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celui-ci dit-il : — "Eh quoi, si l'on n'avait pas ici pleine liberté, vous ne })ai'leriez pas avec autant d'indépendance. » Voulant dire par là, que quand on a son franc parler, c'est un signe de grande liberté.
Un pi'opos de Lorenzo, prèlrc romain '.
Le jour où le Romain Angelotto- fut fait cardinal, par le pape Eugène, un prêtre spirituel regagnait sa maison, tout joyeux, enchanté, plein de contentement et d'allégresse. Ses voisins lui ayant demandé ce qui pouvait bien lui causer une pareille joie, il répondit : — « F*ar faite ment. C'est que je suis plein d'espoir, depuis que les imbéciles
1. Didum sacerdotis Laurenlii romani. Opéra XXIX. — Noël, I, 39. — Lenfant, t. II, IV, p. IGl. — Ristelhùber, XY, p. 27. — LiSEDX, tome I, p. 55.
'2. Angelotto Fusco, de Rome, évêque de Cava, fut fait cardinal en 1431, par Eugène IV. Il était riche et avare. II allait la nuit, dérober les brides et les clievêtres dans les étables de ses voisins. Ayant été une fois surpris sur le fait par un palefrenier, il reçut, incognito, de rudes bastonnades. Un jour que tous ses domestiques étaient sortis, à la réserve de son valet de chambre, nommé .Antonel de la Roche, qui était élevé chez lui comme l'enfant de la maison, il sV-ndormit profondément sur son lit. Le valet de chambra se ré.^oIut à tuer son maître pour avoir son argent. II [)rit une daL'ue et une épée dont il le perça coup sur coup, et, pour l'achever, il lui cassa la tête avec un ràtt-au d'argent, dont lu Cardinal se servait pour nettoyer son
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sont créés cardinaux, mon tour ne saurait donc tarder, puisque Angelotto, qui est bien plus sot que moi, vient d'être fait cardinal. »
Coin'ersaliofi de Nicolas d'Aiiagin K
Nicolas d'Anagni s'est moqué de la môme façon du Pape Kugène - qui, selon lui, ne favorisait que les sots et les imbéciles. Un jour, au Palais, plusieurs d'entre nous causaient comme d'ordinaire de mille choses; quelques-uns se plaignaient beaucoup de l'injustice du sort qu'ils trouvaient toujours contraire. Nicolas, homme très docte, très spirituel, à la langue très affilée, nous dit alors : — « Il n'y a pas un homme au
parc. Anlonel ayant pris tout ci^ qu'il vduhit, all.i, tout baigné do lanues, chez un neveu du cardinal, lui annoncer l'assassinat de son oncle. Ils coururent en:,eni!)le à l'hôtel d'Angelotto, (]ui donnait encore signe de vie. domine le meurtrier se tenait à une fenêtre, jetant de grands cns. le Cardinal, qui ne pouvait plus parler, montra de la main, celte fenêtre à son neveu, voulant lui désigner par 1 1, celui qui avait fait le coup: « Voyez, dit 1 assassin, il fait signe ({ue les meurtriers sont entrés par la fenêtre ». (je])en(lant Antonel fui arrêté, puis écartelé en 1444. {R)
i. Cniifahidalin Nicolai Aiiafiiniii. Opéra XXX. — Noici,, I, ;i9. — RiSTKLHUBER, XVI, p. 2H. — LiSEUx, tom.- I, p. 5(i.
2. Kugène IV. Gabriel Condolmero, de Venise, élu |)ape, le 23 mars 14LU. mort le .'î f-vricr l'i'û.
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monde envers qui la fortune se soit montrée aussi injuste (ju'envers moi. Ainsi, n'est-ce pas aujourd'iiui le règne de la sottise, ne voyons nous pas chaque jour, porter aux plus hautes dignités et appeler aux charg-es, presque tous les imbéciles mêmes, jusqu'à Angelotto. Eh bien, entre tous, je suis le seul qui n'ai rien pu obtenir; il n'y a personne d'aussi maltraité par le sort que moi. »
Prodige '.
La nature a produit cette année plusieurs phénomènes en divers lieux. Ainsi, sur le territoire de Sinigaglia, dans le Picentin, une vache à mis bas un énorme dragon. Sa tête était plus grosse que celle d'un veau, son cou, long d'une aune, son corps massif et bien plus grand que celui d'un chien. La vache qui le mit bas, s'étant retournée fut très épouvantée, dès qu'elle l'aperçut, elle poussa un grand mugissement et voulut s'enfuir, mais le dragon, se dressant tout à coup, lui entoura les jambes de derrière avec sa queue, et appliquant sa gueule aux mamelles, il suça tout
1. /)(' /'/'(K/jf/io. Opéra XXXI. — Guillaume Tardif; Des monstres et pvndiijes merveilleux qui parurent sur terre au temps que cestuy livre fut faict XXII, p. l)><. — Xoel I, 40. — Liseux tome I, p. ô7.
le lait, puis, ayant lâché la vache, il s'enfuit clans la forêt voisine. Les mamelles et la partie des jambes qui avaient été touchées par le dragon restèrent longtemps noires et comme calcinées. Les bergers du troupeau dont faisait partie la vache, affirmaient avoir vu le prodige. La même vache a depuis fait un veau. Tout cela se trouve dans une lettre adressée de Ferrare.
xUitre prodige '.
