‹ Les Facéties de Pogge FlorentinChapitre 37 sur 169 · Klu pape le 2 novembre 1.3H9, mort le 1" octobre UOi · texte numérisé non relu

Klu pape le 2 novembre 1.3H9, mort le 1" octobre UOi

D'un prêtre qui fil un cnlerrenieul ii sou cltieii ',

Il y avait en Toscane un curé de campagne très riche cjui, ayant perdu un chien qu'il aimait beaucoup, Tenterra dans le cimetière. En apprenant le fait, l'Evêque, qui connaissait la fortune du prêtre, le fit venir afin de lui infliger une punition, comme s'il avait commis un grand crime. Muni de cinquante ducats d'or, le curé se rendit à l'appel. L'Evèque lui reprocha amèrement d'avoir donné la sépulture à un chien et ordonna de le mettre en prison. L'ecclésiastique, homme malin, dit alors : — « 0 Père, si vous saviez quelle fut rintelligence de ce petit chien, vous ne seriez pas surpris cju'il ait mérité l'honneur d'être inhumé parmi des hommes; sa sagacité fut surhumaine pendant sa vie, elle apparut plus grande encore

1. De sacerdnie qui caiiictilum sepcliril. Opéra XXXVI. — Guillaume Tardif : XXVI, p, 78; — Noël I, i45, H 'l'.i-H; — L'exfant. t. II XXI. p. 170; — RisTELHUBER XVlll, p. 31; — Llseox, t. J. p. 64. — Origine : Rutebeuf, trouvère du xiir siècle : « Le Ti'stament de l'âne ». Imitations : Les Cent iiouvelles, nouvelle 9ii : Ne Tt'slament cynique. — Conviriales serinones (a Joanne Gastio}. — Do.MiNicHi : Facétie e uiotti arguti. — Malespini ; Coine lusse un mercutante castigato pcr haver sepolto un cane in Iiiogo -sacro. — Vacalerio : L'.l;ra(/ia in Uvenla — Jean de LA Roque : Voyage de Syrie et du Mont Libati. — Dk Théis : Le Sinf/c de Lafontaine : Le Testament cynique. — Sedaine : Recueil de poésies. Le Testament cynique. — Barihi';le.viv Imbert : (hoir de fidiliftnr miit en rers.

LKS FACETIKS !>E l'(i(',(iK 53

au moment de sa mort. — « Qu'est-ce à dire? demanda le Prélat. — lia, reprit le pi'ètre, fait son testament, lorsqu'il sentit que la vie lui échappait et connaissant votre gêne, il vous a légué cinquante ducats d'or. » En entendant cela, FEvêque donna son consentement à la sépulture, approuva le testament, empoohales ducats et pardonna au curé.

En cesle Facécie est monstre nng- grant vice régnant en l'Eglise par l'avarice des Préiatz, qui se corrunipent par pécune et sont conlens de leurs subjels. quelque mal qu'ilz facent, sans le pugnir, mais quilz leur baillent de l'argent, combien que le péché soit grant et notoire, ainsi (|ue le Prestre qui ensepvelit son chien en terre benoiste publiquement devant tous les paroissiens, qui est ung péché merveilleux, et en fut absoulz pour donner cinipiante pièces d'or du testament du chien.

D'un seigneur (jui (iccusd injustement un lion} nie riche '.

Il y avait a Cingoli ', bourg du Picentin, un homme excessivement riche dont le seigneur bien

1. ])c (ijranno qui homini pecnnioso causas iiijaslas iiijecit. Opéra XXXVII; — Guillaume Tardif : Du tirant prince qui imposa crime capital à ung de ses subjectz pour avoir son argent, XXVII, p. Kl. — NoelI, 4; II 28. — Lenfant, t. II, XI, p. 17t. — Rfstelhui!ErXIX,p. 33. — Liseux t. I, p. GG. — -Esopus Camkrarii. Fahul(C Jîsopar plures quingeiilis : Rex et subditus.

2. Anciennement Cingulum, fortifié dans la guerre punique par Labiénus et mentionné par César, II. Cir. I, tô, et Cicéron, ad Udr. Vil, 2.

LKS FACFrriES L>E l'OGGK

renseigiir cherchait a accaparer la fortune, et, sous un prétexte quelconque à lui extorquer ses ducats. L'ayant fait comparaître devant lui, il lui déclara qu'il était accusé de crime de lèse-majesté. L'homme protesta n'avoir jamais rien fait contre le pouvoir et la dignité de son seigneur qui soutenait le contraire et qui finalement lui déclara qu'il allait avoir la tête tranchée. Le malheureux <|ui ne soupçonnait rien demanda ce qu'il avait bien pu faire : — « Tu tiens cachés dans ta maison mes ennemis, des rebelles qui conspirent contre moi, » répondit le tyran. L'autre comprenant enfin qu'on en voulait à son argent et préférant perdre ses ducats plutôt que la vie, répondit: » — C'est vrai, Monseigneur, mais faites-moi accompagnerpar vos soldats et je vouslivrerai sur-le-champ cesennemis, ces rebelles. » Ce cjui lui fut accordé. Aussitôt, il mène les soldats au colï're dans lequel étaient enfermés ses écus et l'ayant ouvert il leur dit : — u Saisissez-les et qu'il n'en reste pas trace, car ce ne sont pas uniquement des ennemis et des rebelles pour Monseigneur, mais aussi pour moi. » En les livrant au tyran, notre homme évita la peine qui le menaçait.

