‹ Les Facéties de Pogge FlorentinChapitre 68 sur 169 · LA CURIOSITÉ PUNIE · texte numérisé non relu

LA CURIOSITÉ PUNIE

Un cordelier connu pai* ses prouesses, Fut convaincu de vivre en débauché.

— Oui, j'ai, dit-il, j'ai maintes fois couché Avec nonnains, baronnes et duchesses.

De les nommer, le prince le somma.

Dames sans nombre, à l'instant il nomma.

— Point de réserve ou vous damnez votre âme, Reprit Artliur, Dieu vous écoute ici.

— Ah ! reprit l'autre, étant la chose ainsi, A cette liste ajoutez... votre femme.

MÉN'ARD DE Saint-Just, Espii'qk'ries Joyeuses.

bonhomme, histoire de s'amuser, les noms des dames qu'il avait connues. L'ermite en cita un grand nombre, dont une bonne partie appartenaient à la cour du duc ; le secrétaire les inscrivait tous pour pouvoir s'en amuser. Lorsqu'il eut fini ses révélations, le duc lui demanda s'il n'avait pas oublié quelques noms. Lhomme déclara avec persistance que c'était tout; mais le secrétaire l'ayant durement menacé d'employer la force, s'il ne dénonçait pas toutes les femmes : — « Ajoutezy aussi la vôtre », dit l'ermite avec un soupir. A ces mois, la plume s'échappa des doigts du secrétaire piqué au cœur. Le duc partit d'un grand éclat de rire, dit que c'était bien fait, et qu'un homme qui avait eu tant de plaisir à la honte des autres méritait d'être compris dans la môme confrérie.

En ceste Facécie y a ung très bon sens moral pour cevilx qui veullont dospriscr aultruy cl sont bien ayses quand ilz oyent dire quelque macule sus leur prochain pour les despriser et ne i-Cf^-ardent pas qu'il en ont autant et plus sur eulx, ainsi que le secrétaire <]ui y(»u1u scavoir les noms des femmes (|ui se estoyent mal portées avec l'hermite pour desju'iser leurs marys et toutes foys la sienne n'en avait p;is moins. Ainsi appert ([ue volontiei's un railleuret despriseur d'auUrui est souventes foys le plus raillé ettoujours le plus desprisé.

CXLIIÏ

1/ un jeune florentin surpris cf^'ec sa helle-nière '.

Un jeune homme de Florence était l'amant de sa belle-mère. Or, un jour son père les surprit en llagrant délit ; sous le coup de cette chose monstrueuse, il se mit à invectiver son tils de la plus dure façon. Celui-ci, en balbutiant, cherchait à excuser son crime. Comme la dispute prenait de grandes proportions, un voisin attiré par les cris vint pour mettre la paix. S' étant enquis du motit de la querelle, personne ne souffla mot, à cause du déshonneur de la famille, mais il insista tellement que le père finit par dire. — C'est la faute de mon fils.

1. i)e florentino quodam jiivene qui novercam siiam pibegit. Opéra CXLIII. — Xoi-l I, 182; II, 143. — Guillaume Tardif : De ung Florentin qui cogneut la femme de son père, LXXX, p. 221. — LiSEUx CXLIII, t. II, p. iO. — Cenl Nouvelles noiirellcs, nouv. L. Change pour change, p. 223, édition Garnier. — Le Singe de Sa Fontaine : Le gascon discret.

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