Hugo de Sienne, homme remarquable, le premier médecin de notre époque, m'a aussi raconté qu'il est né, à Ferrare, un chat à deux tètes, et qu'il l'a examiné à loisir.
Autre Dionsire -.
Il est aussi prouvé qu'au mois de juin, dans les environs de Padoue, il est né un veau à deux tètes, sur un seul corps, et dont les pattes de devant et
1. Dictum Maqislvi Huqonis Soiotsis. Opéra XXXII. — Guillaume Tardif; XXIII, p. 71. — Noël I, 40. — Liseux, tome I, p. 50.
2. Aliud '^de Monstro. Opéra XXXIII. — Guillaume Taudif: XXIII, p. 72.— Noël I, i2. — Liseux tome I. p. hd.
LES F.vr.ETIKS l»E l'OCliE
(le derrière étaient doul)les. quoique soudées Tune à l'autre. On. promenait ce phénomène, (juon montrait pour de l'are-ent, et beaucoup de personnes aflirment lavoir vu.
Encore un phénomcne •.
Il est également constant qu'on a exhibé à Ferrare, l'image d'un monstre trouvé dernièrement sur les rivages de la Dalmatie. C'était un homme jusqu'au nombril, et à partir de là, c'était un poisson, dont la partie inférieure se divisait en deux queues. Il avait la barbe longue et deux cornes au-dessus des oreilles, deux gros seins, une large bouche, des mains formées de quatre doigts seulement et allant jusqu'aux aisselles, en outre deux nageoires, comme les poissons, au bas ventre. On racontait aussi de quelle façon il avait été pris. Des femmes lavaient du linge sur le rivage, lorsque le monstre, poussé par la laim, en saisit une par les mains et la tira de toutes ses forces. L'eau était basse, la femme put lutter en poussant de grands cris, pour appeler ses compagnes à son secours. Celles-ci accoururent
1. .l/i«f/ de Mnnslro. Opéra XXXIV. — Guillaume Tabdif ; XXV, p. 73. — Noël I, 42. — Liselx tome I, p. 60.
toutes les cinq et tuèrent, à coups de hâtons et de pierres, le monstre qui ne put s'échapper à cause du peu de profondeur de l'eau. Elles le tirèrent sur le rivage, où sa vue leur causa un grand etfroi. Le corps était plus grand et plus liros (jue celui d'un homme. J'en ai vu limage en bois qu'on avait apportée deFerrare. Ce qui tendrait à prouver <|ue le monstre avait saisi la femme pour la dévorer, c'est <|u'on a constaté qu'un certain nombre d'enfants qui, à différentes époques, étaient allés se baigner sur ce rivage, n'ont jamais plus reparu; d'où l'on a conclu que le monstre les a tous emportés.
Pour bien morallement eongnoistre et entendre que cest que nous dénote la narration que fait Poge, F"'lorentin, de ces choses monstrueuses et terribles et merveilleuses, interposées et mises en Facécies et en ces ditz joyeulx estans en délivre, car c'est pour nous enseigner que nous ne devons pas toujours vacquer et employer tout nostre temps aux Facécies et choses fort joyeuses et esbatemens et parolles récréatives dictes par grande plaisance, mais aulcunes foys et mesmement selon le temps et les jours comme au temps de pénitence et de dévotion, nous devons imposer et mettre à noz félicitez et plaisances mondaines, la sovenance des choses de nostre benoist Saulveur et Rédempteur Jésus-Christ, qui sont merveilleuses et admiratives en nostre entendement, ainsi que les choses monstrueuses sont en Nature, des- (juellcs cy-devant en ces quatre parties 1 a fait Poge, Florentin, mention.
1. GuilLiume Tardif a réuni sous un seul numéro los (£ua. tre facclios précédentes.
Facétie très réussie sur le pape Boniface '.
Le pape Boniiace IX - était un Napolitain de la famille des Tomacelli. Or, dans le peuple, on appelle tomacelli des tripes de porc grasses bourrées de foie gras haché très menu. La seconde année de son pontificat, Boniface se rendit à Pérouse, accompagné de ses frères et de beaucoup dalliés de leur maison, qui étaient venus vers lui, poussés par la cupidité des richesses et du lucre. Boniface entra dans la ville au milieu d'une foule de grands personnages, parmi lesquels étaient ses frères et d'autres membres de sa famille. Aux curieux qui demandaient les noms de ceux qui formaient le cortège, on répondait de tous côtés — : « Celui-ci, c'est Andréa Tomacello... celui-là, «'/est Giovanni Tomacello ». Un énumérait tant et tant de Tomacelli, qu'un quidam facétieux s'écria : — « Oh ! oh ! ce cochon avait donc un bien gros foie, qu'on en a fait tant et de si grands^ tomacelli. »
l.Pulchrafacelia hislnouù ad lioiiifaciiim papain. Opéra XXXV- — Noël I. ii. — Lbnfant t. II, X p. 170. — Ristelhubkr XVII, p. 30. — I,isBcx t. I, p. 02.