‹ Les Facéties de Pogge FlorentinChapitre 30 sur 169 · LES · texte numérisé non relu

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Avis aux gens prudes de ne pas censurer le ton léiier des Facéties l .

Bien des gens assurément, h\(\n\eToiii ces facéties quils taxeront de babioles peu dignes d'un homme grave, peut-être bien parce qu'ils les auraient voulues contées dune façon plus enjolivée et dans un style plus élégant. A cela, je répondrai, qu'au cours de mes lectures, j'ai remarqué que nos aïeux, hommes doctes et sages, se délectaient de contes, lie bons mots, de plaisanteries et que, loin de les trouver repréhensibles, nous devrions au contraire les féliciter, et cela me vaudra leur estime. Qui donc osera trouver à redire de ce que j'aurai cherché à les imiter, faute de mieux, en passant à écrire le

1. ye œmiilis cnrpant Faceliaruui opus, piopler eloquenlUe temii- (itfni. — Le sens le plus exact serait à mes adrersaires, à mes ennemis.

LES F.VCKïrES DE I'0G(;E

temps que d'autres dissipent en commérages dans les réunions, surtout si mon travail n'est point sans mérite et sans ai^Tément pour les lecteurs. Il est ])on, en effet, je dirai même nécessaire, d'arracher notre esprit à ses fatigantes et continuelles préoccupations et de le distraire agréablement par de joyeuses plaisanteries. Vouloir chercher des effets de style en des choses aussi minimes, alors qu'il s'agit simplement de rendre avec toute sa saveur et son esprit un bon mot ou une joyeuseté, me parait excessif. Il y a des choses qui n'ont point besoin d'être enjolivées, mais que l'on doit, au Contraire, reproduire telles qu'elles ont été dites par les personnages mis en scène.

On estimera, peut-être, cjue je cherche à pallier une faute (jui tient à mon manque d'esprit, d'accoi. i, mais alors j'engage ceux qui sont de cet avis à reprendre, à leur tour, ces facéties, à les travailler à leur fantaisie, ils feront à notre temps l'honneur d'avoir enrichi la langue latine, en la rendant facile aux choses légères. Quant à moi, je n'ai pas voulu faire autre chose que d'essayer, s'il était possible, d'exprimer en latin sans tomber dans l'absurde, ce qui semblait jusqu'ici fort difficile. Il était par conséquent tout à fait inutile d'enjoliver ou d'employer un style pompeux, et si l'on trouve que je n'ai pas raconte avec trop de maladresse, je n'en demande pas davantage.

Mais que les censeurs rigides et les critiques acerbes se dispensent de lire ces wenus jtropos,

LES FACETIKS DE PUtiGE 3

je ne puis les appeler autrement '. Je ne veux ùlrc lu que par des esprits gais, par des gens bons vivants comme Lucilius par les Consentins et les Tarentins - . Quant aux imbéciles, je ne leur défends pas de penser ce qu'ils voudront, je leur demande seulement de ne pas faire un crime à un auteur d'avoir voulu se distraire en exerçant son intelligence.

1. Voici comment Pogge absout ses facéties, dans sa deuxième iiirridce contre Valla. « Qu'importe qu'elles naient pas le suli'i'age d'un imbécile, d'un fou, d un rustre, d'un barbare i Elles sont rechercliées, lues et goiitées de t .s les savants, répandues dans toute l'Italie, en France, en Espagne, en Allemagne, en Angleterre et partout où on entend le latin, d

"2. Le seul passage de Lucilius auquel puisse en quelque sorte se rapporter ces mots esi le suivant :

Persium non euro légère hoc. Lselium Decimum volo.

(Frag. Cl. £".(• incerto sat. Uh)-o.).

Le vers est dans Cicéron, De Chat. 1. L 11, c. VL où Crassus, un des interlocuteurs, rapporte que Lucilius avait coutume de dire qu'il ne souhaitait ni des lecteurs ignorants, ni des lecteurs très savants. Par contre. Cic(n'on, De Fi}iibiis L 3. se déclare fort éloigné du souhait de Lucilius, et demande les lecteurs les plus haliiles. Enfin, dans De RcpitbUcn. il avait rapporté la pensée de Lucilius en l'approuvant, comme il parait par la préface de Pline (Hist. )tat. 1), qui après un si grand exemple, se fait honneur de l'adopter (R.)

PliEMIKIÎE iwcirriE

Wnii pauvre matelot de Ga'ète ^ .

Les habitants de (iaete, ceux du peuple, vont ordinairement gagner leur vie sur mer. L'un d'eux, extrêmement pauvre, ayant laissé au logis une jeune femme et un chétif mobilier, ne re- \ iut qu'au bout de «inq ans, après avoir cherché fortune en divers pays. Aussitôt débarqué, il se rend en toute hâte à la maison pour voir sa femme 'qui, dans l'intervalle, désespérant du retour de son mari, avait eu des relations avec un autre homme . Dès qu'il fut entré, il constata <pie sa demeure était en grande partie restaurée, embellie et même agrandie. Surpris, il demande à sa fcoiine comm.^nt leur petite maison, autrefois si délabrée, est devenue si ])elle. La femme répond aussitôt que c'était par un elï'et de la grâce

1. Fnhuht prima cujusdnm Cajcinui paiiperis vaucleri : — Guillaume Tardif : D'uug pouvre pescheur, qui loua et dépita Dieu tout en une heure. 1, p. 7. — Noël 1,5; 113 ;Lenfant t. II, p. IG'i. — RisTàLnuBF.K I. p. 5; Liseux, I,tomeI, p. 7. — Philippi Her- .voTiMi : Faceliœ addiincnla, p. 279, De Benedictione Dei. — Dicl. il.iiiecdotes : Le Matelot de relour, t. I, p. 19?. — Nourcaii Dkt. d'.lnccdotcs, t. 2, p. îf,:.

