Rien ne pèse tant qu'un secret
Le porter loin est difficile aux dames,
Et je sais même sur ce fait Bon nombre d'hommes qui sont des femmes.
(La Fontaine, fab. I, VIII, fi.)
2. De Irnierario qui nsinos curahnl. Opéra LXXXV'Il. — (iuii.- LAU.ME Tardif : De celluy qui contrefaisoit le Mfdecin et don-
LES F.VCKTIES DE l'otWiE
l'efficacité de certaines i)ilules ré[)ulées infailliljles clans toutes sortes de maladies, cet homme présomptueux [lensa qu'avec ces seules pilules on pouvait se passer de médecin. Après donc en avoir fabriqué une grande quantité, il laissa la ville et parcourut les villages et les fermes en se faisant passer pour médecin. Il administrait ses pilules à tort et à travers, pour toutes les maladies indifféremment ; par hasard, elles rendirent la santé à quelques personnes. La renommée ayant grandi cet ignorant parmi les gens simples, un homme qui avait i)erdu son âne, vint lui demander s'il ne connaissait pas un remède pour faire retrouver les baudets. L'empirique répondit affirmativement et recommanda au [)aysan d'avaler six de ses [)ilules. Celuici les prit et se retira. Le lendemain, pendant qu'il cherchait sa bête, le remède fît effet. Forcé de se retirer dans un endroit marécageux où il y avait des roseaux, notre homme aperçut son âne qui paissait par là. Transporté d'admiration, il [)orta aux nues la science et les pilules du prétendu docteur, et de toutes parts, comme vers un
nait des pilules pour troiiver les asnes perdus, LV, p. IGlK — • XoEL I, NT; 11, 91-95. — Ristelhuiser XLIV, p. (ii. — Liseux LXXXVIl. p. 137. — Lenfant, t. II, XXVII, p. 196.
Cent nouvelles, nouv. 70 : L'asne reirouré. Edit. Garnler, p. 339. — Bon. des Periers, nouv. XCIV : Du pauvre homme de village qui trouva son ;"ine. — Bouchet Sééres; sévée X. — M.\lespiNi, I, nouv. 81 : Di un inedko che rimnava lutte le infermità cou iina sola sorte de cUstcvi. — De Théis : Le Sinçje de La Foulame, p. 06, !■■ partie: L'Ane retrouvé.
H8 i-ES f\(;f;ties de pogue
nouvel Esculape, les iens de la campa,i:'ae accoururent vers celui qui avait des remèdes, môme pour faire retrouver les ânes.
En ceste Facécie est monstre comme plusieurs, dessoubz l'ayde de Fortune, acquièrent bon bruyt sans l'avoir desservy et même par le bruit que les ruslicques leurs donnent, et qui présument de eulx choses impossibles, ainsi comme ce fol qui se disoit médecin et rien n'y sçavoit. Les fols et incongnoissans y couroyent pour tant que ils euidoyent que il fist choses impossil)les, à l'occasion de ce qu'il donna des pilules au bon homme i|ui, en allant au retraict, trouva son asne, lequel aussi bien eust il trouvé quant il y fust allé sans manger des pilules, mais néanmoins creut il que les pilules luy eussent faict retrouver.
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Réponse de Pierre de EgJiis '.
Dans une émeute, les citoyens de Florence s étaient armés les uns contre les autres et se batlaient pour changer la forme du gouvernement; un des chefs venait d'être tué par ses adversaires au milieu de l'efFervesccnce ,:;énérale. Un spectateur éloigné voyant les épées nues, les liommes courant çà et là, demanda à ses voisins e que cela signifiait : — « On se partage là-bas les
1. ComiKuado Pétri de Efiliù. Opcra LXXXMII. — Xoel I, ilO. — LisEUx, t. I, p. 13!).
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magistratures et les charges de la cité », répondit l'un d'entre eux, nouiiné Pietro do Eghis. — « Je ne désire point, répliqua le questionneur, de choses qui coûtent si cher ! » et sur-le-champ il se l'etira.
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D'un rebouteur '.