LES KACEIIKS DE |>0(UiE 55

En cestre présente Facéoie est réprouvé m\(r grant vice qui règne en aulcuns Seigneurs, qui par leur maulvaise tyrannie, cupidité et maulvaistié, quant il/. S(,-ayvent aulciin bon niarcliant ou laboureur avoir assemblé aulcun peu de l)ions à grant peine et travail, jamais ne cesseront tantqu'ilz luy ayent osté par cautelle ou imposition d'aulcun mal qui n'est pas vray, ainsi que le tirant de Piscène, qui imposa au simple homme avoir soutenu ses ennemys, laquelle chose estait faulce, à prendre au sens simple, mais au sens compost et moral disoit vray. Ses deniers qu'il toUoit au bon homme, estoyent cause de sa damnation. Oiiltre plus y est monstre que l'abondance de avoir en ce monde ne nous est guières salutaire, car quant aulcun pouvre homme aura quelque chose, jamais le riche ne cessera tant qu'il luy ait faict perdre, et est souvent sou corps on danger, ainsi, ([ue au pouvre Piscénienà qui pour avoir ses deniers on imposoit crime de lèse-majesté, et pour ce dist on en commun langaige : « Qui son chien veut tuer, il luy met en sus la vaige. »

Un sermon extrè/nc/nent coitrl '.

Le jour de la fête d'un bourg- situé dans nos montagnes, des gens étaient venus en foule des

1. De relicjioso qui sennonem xuccinlissiniutn habuit. Opéra XXXVIll". — Gnn.LAUME Tardif : XXVIII, p. 84. —Noël I, 'i8; II, '2H--1'.). — Lbnfant t. II, XIII, p. 172. — Ristelhdber XX, p. ;]4. — LisEux t. I, p. 68. — Bkroalde de Vekvillk. Le moyen de parvenir, XXXVII, Sermon du curé de Buzancoi, Kditioa Garnier, p. 17. — H. Estienne .• Àpoloqie, th. :î6, § 18. — Nitçi/v vénales, siée Thésaurus ridendi et jocondi, Brevissiina Concio. — FRiscHLfNi FacefifT, p. 51. De Sacriliculo (iœtzio — Sermons facflieu.r, éd. Delarue p. i't^.

56 LES FÀCKÏIKS IJE l>0(i(;E

pays voisins, car c'était la solennité de Saint- Etienne. Un religieux devait, comme de coutume, faire un sermon au peuple. Lorsque le religieux se disposa à monter en chaire, il était déjà tard, les prêtres avaient faim, et redoutaient un long sermon. Un prêtre, puis un autre, vinrent le prier à l'oreille d'être bref. Celui-ci se laissa facilement convaincre et après Fexorde habituelle, il ajouta : — « Mes frères, l'année passée, à cette même place et devant ce même auditoire, j'ai parlé delà sainteté de la vie et des miracles de votre Saint Patron, je n'ai rien omis alors de ce que j'avais appris et étudié dans les Saintes Kcritures, je pense que tout cela est encore présent à votre mémoire. < )r, comme depuis cette époque, il n'a rien fait de nouveau, que je sache, faites le signe de la Croix, dites le ConfiteoreA tout ce qui s'ensuit. » Là-dessus le prédicateur descendit de chaire.

En cesle présente Facécie sont réprouvez deux vices. Le premier, c'est deaulcunes i>-ens d'Et^lise (|iii deussenteslre a lumière des aultres et vouloir (|ue on enseignasl leur peuple, mais ce sont ceulx a qui plus ennuyé la parole de Dieu, pareillement aussi les glouttons qui à'wwi parleur gourmandise et désordonnée affection d'avoir haslivement les piedz dessoubz la tahie, qu'ils voudrayent([u'ils neusl (pie troys molz à la Messe. Secondement, y est le vice des prédicateurs touché qui à l'appétit d'aultruy néchissent à dii'8 ce qui est requis en prédication, comme i'aindre à blasmer ung vice, pour laiil que Monseigneur ou Madame en est onlaiché, ou laisser le principal de sa prédication et ce qui miculx plairoil aux lions et aux just( s pour corn-

LRS FVCKIIKS DE l'iXUiF. 57

plaire à trois ou quatre gourmandeaulx, ainsi que lefistlc beau I*ère (le Saint Eslienne, quifist le court sermon pour avoir à disner.

Page 1