de Dieu qui vient au secours de tout le monde : « Que Dieu soit béni ! » dit 1 liomme, <( pour tout ce qu'il a fait pour nous. » Voyant ensuite dans la chambre à coucher un lit magnifique et de beaux meubles, point en rapport avec la condition de sa femme, il lui demande encore comment tout cela était venu. Celle-ci affirme derechef que c'était par la bonté de Dieu, et Thomme rendit de nouveau grâce à Dieu pour sa grande libéralité. Or, tandis que celui-ci continue à s'extasier devant diverses autres choses nouvelles en sa maison, tout autant que sur les largesses divines, voici qu'un charmant bambin de trois ans passés vient faire toutes les caresses d'un enfant à sa mère. Le mari regarde et s'enquiert à qui il est; la femme répond qu'il est à elle. Stupéfait, l'homme demande comment la chose a pu se faire pendant son aljsence, et la femme d'affirmer encore que c'est par la grâce de Dieu. Alors le mari indigné de cette surabondance de grâce divine qui est allée jusqu'à lui faire des enfants en son absence, s'exclama : « Je devais déjà beaucoup de grâces à Dieu, je lui suis encore fort reconnaissant d'avoir, de telle façon, pris soin de mes affaires ». 11 trouvait, en effet, que Dieu avait poussé l'attention un peu trop loin, eu s'occu[)ant même de lui procurer des enfants en son absence.

En ccsle Fiicécie esl donné à entendre qu'il n'est rien si suliUl et nudicieulx (|iie une niaulvaise femme, rien plus prompt ne moins lionteulx pour controver mensonges

et excusations, et, à caste cause, iiu'il n'est homme si ignorant qui auculnes loys ne congnoisse ou apperçoive une partie de sa malice et mensonge K

D'un médecin qui guérissait les fous "^ .

Quelques-uns de nous parlaient des peines inutiles et, je dirai presque de la folie des gens qui élèvent des chiens et des faucons pour faire la chasse aux oiseaux. Paul de Florence dit alors : — « Le fou de Milan avait bien raison de se moquer d'eux. » Comme nous lui demandions ce que c'était que cette histoire, il ajouta : — « Il y avait autrefois un médecin Milanais qui soignait spécialement les

1. De tnedico qui demeninf; et insaiios cuvabal, N iel, I, 7. — GniLL. Tardif : D'unfi Médecin qui guarissoit les fols, démoniades et enragez, II. p. II. — Lenfant, t. II. Ristelhubbr II, p. 6. — LisEux. II. t. I. p. 10. — MoRLiNi : Novelbr, nov. 77. — Stba- PAROLA Le Niacevoli nolti ; nott. 13 (traduction Liseux.)

"2. « Tous ceux qui me disent papa ne sont pas pourtant mes enl'auts, » dira un père sage et judicieux, un père qui ne croit que ce qu'il voit et ce qu'il lait. Le Pyrrhonisme e^t une cliose tout à l'ait nécessaire dans le mariage. Absentez-vous un moment de chez vouî, i'ortuaés maris, oa travaille tandis que vous n'y êtes pas, à l'accroissement. Neuf mois ensuite, un petit rous-mème, prclendu tel du moins, se présente à vous. Voilà, fortunés époux, de qui la tète est destinée à recevoir les honneurs du Dieu Cocuage: voilà par quel secret vous devenez pères 'Réflexion de l'èdilion d'Amsterdam, 1712, p. 6.)

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maniaques et les aliénésel se chargeait de les guérir en un laps de temps déterminé. Voici en quoi consistait son traitement, il avait dans sa maison uiio cour, et dans cette cour une mare remplie d'une eau sale et fétide dans laquelle il faisait entrer tout nu, les malades qu'on lui amenait, et les y maintenait en les attachant à des pieux ; les uns plongeant jusqu'au genou, les autres jusqu'à l'aine, d'autres encore plus haut selon le degré de folie. Il les laissait ainsi macérer dans l'eau, et à la diète, jusqu'à ce qu'ils donnent des preuves de guérison. On lui amena entre autres, un fou qu'il immergea jusqu'aux cuisses ; au bout de quinze jours, ayant recouvré son bon sens, l'individu demanda au médecin de le retirer de l'eau, ('eliiici le lui accorda, à condition qu'il ne sortirait pas de la cour. Quelques jours après, il eut la faculté de se promener par toute la maison, pourvu qu il ne franchit pas la porte ; pendant ce temps ses compagnons, qui étaient nombreux, croupissaient toujours dans l'eau.

Or, un jour, étant sur le pas de la porte, qu'il n'osait point franchir, ( retenu par la crainte de la mare), il voit venir un jeune gentilhomme à cheval, faucon au poing et suivi de deux chiens de chasse. Lorscfue le jeune homme fut plus près, le fou qui, dans sa démence, avait perdu le souvenir de ce qu'il avait vu, lui dit: — «llolà! écoutezmoi, je vous prie, une minute, et dites-moi, s'il vous plaît, sur quoi êtes-vous monté et dans quel

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Imt ? — C'est un cheval, et je vais à la chasse, répondit le jeune homme. — Et ce <[ue vous tenez >ur le poinii'. comment l'appelez-vous, et à (}uoi cela vous sert-il ? — C'est un faucon dressé à prendre les sarcelles et les perdrix. — Et ces botes qui vous suivent, quelles sont-elles et à quoi sont-elles bonnes? — Ce sont des chiens dressés à la chasse et à faire lever les oiseaux. — Mais ce gibier dont la chasse exige tant d'appareil, tout compte fait au bout de l'année, qu'est-ce qu'il vaut ? — Je ne sais trop, ça ne doit pas excéder six ducats. — Et que coûtent le cheval, les chiens et le faucon? — Cinquante ducats d'or. Alors, tout stupéfait de la sottise du jeune chevalier, il lui dit : — Holà ! éloigne-toi vite avant que le médecin ne rentre, car s'il te surprenait ici, il te jugerait le plus grand fou du monde et, pour te guérir, il te plongerait avec les autres malades, au milieu, au plus profond de la mare, et tu en aurais jus(|u'au menton ' .