Plusieurs de mes collègues, tous g'ens de gais propos, étant venus souper avec moi, ce fut tout le temps du repas un feu roulant de plaisanteries.-? L'un deux nous conta plaisamment cette histoire : — " Un nommé Cecchino, médecin à Arezzo. fut appelé près d'une charmante jeune fdle qui s'était déboité le genou en dansant. Pour le remettre, il fut obligé de manier longuement la jambe et la cuisse de la jeune fille ; or comme la peau était blanche et douce, cela produisit chez lui un certain eil'et dont il fut fort gêné. Quand le membre fut redressé, il poussa un soupir de satisfaction, puis lorsque la patiente s'enquit ce qui lui était dû pour ses soins, le médecin lui répondit qu'elle ne lui devait rien. — Celle-ci demanda pourquoi : — « Nous sommes quittes, lui dit-il, car nous nous sommes rendu le même service l'un à l'autre. »
1. Be mcdico. Opéra LXXXIX. — Xoel L 01 ; II, 95. — Guillaume Tardif : D'unir médecin qui redresse la jambe à une ti-èsbelle jeune fille, LVÏ, p. IGi. — Liseux LXXXIX, t. I, p. liO.
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En ceste Facecie sont réprouvés les serviteurs avaricieulx qui jamais ne se tiennent contens de sallaire qu'on leur baille, mais murmurent toujours et désirent avoir plus que ils n'ont gagné. Ceulx ne font pas comme le Médecin qui ne demanda rien à la fille pour liiy avoir redressé son membre et se tint content d'elle pour ce que en luy maniant la cuisse, elle luy avait le sien dressé et ainsi fut mérite pour mérite '.
Plaisanterie sur un cavalier vénitien qui ne reconnaissait pas son clieval '-.
Quelques doctes personnages discourant sur la bêlise et la stupidité d'un grand nombre de gens, Antonio Lusco, homme pétri d'esprit, raconia qu'un jour, allant de Romeà Vicence, il avait pris pour compagnon de route un Vénitien qui lui parut n'être monté que très rarement à cheval. A
1. Le bon Esculape était un sot, do ne pas deir.ander à la fille une gucrison plus complète. Un bienfait en demande un autre; la fille l'aurait servi de tout son cœur. Ne sait-on pas que la reconnaissance a de tout temps été la vertu ravorite des dames. Elles la possèdent depuis la naissance de l'univers. On dit qu'Eve n'avait j)êché que par trop de reconuaissance et pour remercier Messire Lucifer de l'avoir servie à propos. (iî(>/?M(0/( de l'édition d'Amsterdam).
2. Jocatio citjrisdam Vmicli (jui ciikkiii siium non cognoieval. Opéra XC. — Guillaume Tardif: LVIl, j). 160. — Noël 1, Wl; II, 95. — Lenp.\nt, XXVIII, p. 1!j7. — Risthliiuber XLV, p. fid — LiSEUx, t. I, p. 141. — 15oNAVic.\TURE DES PÉRiERS : Nouvcllvs :
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Sienne, ils descendirent dans une hôtellerie où se trouvaient également beaucoup d'autres voyageurs avec leurs montures. Le matin, pendant que chacun se préparait au départ, notre Vénitien se tenait seul près de la porle, immobile et tout botté. Lusco. surpris du flegme et de la placidité de son compagnon, qui restait tranquille tandis que presque tous étaient déjà en selle, lui dit de montera cheval s'il voulait partir avec lui et s'informa de ce qu'il attendait : — « Certes je voudrais bien partir avec vous, dit le Vénitien, mais au milieu de ces chevaux, je ne distingue pas le mien. J'attends que chaque voyag-eur ait monté le sien et, comme cela, je reconnaîtrai j»our mien celui qui sera resté à l'écurie. » Lusco, voyant la sottise de ce lourdaud, de cette bûche, retarda un peu son départ afin de lui donner le temps nécessaire de prendre comme sien l'unique cheval resté le dernier à l'écurie.
En ceste Facécie sont farcéz les paresseux et négligens que par leur meschanceté et négligence descongnoissent parniy les diligens ce qui leur est utille et attendent à prendre leur part que tous les aultres ayent [irins.
De niaistre Arnaud, qui emmena la haquenée d'un italien en Lorraine et la vendit au bout de neuf mois. Nouv. XXIV. Edit. (larnier, p. 83. — le Chasse-oiiiny. cent. IV, 31. — « Les habitants amphibies de Venise ne passaient pas à Rome pour habiles écuyers. « Murano renferme une curiosité qu'on nous fit voir avec un certain orgueil, un cheval, animal plus chimérique à Venise que la licorne. le irfiffon, les coquecigrues, les boucs volants et les cauchemars. Richard 111 y crierait en vain : Mon royaume pour un cheval. (Th. (iACTiKR, Italia !S.')5.)
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dont aulcunes foys il advient qu'ils sont très mal partis ; ceuix sont seniblaltles au sot Vénicien, qui attendoit que tous eussent prins leurs chevaulx pour congnoistre le sien.
