B. LA MONNOYE
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qui causait la frayeur de cette enfant, lui dit pour la consoler : — u On t'a dit vrai, mais jaideux outils, un i;rand et un petit. Je me sers du petit pour commencer, cela va tout seul ; j'emploie le grand si besoin est. » La jeune femme étant rassurée, le charpentier s'excrima de son petit outil et les choses allèrent pour le mieux. Au bout d'un mois, habituée au maniement du premier, elle dit à son mari, en lui faisant des mamours : — « Mon ami, pourquoi n'emploierais-tu pas l'autre, le grand?» Le charpentier qui s'était servi jusque-là d'un outil merveilleusement grand, ne put s'empêcher de rire des bonnes intentions de sa femme et c'est lui-même qui m'a conté l'histoire.
Hépousc d'une femme de Pise 1.
La femme Sambacharia, de Pise, était prompte à la risposte. Un farceur s' étant approché d'elle lui dit : — « Le prépuce de l'âne vous salue. » — « Ma foi, tu as bien l'air de son ambassadeur, » — répliqua-t-elle aussitôt, en lui tournant les talons sur cette malicieuse riposte.
1. Respoitsio niiins mulicris PisaïKC. OparOi LWU. — Noël 1,72. — LisEux lAlll, t. I, p. 1(13.
90 LES FACÉTIES DE J'OddE
Bon mot d'a/ie nuiironc '.
Une femme adultère avait [)endii toutes sortes de vêtements aux fenêtres ; cadeaux de ses amants. Une matrone, en passant, vit l'étalage et s'écria : — « En voilà une qui fait ses robes, comme l'araignée fait sa toile, avec son cul, et qui étale ce beau produit. »
En ceste facécie etdict joyeulx sont, réprouvés les folles femmes qui ont totalement perdu honte et sont bien contentes de porter pulilicquement ce que cliascun cognoist bien quelles ont gaigné honteusement à la meschanceté de leur corps, ainsi que folle fe/uine qui pendait ses vestemens aux fenêtres, acquis par adultère.;
Un bon avis -.
A l'époque des vendanges, quelqu'un étant venu demander à un de nos concitoyens facétieux de lui prêter (juelques tonneaux, celui-ci répon-
1. Diiiiim malroiifr quœ restes adiillenc ad fniesti-as cn)ispecil. Opéra lAlV. — Noël I, 72. — Guillaume Tardif : Le dict d'une matrone qui met les vestemenls d'une inërétrice aux fenestres, XLVII. p. 13G. — LiSEUx LXIV, t. 1, p. 104.
"2. Mouitio cnjudam. Opéra LXV. — N'oel L T3. — (tuillaUiME Tardif: La description d'une folle requeste, .XLVIU, p. 13S. — LiSEu.K LXV, t. I, p. lOô.
LES FA( KTIES DE l'OGGE 91
(lit. — I* Si j'entretiens ma femme toute l'année, c'est pour m'en servir ([uand j'en ai besoin. >^ — Voulant dire parla, qu'il ne faut jamais demander à autrui de vous prêter ce qui lui est nécessaire.
En ceste demande et requeste ainsi esconduite est montré comment l'on doit demander aulcunes choses ou non, c'est que celluy, à qui on fait la demande et requeste, ne ayt point nécessairement à faire de ce qu'on demande et requiert, ainsi que, en ce temps de vendenges et qu'il estoit plaine vinée, avoit nécessairement affaire de ses vaisseaulx celluy à que on les demandoit et requeroit et aussi, au contraire à l'opposile, pour refus et pour monstrer à l'aultre qu'il ne les luy devoit pas demander ne requérir et considérer la grande vinée qui estoit, luy demandoit-il sa femme, dont jamais il ne se fust delToit.
De ceste Facécie, dit Chaton en son livre, qui disoit à son fils :
Quod jusluDi est petito, ncl quod videatur honestuni.
C'est-à-dire: « Demande ce qui est juste à demander ou qui soit veu honeste.
Xun slultiuii est pelere quod posait jure negari.
« Car chose folle, dit Chaton, est de demander ce qui de droit peut cstre nyé », ainsi que fait celluy à qui on demandait des vaissaulx desquelz nécessairement il avoit affaire.
LES FACETIES DE l'OCUiE
Mol d'un PériLsieii à sa femme '.
Les gens de Péruse ont la réputation d'être de bons vivants et d'un commerce facile. Une femme de cette ville, une nommée Pétruccia, avait demandé à son mari de lui acheter des chaussures pour aller à la fête, le lendemain. Le mari les lui donna, puis, il lui recommanda de faire cuire, avant de partir, une poule pour son dîner.
Le femme, sa cuisine terminée, s'étaut mise sur le pas de porte, vit passer un jeune homme qu elle aimait beaucoup; aussitôt elle rentre, lui fait signe de venir la trouver et de metiro à profit
1. Dicftim pevHaini ad uxorem. Opéra LXVI. — Nokl I, 74; II, G2-.5. — Guillaume Tardif XLlX. p. 140. — Iv.skox LXVI, t. l, p. lOG. — Les Cent Nouvelles nouvelles, n" 93. La Postillonne sur le dos, édition Oarnier, p. 381. — Roç/cr-Uonlemps eu belle hnineuf : D'un mary à sa femme, p. 30. — Le FacJtieux Réveil- Matin, p. 184. — Milet : Calcei, fabslla, t. II, p. f.L — Recueil (le pièces curieuses et nouvelles, tant en prose r/u ra vers. 1694 : Grégoire revenant de boire... (Couplet). Voir Appendices.