l.Le Médecin, c'est-à-dire une espèce d'houime, je ue dis pas fol, mais qui se ci'cit sage; un homme intf^ressé, qui uagno beaucoup par l'odorat et l'allouchement, un homme qui (ie.ine, un animal qui vit de corruption et qui se plait dans le dé-ordre; un homme enlinqui guérit souvent ceux qui sont en lionne santé, et tue presque toujours ceux qui sont malade.--. La folie est de toutes les maladies la plus épidémique; elle attaque depiiis le sceptre jusqu'à la houlette. La folie de quelque |)rince e<t de mettre ses sujets à la besace pour devenir le Roi des f/HCU.r; c'est encore de Ulcher la proie pour l'uiiihrc • onime le chien de la fable. Hylas se croit le [)lus savant et ]<! |)lus spirituel du monde, parce qu'il se sent gros et gras, et iair chanoine. La folie des Coheincns, peuple iièffi-e, habitant

10 LES FACÉTIES DE l'OGGE

(Vest pour prouver que la chasse est la plus iiTaude des folies, sauf pour les gens riches, de temps en temps, et comme exercice corporel seulement.

D'un Gascon qui se levait fort tard K

Lorsque nous étions à Constance, il y avait un jeune homme plein d'esprit, de la tribu des Gascons 2, nommé Bonac, (jui se levait tous les jours fort tard. Gomme ses amis le taquinaient

dans les ténèbres de l'ii^norance, tout près du fraliniatias, est de quereller un homme qui prêche l'hérésie de la raison et du bon goût. Mais l'aimable l'olie du sire Harpagon, cet heureux voleur, est d'accrocher, avec le secours de la banqueroute, deux ou trois cent mille francs; et la folie de bien des ge.is est de lui faire la cour. Autre folie: tel, parmi les heureux Ai siècle, se croit avoir de l'esprit, qui n'a rien que le bonlieur. Voici une autre folie, c'eàt de méditer sur des contes à dormir debout (Réflexion de l'édition d'Amsterdam 1712}.

1. De Bonacio Giiasci qui lam tarde e leclo surgebat. Opéra II.'. Tardif : D'un liscoiier paresscitl.rAU,p. l,j. — Noël, 1,11; II, 'i. —

LeNFANT, t. II, p. 168. — RlSTKLliUliER, III, p. 9. — LiSEUX, t.l, p. 14.

— L. Garon : Le chasse-e}ntiiij : cent. IV. 77. Le Facelieux Ré~ I cil-Malin, Plaisante excuse d'un paresseux, p. 328. — Dodsi.EY. Select Fables.— Induslry and slolh, L. 2, t. 21, p. 101. — LoTicHii scholia a Àpltthonii Pro(njiiiiiastnata, a Roilolpho Agrienla latinilnte donata, p. 28.

2. On a aussi traduit i)ar lionaccio de la fainille des Guasci. II n'y a pas plus de raison pour l'un ou pour l'autre sens; Gascon parait plus vraisemblable. Pogge cite lui-même plusieurs histoires qui lui ont été contées par dos F'rançais.

LES FACETIKS DE l'OGGE U

sur sa paresse et lui demandaient ce qu'il pouvait bien faire au lit, il leur répondit en souriant : — « J'écoute plaider et replaider. Chaque matin, en effet, se présentent à moi, dès nionréveil, deux ligures vêtues d'habits de femmes, à savoir : la Diligence et la Paresse. L'une m'exhorte à me lever, à agir, à ne pas rester au lit toute la journée ; l'autre lui riposte vertement, m'engage à ne pas bouger : il fait froid, il vaut mieux rester dans la tiédeur du lit, le corps a besoin de repos, et Ion ne peut pas toujours travailler. La première rétorque ces arguments et ainsi, pendant qu'elles disputent et se répondent, moi, juge impartial, n'inclinant ni pour l une ni pour l'autre, j'écoute les plaidoiries avec l'espoir que les parties finiront par se mettre d'accord. Si donc, je me lève si tard, c'est que j'attends l'issue du débat » i .

î. La Paresse a son mérite; elle devient vertu principale, vertu nécessaire, en certains états. Qu'est par exemple un ecclésiastique sans la paresse? S'il s'amuse à consoler les malades, à exiiortiser un trompeur, à fairo en un mot tout ce qui s'appelle fonctions pastorales, l'ecclésiastique perdra son eubompoint, sa santé, ses aises. Si le marchand s'amuse à servir les uns les autres, à moins de tant de profit, il prendra pour sur l'intérêt de son temps. L'époux, s'il n'est paresseux à examiner la conduite de sa chère épouse, perdra peu à peu e repos. Je conclus, aujourd'hui la paresse est une vertu de grand proàl. Bi'lh'xion de l'édition d'Amsterdam, 1712, p. 17-18.)

12 LES FACÉTILS DE l'fMjlJE

D'un Juif devenu ch.rclieii par persuasion L

Beaucoup de gens engageaient certain Juif à embrasser la foi de Jésus -Clirist, mais celui-ci ne pouvait se décider à faire le sacrifice de ses biens. Plusieurs lui conseillaient de les donner aux pauvres, parce que, selon le précepte de FEvan- ^le, qui est la vérité môme, il lui serait rendu au centuple. Persuadé enfin, il se convertit et distribua sa fortune aux pauvres, aux malheureux et aux mendiants. Ensuite, pendant presque un mois, il fut honorablement traité par différents chrétiens. Il fut choyé et fêté pour tout ce qu'il venait de faire. Cependant, il menait une existence précaire, et attendait chaque jour le centuple promis. Comme les gens se lassaient peu à peu de le nourrir, les liôtes se firent rares, Notre homme devint alors si misérable, qu'on dut le conduire à l'hôpital, où il fut pris d'un flux de sang- par le bas, qui le réduisit à la dernière extrémité. Il désespérait de jamais guérir, et il avait également perdu l'espoir de rentrer dans le fameux

\.I)e Judeo noiDittUonitn ^mrsn Chrislintio facto, opéra I\'.(;uil- LAUME 'I'audif: /J'ttiKj Juif qui ff fiM cltieslieinier par ii:i(irtali(m d'anlcHiis clircslicris. IV, p. iN. — N'oel, I, 11.— Lisicux, t, I, IV, p. le.