Pfopos de Carlo de Bologne '.
Lorsqu'on veut témoigner du mépris à quelqu'un, on lui dit communément : Je te laisserais cent fois par jour au cabaret pour Vécot. Un individu qui se disputait avec Bajello, de Bologne, lui jeta, dans une réunion, celte phrase à la tête. Il croyait ainsi, faire valoir ses qualités et déprécier Bajello. Mais ce dernier, prompt à la riposte répliqua : — « Je te l'accorde très facilement, car on est toujours prêt à accepter en gage les objets précieux, ceux qui ont de la valeur. Mais toi, insigne coquin, tu es si vil, tu vaux si peu, qu'on aurait beau te promener dans tous les cabarets, tous les bouges, personne ne te prendrait en gage, pas même pour un écu. » Cela dit, les rieurs furent du coté de Bajello, qui battit ainsi le mauvais plaisant avec ses propres armes.
1. Diclum Caroli Boiioiiiettsis. Opéra XCI. — Nokl I, it3; II, 97.
— LiSEUxI, p. 1 'i3. — Roçicr Bontcmps cii hellr humeur : Réplique joyouse et plaisante, p. 'il8. — Le Facrlieu.r Rrreit Malin, p. 319.
— LÎARATOx : Poésies : Les Marchands. — Coiili dn vidcre, t. Il, p. 173.
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Le \'ieil usurier et son ami '.
Aux exhortations cFun ami qui le pressait d'abandonner son métier pour penser au salut de son àme et prendre un peu de repos, s'efForçant ainsi de le persuader qu'il ferait sagement de s'atFranchir de tant d'inquiétudes et de rompre avec sa vie indigne, un vieil usurier répondit : — « Conformément à ton désir, je renoncerai à ma profession ; mes créances rentrent si mal qu'il me faudrait, dans un avenir prochain, de gré ou de force, fermer boutique. » Ainsi, il renonçait à l'usure, non par conscience de l'infamie qui en résulte, mais par crainte de perdre ce qu'il avait gagné.
De la rihaude devenue mendiante -.
On venait de raconter l'histoire précédente dans notre cercle, lorsqu'un de mes collègues
1. />(.' fii'iieratore seite velinqnente funms timoré perdendi parla. Opéra XCII. — Nobl I, 94. — Lisecx I, p. 145.
2. De uievetrice sene mendicanie Opéra. XCIII. — Xoel I,'.i2;II, 97. — Guillaume Tardif : De une Mcretrice ancienne mendiante, LVIII. p. 169. — LiSEUx XCIII. t. I, p. 146. — Laur. .Islenui trab. De Ermita ef Milit. fab. ôO ; et De Sève oh impoleuliam lihirirem cantis reliiicjuanle, lab. 74; ei De lupaquise Relirjioni addisccrat. lab. 134. — C'est le proverbe français: (Juatid le diable derieiit i ieux, il se fait ermite.
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ajouta : — « Cet usurier me fait penser à une vieille fille de joie qu'il nommai qui, toute décrépite, demandait Taumône pour vivre.
— « Ayez pitié, disait-elle, d'une femme qui a » renoncé au péché et à l'art de paillardise. » Un homme, <jui la connaissait bien, lui ayant reproché de se livrer à la mendicité ; elle lui répondit : — « Que veux-tu que je fasse? personne ne veut plus de moi. — Alors, repartit cet homme, ce n'est donc pas de bonne volonté que tu ne pêches plus, mais bien parce (|ue tu n'en trouves plus les moyens. »
En cecy peuvent prendre toutes les jeunes femmes une moulte bonne exemple de non habandonner leurs corps aux infametez du pêclié de luxure, et se par faulte de continence elles sontcheues en ce pèche, de soy retourner et amender bien soubdain sans attendre que impotance les contraigne de aller mendier en leurs vieillessas quand elles ne pourront plus accomplir leurs mauldictes et dampnables volentez, car ceux qui ont congnu leurs destinées n'en ont point de pitié.
D'un docteur cl d'un ii^norani '.
Le pape Martin causait un jour avec ses secrétaires ; on citait des anecdotes plaisantes. Le
1. De doctore el impcrito. Opéra XCIN'. — Guii-lacme Tardif : Comment un<r Docteur, Légat dessoubz le pape Martin, fut reprins (l'ignorance, LIX, p. 171. — Noël I. 'J(i. — Ristelhubkh XLVJ, p. G7. — LiSBUx, t. I, p. 174.