps que d'esprit. Très souvent, il faisait venir son secrétaire, lui ordonnait d'écrire quelques lettres au vieux duc de Milan, il en dictait luimême une petite partie et les formules de politesse; quant au reste, il laissait faire le secrétaire qui lui rapportait bientôt la correspondance terminée. Jannoto prenait la lettre et la trouvait invariablement mal écrite, mal rédigée. — « ('a ne vaut rien, disait- il, va-t-en corriger ça.» — Le secrétaire, qui connaissait bien la sottise et les manies de son patron, revenait au bout d'un moment avec la même lettre, à laquelle il n'avait pas changé une virgule, tout en affirmant qu'il l'avait corrigée et recopiée. Le vicomte prenait la lettre en main, comme pour la lire, donnait un coup d'œil et déclarait: — « Cette lettre va très bien, mets mon sceau et envoie-là au Duc. » Et c'était chaque fois la môme chose ^ .
1. L'application de ce conte est encore d'une bien grande étendue. Ceux qui jugent sur rétiquelte forment un peuple fort quant au siècle jjrésent. Je ne sçai lequel l'emporte des deux en grandeur. Les mauvais juges, ou le peuple tributaire du Dieu Cocuage. Quoi qu'il en soit, le premier comprend les Itelits maîtres, garçons lieaux esprits, précieuses, ])édants, savantes, jaloux, envieux, etc. Il n'en e->t aucun de ceux-là» qui ne soit capable de faire un argument aussi définitif que celui de Maître Janotus de Braqmardo sur les dociles de Paris que Gargantua avait emportées, {lié flexion de l'édition d'Amsterdam, 171;', conte Xlll, p. 48).
LES fa<:eiiks i»k I'ogge 31
Kn ceste Facécie sont repris les ouUrecuydéz qui cuydent plus saiges que eulx déi-epvoir, ceulx ainsi qui, par arrogance ou prééminence d'ofTice ou dignité qu'ilz ont en eulx. feignent et cuydent plus entendre et congnoistre ((uilz ne font, ainsi que Jannot le Vicomte.
Le tailleur de Visconti K
(Pour fdiie peiidaiil à l'hisloire précédente)
Le pape Martin Y- avait chargé Antonio Lusco 3 de rédiger une lettre ; après en avoir pris connaissance, le pontife ordonna de la soumettre à lexamen d'un de nos amis, dans lequel il avait pleine contîance. Mais cet ami, qui était à table
1. De sutore (fuudatn Vice(0)nitis per riani coinparadottis. Opéra XVII. — Guillaume Tardif : Facécie et siunlitude semblable d'un couslurier à uni^ Vicomte. XVII, p. 55. — Noël I, 28. — RiSTELHUBER IX, p. 12. — LiSEux, tome I, p. 39.
2. Olto Golonna, élu pape le il novembre 1417, prit le nom de Martin V; décéda le 21 février 1431.
3. Antonio Lusco, secrétaire de Martin V et colIè>rue de Pogge. En ri23, Martin V l'envoya à Milan pour engager Philippe Visconti à renouveler la paix avec les Florentins, mais l'ambassade resta sans résuliat. En 14"2'i, Francesco Barbaro, préfet de Vicence, fit venir Lusco, pour l'aider à ravoir les lois de la ville, et, grâce à ScS conseils, cette entreprise délicate fut terminée heureusement. Lusco est un des interlocuteurs du dialogue de Pogge : De carielate fortuiia. du dialogue sur l'avarice, et de la troisième histoire conviviale. Il naquit à \'icence et ajjpai'tenait à une famille noble qui tlorissait encore en 17"23. [R .
32 I-ES FACKIIES DE l'OlUiE
et quelque peu pris de vin, désapprouva la lettre et demanda (|u'elle lui fût représentée à un autre moment. Antonio dit alors à Bartolomeo de Bardi, qui se trouvait là : — « Je vais faire pour ma. lettre, comme, autrefois, le tailleur de ce grand iiourmand de Jean Galeas Visconti '. Demain, avant qu'il ne mange ou Ijoive, je lui rapporterai la lettre et il la trouvera parfaite. » — Puis, pour satisfaire la curiosité de Bartolomeo. Lusco ajouta :
— « Jean Galeas Visconti, père de l'ancien duc de Milan, était un homme grand, gras, de forte corpulence; quand il s'était bien rempli la bedaine de victuailles et de boisson, (ce qui lui arrivait fort souvent , au moment de se mettre au lit il faisait appeler son tailleur et l'accablait de reproches, prétendant qu'il lui avait fait un hautde-chausses trop étroit, et lui ordonnait de l'élargir de façon à ce qu'il ne le gênât plus : — « Il sera fait comme vous l'ordonnez, disait le tailleur, et demain celaira très bien. » — Puis, prenant le vêtement, il le jetait sur un porte-manteau, sans y faire aucun changement. Quand on lui disait :
— « Pourquoi n'clargissez-vous pas ce vêtement, que le ventre de Monseigneur fera craquer? »
1. Jean Galeas Visconti, (ils de Galeas ]I et de Blanche de Savoie, né en 1347, fut le premier de .sa maison qui porta le litre de duc; il acheta ce titre de rcmpereur Winceslas, au prix de cent mille florins. Il no méditait rien moins que l'empire de l'Italie. II avait déjà l'ait faire une couronne et tous les ornements royan,\ qu'il tenait prêts à Maiignan, dans sa villa, )or.squ"il y mourut de la peste l.,- .'5 septcMuUre 1 'iO"2. {!{}.