LES F.VCÉTIES DE POilGE 13

« centuple ^), lorsqu'un jour, éprouvant le besoin de prendre l'air, il sortit de son lit, et s'en alla dans une prairie voisine pour soulager son ventre. Là, lors(]Li'il eut fait ses besoins, en cherchant une poignée d'herbe pour se torcher le derrière, il trouva un chill'on roulé, tout plein de pierres précieuses. Par ce fait, étant redevenu riche, il put consulter les médecins, se guérir, acheter une maison et des terres, vivre depuis lors dans l'abondance. Tout le monde lui répétait : — « Eh bien! est-ce (|ue nous ne vous l'avions pas prédit, que Dieu vous rendrait tout au centuple ? » — « Oui, répondit-il, mais avant, il a permis que je fasse du sang- jusqu'à en mourir. »

Ce mot s'applique à ceux qui sont lents à rendre ou à reconnaître un bienfait • .

En cesle Facécie est donné à enlendre que ung- bien faict ne sera jamais trop tard conféré à ung liomme ingrat, car il est toujours perdu.

1. L'exemple «Ij la charité du Juif et de. l'exliortnlinn clirélicnne à douner sou bien aux pauvres, ont l'un cl l'autre leur mérite. Les suites, une rencontre près des pierreries, nous rai)p9llent dans la mémoire ce qui se passe tous les jours. L'avare exhorte à la libpralitë, le fourbe prè he la vertu. Donnez votre bien, t'jites boire et manger à vos dépens, soyez misérable après, et si l'on vous aide ensuite, je consens que le Pontif Bacbuc, l'oracle des Toqués, sut déclaré le Cicéron de nos jour:y. (Ri'llc.i ions de l'édition d'AmsIerdain, 171;').

li LES FAf.ÉTIES DE l'OGGE

D'un imbécile qui croyait que sn femme avait deux perlais '.

Un paysan de nos campagnes, peu avisé et nullement expert avec les femmes, se maria. Or, il arriva, qu'étant au lit, la femme lui tourna le clos, mettant ses fesses au bon endroit. Le mari en eut tout de même grande satisfaction. Tout surpris, notre homme demande à sa femme si elle n'aurait [)as deux pertuis. Celle-ci fit unsigneaflirmatif. — Ho, lio! reprit-il, un seul me suffit, l'autre est superflu. La femme, qui était rusée et que le curé de la paroisse courtisait, répondit aussitôt. — Nous pouvons faire l'aumône avec le second; donnonsle à l'Eglise et à notre curé, cela lui fera extrêmement plaisir et ne te privera en rien puisqu'un seul te suffit. L'homme approuva, tant pour être agréable au curé, que pour se débarrasser du superflu. Or donc, on invite le curé à souper, on lui conte l'affaire et, le repas achevé, tous trois se couchent dans le même lit : la femme au milieu, le

1. l)v hoiiiini' iiisutsii (jiii e.iisliiiiaiil (hios ciuiikis in it.rore. Noël. I, 3. II 4-7. — G. Tardif : D'un fol hinimw (pii otyda que sa fennnv l'usl deux secvctz de nfiliirc. v. p. '21. — Liseux, 1, p. 18. — Phii.ii'pi Hermotimi. Addinicnift ml Farclias JSchclianas : De rustico existiniente uxorem duos cunnus habere, p. 280. — Jus J'aroclii. Fabclla e Pog|t,'-io desumpla, citée par(Mil(.'t, t. II, p. 5).

LUS FACETIKS ItK \>()iJtiK 15

mari par devant, rautro par derrière, pour qu'il prit possession de ce qui lui était oiïcrt. Le prêtre, ardent, vorace, entama le premier le morceau dejîuis longtemps désiré, si bien que la femme poussait des soupirs retentissants. Le mari eut alors peur qu'on empiéta sur son domaine. — Respecte biennos conventions, mon ami, dit-il, use tant que tu voudras de ta part, mais ne touche pas à la mienne. — Le prêtre repartit : — Que Dieu m'en fasse la grâce! Je n'ai nulle envie de ton bien et ne demande qu'à user de celui de l'Eglise. A ces mots, notre imbécile se calme, et engage le curé à jouir en toute liberté de ce qui a été concédé à l'Eglise.

En cesle Facécie est donné à entendre que jamais homme n'est bien assoie que par femme et qu'il n'est rien qu'on ne puisse persuader à ung- sot.

D'une veuve qui. par luxure^ se livra à un pauvre L

L'espèce des hypocrites est, de toutes, la pire qui existe. Comme on en parlait une fois dans une réunion où je me trouvais, et qu'on disait que tout

1. De ridua accetisa libidine ciimpaupere. Noël I. 15. II 7-8. GuiLL. Tardu' : VI. D'une reufre qui fui amoureuse ' d'unij pauvre, j). '24. — Liseux, t. I, p. 2i. — Fmii.ippi Hermotimi ;

10 LES FACÉTIKS DK VlM.HE

leur vient à profusion, (ju ils convoitent les dignités tout en dissimulant leurs convoitises, qu'ils semblent suljii* les honneurs inalgré eux, et uniquement pour obéir h des ordres su{)érieurs, un des assistants dit alors : — « Ils ressein!)lent à un certain Paul, le Bienheureux, qui habite Pise, un de ceux qu'on appelle ordinairement des apôtres, qui s'asseyent devant les portes sans rien demander. » L'ayant prié de nous expliquer la chose, il nous dit : — « O Paul, qu'à cause de la sainteté de sa vie on a surnommé le Bicnlieurcii.r, venait s'asseoir quehjuei'ois à la j)orte dune veuve qui lui faisait l'aumône d'un peu de nourriture. Celle-ci. à force de regarder cet homme, qui était un fort beau gars, s'éprit de lui: or, un jour, après lui avoir donné à manger, elle l'invita à revenir le lendemain, lui promettant un bon repas. Après quelque temps de ce manège, elle le pria d'entre)' manger chez elle, ce à quoi il s'empressa d'accéder. Alors, quand il eut le ventre plein de victuailles et de vin, la femme impudique n'y tenant plus, se mit à l'embrasser, à le caresser et lui déclara qu'il ne sortirait pas avant de l'avoir connue. Lui, feint de résister et de n'être point ému par la lubricité de la dame (fui le presse de plus en plus si tendrement, qu'à la fin il succombe. — (( Puiscpic

Adiineuta ctc : Quoiiiodo livpocrita sino peccare jieccavcrit. — j\IoNTAiNGE : Estais. L. II, ch. 1."), t. II, p. 10, ('■dit. Oarnicr. — Fahellaa Piniffio desuiiipln : MuWieris conscianlia. [Milel II, p. K). — J. B. Rousseau, Iîpi(ira)tinif' '■ Un quii'liste ardent coriiine un tison, édit. f'-.r.ier.

uy- f.v<:i-:tik!s i>;: pocgk i:

« tu vrux comnicttro im si ui-iuid [x'-'-lié, lui dil-iK « ({uc Dieu soit témoin que ce sera ton œu\ r»-. et « (juil n y aura nullement do ma faute. Pie.îils « toi-même cette chair maudite, fais-en ce (jue u tu voudras, quant à moi. je n'y mettrai môme « [)as la main. » VA, comme l'arc était jjandé. elle ajusta le trait. Or donc, puisipril ne sciait point, par abstinence, touche lui-même, c'est la damo qui endossa le péidié ^ .

Eu ceste l'aoécio, est clonu'! à entendre que pliisieni's faigiiPiit eslres suTiples comiiio aygnenulx, ([ui sont can- Iclenx t-onunc rrynars t*' inesnicnieiii faignaiis qii'ilz n'ont cnfc do ce ([iiiiz voudroyeiit jà tiMiii".

D'ii/i ch'rqiic à cheval -.

Une fois, j'allais au palais du Pape, passe un d(î nos cavaliers à palltuin, assurément fort préoccupé, puisqu'il ne s'aperçut pas que quelqu'un se

1. Qui ne compatirait aux besoins pressants de la bunno dame veuve l un ])auvro jri-.se. eUo le rycliauffe, et le pauvr>-, obll^rant et coui-tois, la rccbanlïe à son tour, par le sccouis du rameau béni, plus salulaire que celuy de la bibylie (lumée; par ce rameau, dis-je, qui ranime la vigueur mourante des dames. Ocelles merveilles n"op('re-t-il pas dans notre siècle, ce lameux rameau ? (/ît''/'('r«'>'' de 1 édition d'Amsterdam. 1712).

■.\ De i'(i>irstic palliato.OpffTix VII. — Gdillaume Tardif. />»//(/ Jeune Cheralii-r ijui se l'arsa dr inni l'rcuiue. Vil, p. 27. — Nokl, I. !7: — I.isEux t. 1, n' Vil, p. l'i.

18 LES FACÉTIES DE l'OGGE

ilécouvrait pour le saluer. Mais celui-ci, croyant que c'était de la part de Tévêque orgueil et arroijance, s'écria : — « Celui-là n'a pas laissé la moitié de son âne à la maison, il l'emmène bien tout entier avec lui; » voulant dire par là, que c'est le fait d'un âne de ne pas répondre aux politesses.

En ceste Facéeie est donné à entendre (jiu' celliiy est hien asne, de quelque estât (ju'il soit, qui ne porte honneur à ceulx qui luy portent.

Un mot de ZuccJiaro i.

iSous traversions une ville, le très facétieux Zuccharo et moi, lorsque nous rencontrâmes une noce. C'était le lendemain du jour où la mariée était venue s'installer dans la maison conjugale. Nous nous arrêtâmes quelques instants pour nous amuser à regarder danser ces hommes et ces femmes. Alors, Zuccharo dit en riant : — « Ces gens-là ont consommé hier leurs droits matrimoniaux; moi, il y a beau temps que j'ai consommé mes patrimoniaux. » C'était un mot plaisant sur son propre

1. Dirtnilt Zucchari. Opéra VIII: Guillaume Tardii'. Ung dit joyeiilx que l'oifqc raconiple d'uinj sici' coinpnùjiion, nommé Zacanis. VIII, p.'i'.J. Noël I, 18. Il' '.); Liseux t.'l, n° VIII, p. 25.

Dcmocriliis rideits ; Molla calaiiiilas sola, p. 232.

LKS FACETIES DE l'0(,(iE 19

compte, car il avait, eiicli'et. vendu sou patrimoine et dissipé l'argent au jeu et en ])onne chair.

Hn ceste l^'acécie esl donné à entendre que tel se cuyde aiu-nlfies foys rallier de aullruy qui se raille de soimosnu-s.

D'an Podestat '.

Un podestat envoyé à Florence, prononra le jour de son entrée dans la ville un long et insipide discours devant les notables réunis, selon la coutume, dans la cathédrale. Probablement pour se mieux; faire valoir, il commença par dire qu'il avait été sf'-nateur à Rome, puis lit une interminable énumération de tout ce qu'il avait fait, et même de ce c[ue d'autres avaient fait pour sa plus grande gloire. Après cela, il entreprit de décrire par le menu son départ de Rome, son escorte, les premiers jours de son voyage, sa visite à Sutri- et toutes ses moindres actions, point par point, jour par jour, les lieux où il s'était rendu, où on l'avait reçu. Au bout de plusieurs heures, il n'était pas

1. I)i' PrirlDi-c. Opéra IX'. — Guillaume Tardif. De unff Pirlosl qui fut reprinz de trop se louer IX, p. .31 ; — Noël I, 18. — RiSTELHUBER IV, p. II. — LiSEU.X t. I, n" IX, p. 20.

2. Petite ville remarquable par son amphithéâtre antique. La tradition en fait la patrie de Ponce-Pilate et y place un exploit de Camille, de Rome, ainsi qu'une aventure de Roland. (Ris-

TELHUIiER.)

20 LES l'ACKTir.S DE i>o(;(;e

encore au récit de son arrivée à Sienne. Tonte rassemblée était énervée pai' la longuenc de cet odieux discours dont on ne prévoyait pas la fin, et la journée semblait dcvoii' se })asser uniquement à entendre des niaiseries. Or, comme la nuit approchait, un des assistants d'humeur plaisante, se penchant à l'oreille du Podestat, lui dit : — « Il se fait tard, c[ue Votre Seigneurie se hâte si elle veut arriver aujourd'hui même à Florence, jour fixé pour son entrée, sinon, elle va perdre son emploi. » A cet avis, notre homme aussi bête que locjuace, déclara qu'il était à Florence.

En cesto Facécic sont dcspriso/, rcnlx qui vculloiit se donner gloire poui- leurs ]>caul.\ i'ailz, ceulx aussi (|iii Irop haliondenl vu laiig'aige vain cl (|iii('!i leurs propos ap|>li('quent chcses inutiles et vaines parenllièsos qui ne servent en rien en la matière subjeete et ainsi que lediel l'revosl, qui, à l'heure qu'il devoit l'aii'e son pi'éaiid)iil(> et dii'c au yénat do l'iorcnce l(;s causes ])ourqiioy il estdit envoyé vers eux allegayf ses heaulx laits l't le chemin par le(|uel il estoit venu.

D'une f'e /Il me qui Ironijxi son mari '.

Pietro, un de mes cauiarades, me raconta jadis une histoire plaisante très caractéristique de l'astuce de la fcmuie. 11 était en relation avec une

1. />(• iiiuliei-r (/iKC tinnn (Icfiniulnrit: Opéra .\. — XoiiL I, ÎQ. II, *J-1I. — Guillaume 'J'aiiiiii': /f'itnc ffniiiii; (tdnUnt: ifui /i.i/

LKS FACÉÏIKS DK l'OGGE 2f

femme mariée àuiipaysan peu malin, qui nocl.-imbulait ires souvent par les cb.-imps, pour éviter ses ci'éauf iers. [n jour, que le galant était auprès de la Icmme, le mari, qu'on n'attendait pas. arriva à la tombée de la nuit. La femme fit aussitôt cacher sc)n amant sous le lit, puis se retournant vers son mari, elle le tança d'importance pour être revenu, au risque, aftirmait-elle, d'être pris et conduit en prison. — « Comment, dit-elle, les soldats du podestat sont venus pour te prendre, ils ont fouillé toute la maison: je leur ai dit que tu avais Ihahitudc de coucher dans les champs, alors ils sout partiseu promettant de revenir bientôt. » Terrifié, notre homme cherchait un moyen de se sauver, mais les portes de ;la ville étaient déjà fermées. — « Hue vas-tu faire, malheureux! s'exclama la

coucher son inary en nnç/ colmnliirr tandis quelle avec son anuj. X, p. 34. — RisTELiiuBER : V, p. l'2. — LisEux. X, p. 28.

Ce conte était déjà très ancien au temps de Pogge et il a été depuis raainleet mainte fois imité. M. Ristelhuber a donné sur ce point de précieuses indications. — Pour l'origine : la 15orgoise dOrliens. — Mkon : l'ablian.r et contes, édition do Barbazan. — Leghand d'Aussy : Fabliaux, t. III, p. 411. — Raymond Vidal, dans Raynouard : Choir des poésies originales des troubadours, t. m, p. 398. — BoccACE : Decameron , 8° journée, 7* nouvelle, p. 371, éd. Garnier. — 7/ pecarone di ser Giovani Fiorentino. — Cent nouvelles nouvelles, nouv. 88, p. 368, él. Garnier. « Le Cocu sauvé. » — H. P^stienxe : Introduction an traité de la conformité des merveilles anciennes avec les modernes, 15(JC. « Le Golonibicr. :) — Malespini: Ducenta novelle. t. I,p. 01. — Àdditamenta IJkhmoti.mi, p. ISô.n De nstulia nuilicris cujusdam. » — La Fo.NTA'NE : Contes. « Le Cocu battu et content, » p. 3'i, éd. Garnier. — liiiger Bontemps en belle humeur. ColognelGTO, p. 64. — Dancol'ht : Œuvres : théâtre. . « Le Tuteur. » — Contes à rire ou Récréniions françaises, 1787, t. I, p. 13U.

22 l-KS FACÉTIES 1»E l'OGdV,

le m me ; si lu es pris, lu es perdu! » Tout tremblant, il lui demanda conseil; celle-ci, prompte à la ruse, lui dit: — « Monte dans le col< mbier, j'en fermerai la porte après avoir retiré l'échelle, tu pourras ainsi passer la nuit trancjuille sans que personne ne se doute de ta présence. » Ce qui fut dit fut fait ; elle ferma la porte, enleva l'échelle, ôtant de la sorte à son mari tout moyen de sortir, puis elle revint trouver son amant, cju'elle tira de sa cachette. Alors, celui-ci. pour faire croire au retour des sbires du podestat, se mit à faire grand bruit, comme s'il y avait beaucoup de gens dans la maison, tandis que la femme de son côté prenait la défense du mari — c{ui tremblait de tous ses membres dans sa prison. Enfin, après avoir fait beaucoup de bruit, la femme et l'amant se mirent au lit et toute la nuit sacrifièrent à Vénus, tandis que le mari se tenait blotti dans la tiente au milieu des pigeons.

En ceste Facécie sont deux clioses à noter, dit jtreinièrement, la nianlvaiselié et fallacc de une reiniiu', qui si prompte est à trouver quelque déception ctcautetle pour faire son désir, secondement la ygriareté de rhoiiime, qui peut-estre sçavoit ]>ieii le cas de sa fenune et (pie elle luy faisait faulceté, mais toutefois, par crainte de estre mis en prison, luy souffroit et endiiroil, ce qui ])eut advenir à plusieurs qui pai' pouvre et meschant f>ouvernement ou crainte, soulFrcni faire de grans injustices à leurs filles et à leurs femmes ; car tel y a qui doit de l'argent, dont il est obligé du corps, qui seroit content que sa femme se habandonnast et qu'il en (istleincongnu et l'ignorant, adin »[iH' il ne l'ust mis en prison, mesme l'oucher en

LES FACKÏII'.S DE l'OGGE 23

quelque galethas en ung liel plain de pulces el de punaises tant ([uo sa femme seroit à son bon jilaisir.

D'un prcti'e qui ignorail la date de la FC'le des Rameaux '.

Le bourg d'Aello est ce qu'on appelle un trou perdu dans les montagnes des Apennins. Là, résidait un prêtre plus fruste et plus ignorant que les paysans. Gomme on n'y avait aucune notion du temps et du calendrier, il oublia, par ignorance, d'indiquer le Carême à ses ouailles. Etant venu à Terra-Nova, précisément un jour de marché, (le samedi avant les Rameaux), il remarqua que les prêtres faisaient provision de branches d'olivier et de palmes pour le jour suivant. Très intrigué d'abord, il ne tarda pas à s'apercevoir de sa faute, le Carême allait donc finir sans avoir été observé dans sa paroisse. Uentré dans son village, il pré-

1. De Saccrdolc (jui itjiiovahal solonititatem Palmanim. Opéra XI, — Guillaume Tardif. D'un sol Prestre qiti ignorait ledhnanche de Pasqnes fleuries, XI, p. 39. — Noël I, 22; II, 11 et 12,— Lenfant, tome II, VIII, p. 168; — Ristelhuber, VI, p. 14. — Lisnux, XI t. I, p. 30. — Les cent Nouvelles nouvelles ; nov. 8'J. Lesperdri.r changées en poissons, édit. Garnier, p. 371. — Malesl'i.Ni. II, nov. 62. — Grksset, Œuvres : Le Cnrènie impromptu. Kdit. Garnier.

li'est aus.si le fond.s d'une épij^ramine de Th. Morus, dans laquelle un curé anuon(,aQt la fête de Saint-André, avertit ses paroissi' ns, le lendemain, qu'ils ont dû jeûner la veille.

•^'i LES FA( triES ItE l'OfJOE

para les rameaux d'olivier et les palmes pour 1(^ jour suivant. Le dimanche donc, s'adressant à ses paroissiens, il leur dit : « C'est aujourd'hui que l'on a l'habitude de distribuer des rameaux d'olivier et des palmes. Pâques sera par conséquent dans huit jours. Nous ne jeûnerons pas plus de huit jours cette année, ce sera tout notre Carême. Voici pourcjuoi : A cause du froid excessif de cette année et de la difficulté des chemins, le Carnaval fut tardif et long- à venir à travers nos montagnes; c'est pourquoi, le Carême, lui aussi, a été tardif et lent, si lent même qu'il n'a plus qu'une semaine, ayant dû laisser les autres en route. Aussi, profitez du peu de temps qui reste, pour vous confesser et faire pénitence '. »

« Eu cesle Facécie est monstre romme souvent eiïoys les simples i>'ens. qui ne sont pas lettres, errent aux Gommandemenls <le Dieu par la fanlle de leurs Recteui's eeclésiasticques qui sonl ipfuares ei non cognoissans qui est un grant vice dans l'Eglise. »

Des piiysans chargés (Vcichelef un criicifi.i' ^

Des paysans du môme village furent chargés d'acheter à Ocrejjo un crucifix de bois, pour le placer dans leur église. Ils se rendirent chez un

1. i)e nisliris miticiis inlcrroiinlis an rclleiil crucifi.iuni vivion an inorliann nh (ipijuc eincre. Opéra Xll; — Glillau.mk Tardif.

LES FAitriES l>K POGGE 25

fabricant. Celui-ci voyant, au preniici' mot, qu'il avait atlaire à des yens bornés, à de vraies bûches, voulut se gausser d'eux et leur demanda s'ils voulaient un crucifix vivant ou mort. Los bonshommes, après s'être consultés quelques minutes à l'écart, déclarèrent qu'ils le préféraient vivant, car si leurs concitoyens ne le trouvaient pas bien ainsi, ils seraient à même de le tuer.

— vif. XII, p. 5-.': —Noël I. ri; IL 12-li; — Lenfant I L II, IX, p. 109. — RisTELuuBER, VIII, p. 16: — LiSEUx, 1. 1, n" XII, p. 3'2. i)'Ouvii.LE. Les ciiiiles au.c heures prrdues ; De certains marguilliers de village. Noutellc BiblioiJièqiie des Romans, an VII, t. III, [). 215. — la question inipn'nie de Guyétaxd (1700) a aussi pour objet saint Sébastien; ce conte est en quarante-quatie vers, même Bihiiolhcque, p. 21"). Cette lacétie, qu'en Provence on met sur le dos des gens des Martigues, a été reproduite ou imitée .11 tous lieux : il n'y a que l'objet de l'emplAte qui varie. — Exempli; :

L'EXPÉIUENT CCJRIEUX

D'un saint Stbastien voulant avoir l'image,

Comme plus expérimentés,

Deux paysans sont députés

Par la commune d'un village...

« Le voulez-vous vivant ou mort? »...

Leur demanda le peintre. A décider l'affaire, L'un et l'autre surpris, hésilèrent d'abord.

— « Faites-le vivant pour bien faire. » Dit à la fin l'un deux, en se frappant le front. — (( Morgue ! Cesl fort bien dit et mieux imaçjinère,

Répond l'adjoint, nos gens seront

Toujours à temps, mon cher compère,

De le tuer, quand ils voudront. »

De Boblognb Àm}(semciil d'un septuagénaire. 1780. p. 115.

En ceste Facécie sont farcez les sols messaig-iers, que quand ilz vont en aucuins messaige, ne demandent point, premier que partir, toutes les choses qu'ilz ont à faire, et i'aiilt souvente IToys qu'ilz aient de une peine deux.

Réponse faite au duc de Milan par son cuisinier ^.

Le vieux duc de Milan, prince raffiné en toutes choses - , avait un cuisinier hors ligne, qu'il avait envoyé en France se perfectionner dans l'art culinaire. Pendant la guerre qu'il soutint contre les Florentins, le duc reçut un jour un messager porteur de mauvaises nouvelles qui lui troublèrent la tête. S'étant mis à table peu après, il trouva je ne sais quel goût désagréable aux plats qu'on lui

1. Dictum coci ilhtslH.'minu duci Mediolanoiai Inthiiuin. Opéra XII. — GuiLLA>uME Tardif, XIII, p. 44. — Noël, I 24; II 15. — RiSTELHUBER, VIII, p. 17. — LiSEux, XIIl, touie I. p. 33. — Le Tombeau de la Mclaiirholie : Facétie du cuisinier du duc de Milan, p. 104.

2. Jean-Marie Visconti, ûls et successeur de Jean Gaiéas, né en 1389. Assassiné le 16 mai 1412. Bandello raconte qu'il avait fait emprisonner sa mère et rempli Milan de massacres. 11 se taisait livrer ks malheureux serfs, que les juges condamnaient pour les chasser aux chiens courants dans un parc. Son pifjueur, Squercia Gevanco, avait nourri des dogues de chair humaine pour les accoutumer à cet exeri;ic >. Ea revanche, il fit entériner vif un curé qui refusait la sépulture aux pauvres gens. A la suite d'une conspiration., il fut massacré à la porte de i'Kglise Saint-Gothard et son corps recueilli par une courtisane.

LES FAt:KTir.S l)K VOiAW. 27

servait : il les renvoya et manda son cuisinier, auquel il reprocha de ne pas savoir son métier. Mais le cuisinier, gjii ne mâchait pas ses mots, répliqua : — « Si les Florentins vous ont enlevé le iroùt et l'appétit, est-ce ma faute? Mes plats sont exquis et accommodés avec art, mais les Florentins vous échauflent la bile et vous font perdre l'appétit. » Le duc, homme d'esprit, se mit à rire de la repartie facétieuse et libre de son cuisinier.

En ceste Facécie est donné à entendre que ung- serviteur ne se doit niouvoii- de chose que son Seigneur luy dit quant il est ennuyé, mais doit à son pouvoir essayer à lui donner quelque récréation.

Autre bon mol du même cuisinier au même prince '.

Au cours de la même guerre, le susdit cuisinier voyant le Duc inquiet et contrarié se mit encore à le plaisanter : — « Il n'y a rien détonnant à ce que le Duc soit tourmenté, il veut deux choses impossibles : ne pas avoir de frontières et engraisser Francesco Barbavare - , l'homme

I. Ejiisdcitt coci (Uiium ad pneUbalum illustiem priticipem. Opéra XIV. — Guillaume Tardif. XIV, p. 'i7. — Noël I, îb. — Liseux, tome I, XIV, p. S.5.

î. Favori du duc Galéas-Mario Visc.jiili.

28 LES FACÉTIF.S DE POiiOE

le plus gras et le plus cupide qu'il soit! » Il raillait ainsi à la fois, et l'ambition immodérée de dominer du duc, et l'insatiable envie de richesse et de dignités de Francesco.

Geste Facécie monli'c (\uo ceulx sont repris et raillez c^ui se lourinenlent et prennent souley de faire choses mpossibles à enx eL plus que leur l'iKUillé ne pou* porter.

Reqiiéle du mrnie cuisinier nu même prince '.

(l'est ce même cuisinier qui, voyant le grand nombre des quémandeurs de faveurs de tous genres, choisit le moment où le Duc était à table pour le prier instamment de faire de lui un âne. Celui-ci, très intrigué par cette demande, s'enquit pourquoi il aimerait mieux être un Ane plutôt qu'un homme : — « C'est que j'ai remarqué, répondit le cuisinier, que tous ceux que vous avez élevés et que vous avez comblés d'honneur et de dignités, sont tellement bouffis d'orgueil et de vanité, qu'on les dirait métamorphosés en ânes. C'est pour-

1. l'clilio ejusdem coci ad pr^idiclum priiiciprni. Opéra XV. Guii.L.vuME Taudip XV, p. 41). — Noël, I 2(1; Il 15-10. — Li- ?ELx. t. I, n" XV, p. .Sfj. Ekasmus Ehnehl's, Germanus, Phil Melanchtonis œqualis. (Épigrammo latine ciU'e par Milct, p. I.j). — Ilisloires facctieuses cl nitn-alrs : L'Ane pi-/'r('rt^ .tu clicval. p. J.'j.

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